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abandon therapeutique

L’engouement pour la mort assistée (3) : les limites de la médecine

Publié le par Bernard Pradines

L’engouement pour la mort assistée (3) : les limites de la médecine

L’espoir dans la médecine fut immense, en particulier au cours du vingtième siècle. Peu à peu, ce sentiment a connu des inflexions, des nuances car de nouvelles limites ont été atteintes. Si les progrès ont été considérables dans le domaine des traitements antibactériens, des obstacles sont apparus tels que la résistance aux antibiotiques. Si les maladies cardiovasculaires et les cancers sont mieux soignés, ils subsistent à représenter les deux principales causes de décès. L’allongement de la durée de la vie a permis l’émergence quantitative de maladies chroniques que nous ne savons pas guérir, essentiellement les démences dont la principale en nombre est la maladie d’Alzheimer. Il ne manquait plus que la Covid-19, succédant en moins de vingt ans à une vague de chaleur ravageuse pour nous rappeler à davantage d’humilité malgré les moyens relativement efficaces qui ont été opposés à ces deux fléaux.

Les polémiques nées d’études trop vite publiées ont fait le reste lors de la dernière crise sanitaire.

Peu à peu, une défiance a pu s’installer, renforcée par la pénurie de médecins et l’émergence de médecines et pharmacies parallèles qui, pour le coup, ne sont pas « fondées sur la preuve » mais sur la séduction.

Enfin, nous ne voulons plus souffrir. Pas seulement celle ou celui qui s’en va mais celles et ceux qui restent. Combien de fois ai-je vu des familles en souffrance donc impatientes que « cela finisse » alors que la personne concernée n’émettait ou ne manifestait aucune plainte ni aucun inconfort décelable par un œil professionnel averti. A l’inverse, le déni peut être présent et tout traitement palliatif nécessaire est parfois considéré comme inutile ou risqué par l’entourage familial.

Enfin, la médecine palliative est peu connue en dehors d’un cercle restreint de soignants.

Tout est prêt pour l’institution de mesures expéditives et radicales incroyablement présentées comme un progrès législatif.

 

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Déserts médicaux : les personnes âgées parmi les premières victimes

Publié le par Bernard Pradines

Source de l'image : https://comptamed.com/2019/05/22/lutter-contre-les-deserts-medicaux-il-existe-des-aides-contre-linsuffisance-de-loffre/

Source de l'image : https://comptamed.com/2019/05/22/lutter-contre-les-deserts-medicaux-il-existe-des-aides-contre-linsuffisance-de-loffre/

Les temps changent. Il y a, pourquoi ne pas s’en réjouir, de plus en plus de personnes âgées. Si vous écoutez le clairon répétitif de l’optimisme, la vieillesse n’est pas une maladie. D’autres, plus perspicaces, nous rappellent que la vieillesse s’accompagne bien davantage de maladies chroniques que toute autre période de la vie. Proportionnellement au nombre des personnes concernées, les difficultés de mobilité et les troubles cognitifs y sont bien plus fréquents qu’à tout autre âge. Les consultations demandent souvent une durée plus longue car plus complexes et concernant des personnes plus lentes physiquement et intellectuellement.

Si les visites à domicile disparaissent, nul doute que bien des patients ne consultent pas à temps. Quand ils doivent s’y résoudre, en l’absence de « permanence des soins »[1], c’est vers des urgences hospitalières qui ne sont pas prévues à cet effet car calibrées pour les pathologies graves et aigues. Sans parler du déplacement en ambulance qui peut être au moins désagréable, au plus traumatisant malgré les attentions bienveillantes des ambulanciers. Sans compter le coût indu. Ce phénomène peut être accru pour des résidents d’EHPAD ne possédant plus de médecin traitant devenu introuvable[2]. Que dire des soins palliatifs qui nécessitent une surveillance attentive de proximité, parfois heureusement maintenue par des paramédicaux déterminés, y compris la nuit et le week-end ? Si tel n’est pas le cas, faudra-t-il s’étonner de la pression en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté, techniques programmables et expéditives ?

Face à une situation qui s’aggrave du fait de la perspective de retraite des générations âgées de médecins, il devient urgent de réagir en envisageant toutes les voies possibles pour limiter un désastre annoncé. Ainsi, le regroupement de soignants, par exemple en centres de santé pourvus d’antennes plus ou moins distantes, la participation accrue de paramédicaux aux activités médicales, l’allégement des tâches indues de secrétariat et de gestion qui incombent aux médecins[3], sont-elles des pistes de réflexion urgente à envisager. Il est temps de s’impliquer dans un engagement citoyen interpellant les élus et la puissance publique. Ceci pour ne pas en arriver à la coercition sur les médecins en obligeant certains d’entre eux à s’installer contre leur volonté car il n’y aura plus d’autre solution. Une régulation[4] qui ne réparerait même pas à elle seule des politiques imprévoyantes menées depuis des décades.

 

[1] Permanence des soins : terme technique qualifiant la garde médicale  ininterrompue

[2] Souvent aussi sans médecin coordonnateur

[3] La paperasse dont ils se plaignent

[4] Certains parlent de contrainte

Article paru dans AgeVillagePro le 13 avril 2022 :

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