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Comment interpréter les démissions en masse du personnel hospitalier

Publié le par Louis Lacaze

Comment interpréter les démissions en masse du personnel hospitalier

Le ministère de la Santé[1] avait déjà relevé en octobre 2021 que 1300 infirmiers hospitaliers avaient démissionné, les chiffres ont dû grimper depuis cette date avec la fatigue, les antivaccins, le burn-out et l’exaspération du personnel soignant las de signaler depuis des dizaines d’années les méfaits d’une priorité donnée à l’aspect financier aux dépens du soin. GérontoLiberté a pu à maintes reprises souligner les problèmes affectant la qualité de vie du personnel au travail, ces quelques lignes visent à explorer l’aspect épidémique des démissions qui ne se réduisent pas à des préoccupations salariales. Parler d’épidémie conduit naturellement à rechercher les sources de la contamination.

Des psychologues[2] ont pu identifier un certain nombre de constantes au cours de leurs enquêtes. Ils soulignent que l’individu a tendance à aligner son comportement sur celui du groupe. Un sondage portant sur 21 000 membres américains de LinkedIn a montré qu’en apprenant le départ de l’un de leurs collègues ils étaient 59% à avoir envisagé de suivre éventuellement son exemple.

Si l’insertion du personnel dans son espace professionnel atteint un bon niveau de qualité, le taux de renouvellement du personnel sera faible.  Dans le cas contraire, si l’on entend régulièrement des réflexions telles que « je veux partir », « j’ai un rendez-vous pour un autre emploi », la contamination va se retrouver sur un terrain fertile. Des exemples sont bien connus, dans des structures présentant un fort absentéisme, du retard au travail, il a été possible de remonter à l’origine de l’épidémie qui « contamine » le personnel.

Après avoir démontré l’existence d’une forte corrélation entre les démissions et la qualité de l’intégration du personnel dans la structure qui l’emploie, les chercheurs proposent un certain nombre de recommandations somme toute assez banales. Les nouveaux venus devront rapidement être épaulés pour s’intégrer au groupe. Un accueil de qualité par les collègues et la hiérarchie a des effets positifs. La qualité de vie dans le milieu professionnel et extra-professionnel, outil de prévention, doit rester une préoccupation constante. D’autres suggestions visent à établir un équilibre satisfaisant dans la vie professionnelle avec des aménagements du temps de travail, du cadre de l’activité.

Si le chemin à parcourir pour atteindre une intégration harmonieuse du personnel soignant dans le monde du travail hospitalier peut paraitre désespéramment lointain, il n’est pas utopique, un simple mirage . La qualité des soins que nous serons tous amenés à recevoir un jour ou l’autre exige une refonte totale du système.

Commentaires de Bernard Pradines. La crise actuelle qui frappe les institutions sanitaires et médicosociales en France, doublée de scandales répétés dont celui du groupe ORPEA, mettent en lumière des réalités longtemps occultées ou minimisées. Les solutions à apporter sont aussi urgentes que sous-évaluées. L’amélioration des conditions d’exercice et de rémunération sont souvent au premier plan. Elles se traduisent d’abord par une demande d’augmentation urgente du nombre des soignants qui submerge la nécessité de leur formation pourtant indispensable. Mais elle n’est pas la seule. Le productivisme qui se traduit par le règne tout puissant de la rentabilité et même du profit se double au pire d’une absence ou au mieux d’un défaut de démocratie participative de plus en plus mal vécu. Autrement dit, devrait se terminer le bon temps des institutions verticales qui ne discutent pas et font régner l’ordre financier. Quant à lui, le consumérisme est aussi en cause ; un EHPAD est-il un supermarché où l’on gare ses anciens en achetant une prestation sans avoir son mot à dire dans le fonctionnement des ressources humaines et du budget de l’établissement ? Mais aussi sans vouloir dire son mot en croyant que l’on peut acheter l’accompagnement de qualité sans s’y impliquer d’aucune manière. ​​​​​​​


[1] Trois experts alertent sur l’écroulement de la qualité de vie au travail des soignants JIM Publié le 17/01/2022

Sources :

Publié dans EHPAD, aidants, SLD, soignants

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Qu’est-ce qu’un senior aimerait vraiment faire ?

Publié le par Louis Lacaze

Qu’est-ce qu’un senior aimerait vraiment faire ?
Qu’est-ce qu’un senior aimerait vraiment faire ?
Qu’est-ce qu’un senior aimerait vraiment faire ?

Contempler des seniors dans la salle commune d’un EHPAD, immobiles devant un téléviseur en totale passivité peut déclencher un sentiment de gêne. Certes on vous expliquera qu’ils sont médicalement suivis, qu’ils ne souffrent pas, que la plupart d’entre eux sont inaptes à s’intéresser à leurs activités antérieures.

En fait, les personnes âgées atteintes de démence, de handicaps divers, de dépression sont trop souvent considérées comme définitivement incapables de s’intéresser à des activités qui correspondaient autrefois pour elles à des intérêts essentiels.

Ces activités peuvent être diverses : lecture, discussions, marche, promenade, ménage, jardinage. Les interrompre peut avoir des répercussions sur la santé physique et mentale des seniors et indirectement sur les aidants. Il est donc important de différencier les activités passe-temps des activités significatives qui peuvent se modifier en fonction des handicaps de santé mais un fond commun restera toujours présent. Les auteurs citent le cas d’un ancien passionné de voitures de sport. Il ne conduit plus, son aidante est au volant, il s’installe à l’arrière pour ne pas être tenté de toucher le volant et donne ses instructions à la conductrice. Il a adapté sa passion à son handicap.

Les techniques de communication en gériatrie permettent de découvrir les goûts et préférences des seniors et de différencier les activités secondaires des essentielles. Une réponse comme « rien ne m’intéresse » est un signal d‘alarme, elle cache un problème qui exige qu’on lui consacre toute son attention de toute urgence.

D’un coup de baguette magique les auteurs de l’étude aimeraient disposer du temps nécessaire pour créer un climat d’empathie, amener au cours de conversations le patient à s’exprimer. Augmenter le nombre de thérapeutes. S’inspirer des techniques habituelles des établissements d’hospitalisation pédiatriques. Abattre le cloisonnement entre le médical, le physique et le social, alors que tout est lié.

Commentaires de Bernard Pradines. Les situations décrites ci-dessus relèvent de plusieurs facteurs explicatifs. Ne rien proposer à des personnes âgées en établissement, c’est s’exposer à aggraver la démotivation, le retrait, le repli sur soi des résidents. Deux grandes avenues pathologiques peuvent aussi contribuer à ce constat : la dépression et l’apathie qu’il conviendra de distinguer.

A mon avis, il ne faut pas négliger un autre aspect moins souvent évoqué. Celui du désir du bien-portant, membre de la famille, ami ou soignant qui observe cette situation avec consternation. Ainsi, cette attitude d’éloignement des personnes aimées, ce comportement, font souffrir l’entourage de la résidente ou du résident. C’est le prélude de la mort dont une représentation est celle d’un retrait définitif. D’où la tentation d’animer à toute force cette personne dont la flamme vacille. Au risque d’attendre d’elle ce qu’elle n’est plus en mesure de fournir : une énergie vitale qui lui fait défaut. Dit crument, il faut certes proposer des activités adaptées, mais il faut aussi savoir « ficher la paix » à ceux dont le désir est de ne pas être sollicité. Dans notre vie quotidienne, nous avons tous connu ces moments pénibles où l’on nous a incités fortement à danser ou à chanter, pire à boire, alors que nous ne le savions pas, ne le pouvions pas ou ne le voulions pas. Agir n’est pas toujours une bonne chose. S’abstenir n’est pas toujours une mauvaise chose. L’écoute respectueuse doit précéder l’action, ou l’absence d’action.

Source :

Publié dans EHPAD, aidants, famille

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