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Changer le regard sur les personnes âgées, oui mais comment ?

Publié le par Bernard Pradines

Hartmut Rosa de l'université d'Iéna. Par Stifterverband — YouTube : Hartmut Rosa: Wider den ewigen Steigerungszwang – Voir/enregistrer des versions archivées sur archive.org et sur archive.today, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=74108049

Hartmut Rosa de l'université d'Iéna. Par Stifterverband — YouTube : Hartmut Rosa: Wider den ewigen Steigerungszwang – Voir/enregistrer des versions archivées sur archive.org et sur archive.today, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=74108049

Le regard est toujours porté par une personne, d’un point de vue donné.

C’est devenu un truisme que d’affirmer ceci : il faut changer le regard sur les personnes âgées, en particulier celles qui sont dépendantes. Nous avons déjà développé ce thème dans un article précédent en contestant le mot « regard » lui-même[1]. Je l’aborde aujourd’hui sous l’angle du manque de temps dont les enfants et les adultes font état en permanence tant la pression permanente à l’activité est forte dans notre société moderne. La description de ce phénomène qui est faite par le sociologue allemand Hartmut Rosa vaut le détour. Il est un théoricien zélé de l’accélération de notre époque. Je le cite : « La réalisation de soi et la prise des décisions concernant son existence sont des caractéristiques contemporaines qui viennent renforcer l’individualisme. Une vie réussie repose sur l’idée d’autodétermination et d’autonomie. »[2] Puis, plus loin : « Nous vivons dans une société qui se développe et se modifie de façon dynamique, dans laquelle tout s’accélère. »[3]

Rosa se rapproche du penseur français Pascal sur un point crucial : le divertissement nous évite l’ennui et nous empêche de réfléchir sur nous-mêmes.

Car il y a un angle de vue au regard que l’on porte sur autrui à l’instar d’un photographe qui est toujours placé dans une position donnée. Le regard est en grande partie métaphorique car il ne s’agit pas d’une vision à proprement parler. Il est davantage un reflet qui nous parvient, interprété à l’aune des sentiments, des idées et des images qui ont été forgées en nous par la place et le rôle attendu de la personne âgée. Autant dire un mélange d’héritage culturel, d’expérience familiale personnelle, de la vie que nous menons ou qui nous mène. Et, quoique l’on s’en défende, ceci aboutit in fine à un jugement.

Nos périodes d’inactivité sont souvent forcées : attente chez le dentiste, chez le médecin, même à la caisse du supermarché. Le sentiment souvent pénible que nous en éprouvons vaut-il aussi pour les personnes âgées en EHPAD qui semblent espérer le prochain repas ou la prochaine visite ? Les personnes âgées sont-elles trop lentes ou bien sommes-nous trop rapides ? Sont-elles trop inactives ou bien sommes-nous trop actifs ? Si elles sont immobiles sur leur fauteuil, ne s’ennuient-elles pas comme ce serait le cas si nous étions à leur place ? Elles sont souvent somnolentes. Ne perdrions-nous pas notre temps à faire la sieste alors que nous avons tant à faire ? Tout bouge autour de nous. Comment peuvent-elles et souvent veulent-elles vivre dans un univers stable sans surprise ? Si nous avons raison de prôner l’accompagnement personnalisé des personnes âgées, en quoi sommes-nous en droit d’insister pour que madame X ou monsieur Y assistent au prochain spectacle que nous avons organisé avec tant de dévouement ? Qu’elles semblent ne pas parvenir à mourir ; sommes-nous simplement pressés de ne plus souffrir de les voir ainsi ?

L’amélioration du « regard » sur les personnes âgées dépendantes pourrait bien passer par une introspection généralisée davantage que par le changement de nos verres correcteurs, comme nous le suggérions précédemment[4].

 

[2] Wallenhorst, Nathanaël; Rosa, Hartmut. Accélérons la résonance !: Pour une éducation en Anthropocène (pp. 8-9). Humensis. Édition du Kindle.

[3] Ibidem, p 10

[4] Référence citée en 1

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Dori, le robot conçu dans un souci d’éthique

Publié le par Louis Lacaze

Dori, le robot conçu dans un souci d’éthique

Le vieillissement général de la population et la double pénurie de personnel soignant et de proches aidants a conduit à une importante recherche de matériel d’aide aux personnes en mauvaise santé ne relevant pas d’une hospitalisation, ne séjournant pas dans un établissement et résidant à domicile.

De gros progrès sont régulièrement réalisés dans l’entretien de la mémoire, du langage, de la prise de médicaments, ainsi que dans l’ensemble des indicateurs de la dépendance dans les activités de la vie quotidienne (ADL) et les activités instrumentales de la vie quotidienne (IADL).

Les avancées touchent aussi le domaine des conseils pour le quotidien, des activités cognitives (jeux, exercices de mémoire), un soutien affectif (questions sur l’enfance, examen de photos, chansons) visant à entretenir un bien-être psychologique, activités physiques adaptées (jeux, mouvements), la préservation ou le rétablissement des contacts sociaux, la prise de médicaments, l’information des soignants : enregistrement et transmission d’information, envoi de signaux d’alerte en cas de nécessité.

Perfectionner un robot a soulevé un problème éthique chez ses concepteurs. Ne va-t-il pas infantiliser son utilisateur, le réduire à un état purement mécanique, le priver de toute intimité, de toute initiative personnelle ? Une équipe coréenne s’est attachée à créer un robot éthique, Dori. Il a l’apparence d’un ours en peluche, accomplit les fonctions classiques de ses pareils mais il prend en compte l’échelle des valeurs de l’utilisateur. En voici deux exemples, extraits de sa mémoire :

1 - L’utilisateur refuse de prendre son médicament

Si le robot répétait l’instruction en continu, l’utilisateur le déconnecterait. Solution retenue : il répète l’instruction trois fois, et envoie un message au personnel soignant et à la famille.

2 - L’utilisateur va aux toilettes et commence à fermer la porte à clé. Il est suivi par le robot. S’ensuit un « dialogue » :

- Vous ne devez pas fermer à clé, au cas où vous tomberiez !

- Ne me suis pas dans les toilettes. Éteins la caméra !

- Je ne vous filme pas. Je n’enregistre que les mouvements de vos articulations pour connaître votre position

- Non, ne filmez rien !

- L’enregistrement est désactivé, j’envoie un message à votre famille. L’enregistrement ne sera réactivé que si vous ou votre famille en donnez l’ordre.

Commentaires de Bernard Pradines.

Faut-il en rire, en pleurer, s’en réjouir ou s’en offusquer ? Toujours est-il que ces nouvelles technologies sont censées se substituer à une présence humaine devenue progressivement inexistante. C’est une réalité massive dans nos pays, la population étant occupée à des tâches en dehors du domicile. Pour le meilleur et pour le pire.
 

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