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Quelle attitude adopter devant un patient atteint de démence avancée ?

Publié le par Louis Lacaze

Quelle attitude adopter devant un patient atteint de démence avancée ?

Le docteur Jauhar, cardiologue, a eu l’occasion de découvrir au cours de son activité que ne pas informer un patient sur son état ou lui transmettre de fausses informations pouvait entraîner des conséquences négatives, détruire un climat de confiance et les possibilités de communication. Devant son père atteint de maladie d’Alzheimer à un stade avancé et les pressions exercées par les membres de la famille, il en vint à remettre en question ses principes. Pour conserver un climat de communication satisfaisant ne devait-il pas assouplir leur rigidité sans pour autant amoindrir la dignité du malade ?

La norme a longtemps incité les soignants à corriger les erreurs de jugement des malades dans le but de leur permettre de se replonger dans le monde réel. Les théories de l’illusion thérapeutique leur ont ensuite proposé de ne pas s’opposer aux dérives des patients, sans toutefois les encourager. On ne parle plus de mensonge mais d’un ajustement à la maladie. Plutôt que de s’acharner à rectifier les erreurs entrer dans le jeu du patient permet de lui apporter une certaine paix.

Respecter l’intégrité du monde particulier où vit le malade est en fait une forme de respect de sa dignité. Pour éviter de faire une entorse culpabilisante à ses principes des voies restent ouvertes, on peut rassurer, consoler, manifester de l’empathie.

Commentaires de Bernard Pradines. Je partage le constat de l’auteur quant à l’évolution de la pensée soignante en termes de relations de « vérité » avec le patient dément en phase évoluée. De grands auteurs comme Naomi Feil ont popularisé l’idée moderne de validation des propos et surtout des sentiments de la personne qui s’exprime d’une manière qui nous est inconnue en l’absence d’expérience d’accompagnement. La parole apparemment insensée a toujours un sens : à nous de le déchiffrer. En cela, je ne parlerai pas de dérive comme le suggère le texte ci-dessus. Pour appréhender au mieux la situation, il faut connaitre la biographie de la personne et ce que ses proches nous rapportent. Alors nous comprenons mieux des centres d’intérêt voire des obsessions qui peuvent revêtir un visage transfiguré. Comprendre est le premier pas indispensable avant de songer à un accompagnement empathique. Renforcer les expressions positives, ne jamais ironiser sur les propos ni stigmatiser la personne. Ici se trouvent des ressources qui ont un autre avantage : celui de la moindre difficulté de tâches professionnelles pouvant de surcroît manquer de sens en apparence.

 

Commentaire de Marie-Christine Montandon :

Face à ces patients, rien n'est figé. Je dirais que nous naviguons à vue, nous adaptant à l'instant présent.
Même lorsque la maladie est très évoluée, lorsque le moment est propice, nous pouvons délivrer certaines informations même si elles ont toutes les chances de prendre rapidement leur envol. Mais dans l'instant présent, les mots et le ton qui les accompagne ont toute leur importance. Ils convoquent le respect de la dignité de la personne qui est face à nous.
Alors parfois nous expliquons, parfois nous re-situons mais souvent, nous les accompagnons dans leur voyage.

J'ai souvenir d'un patient dont la maladie était très évoluée et avec qui, les conversations étaient devenues impossibles. Sa fille est venue lui annoncer le décès du petit-fils. Je l'ai accompagnée dans sa démarche, nous lui avons expliqué avec des mots simples. Il a été profondément attristé puis a réclamé à assister aux obsèques. Plusieurs jours après l'enterrement, il a parlé avec l'animatrice de la perte de son petit fils, certes dans un langage décousu, mais les mots importants y étaient, notamment sa tristesse.

Référence :

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Voyage de l’autre côté du miroir

Publié le par Papi

L'informatique au service du patient ?

L'informatique au service du patient ?

Visiteur bénévole en EHPAD (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) et SLD (soins de longue durée),  je me suis retrouvé brusquement immobilisé sur un lit d’hôpital pendant une semaine suite à une fracture  accidentelle. J’ai trouvé intéressant de me situer aux premières loges pour découvrir plus en profondeur comment fonctionne un univers à la fois familier et mystérieux. Les lignes qui suivent ne visent qu’à exprimer un point de vue strictement personnel.

Les premiers contacts avec le personnel infirmier montrent que les cours des IFSI et les stages de formation ont bien été assimilés : cordialité, dynamisme (ne pas forcer la note), contact physique discret sur le bras du patient (et non sur le visage, merci).

L’acquisition des techniques de soins est parfaite : le personnel peut travailler très vite tout en évitant les gestes douloureux. On peut regretter que sa rotation quotidienne ne permette  pas une relation plus personnalisée, sécurisante, avec le patient.

« Communiquer est important, nous ne sommes pas des meubles ». Cette phrase relevée sur le blog, adressée par un patient à sa gériatre, s’est retrouvée d’actualité. Il arrive qu’une fracture soit accompagnée de dégâts collatéraux. Pourquoi ne pas en parler dès leur apparition plutôt qu’a posteriori quand leurs effets ont disparu; l’anxiété du patient serait diminuée, la douleur mieux acceptée.

La question des repas en milieu hospitalier occupant toujours une place importante dans les conversations entre un patient et un visiteur, il était intéressant de se retrouver au rang des consommateurs. Dans certains établissements, on débarrasse les plateaux au plus vite sous les protestations des patients. Ici, la situation était très différente, chacun pouvait manger à son rythme. Cela mérite d’être souligné quand on connait le fort pourcentage de patients dénutris dans les hôpitaux. En cas de perte totale d’appétit, pourquoi ne pas proposer un verre de lait ?

Comme dans toute communauté, des individualités se détachent de l’ensemble et laissent une forte impression. Qu’ont-elles de plus que les autres ? Bénéficient-elles de dons innés ou à la portée de tous avec une formation adéquate ?

Empathie est leur mot-clé. Le patient est accueilli comme un invité. On comprend qu’il se serait bien passé de vous rendre visite mais on est là pour le recevoir et le remettre sur pied. Le soignant se présente, nom ou prénom. La conversation est chaleureuse, naturelle, aborde les sujets les plus divers. Quand on revient pour soigner le voisin de chambre, on pense à saluer d’un signe de tête le malade qu’on a vu un peu plus tôt.

Pareille attitude permet d’éviter le risque d’oublier que la personnalité d’un patient peut être altérée par la douleur et les médicaments. Une distinction entre les bons malades et les moins bons n’a pas lieu d’être, même si le départ au plus vite de ces derniers permettrait de se rapprocher de la configuration idéale d’un hôpital sans malades…

Ce passage de l’autre côté du miroir dans un hôpital précis complété par mon expérience de différents établissements m’a montré l’énorme complexité d’un système qui fonctionne correctement dans des conditions difficiles, constamment sous l’épée de Damoclès des restrictions budgétaires, avec un personnel insuffisant surchargé de travail. Devrait-on souhaiter que les décideurs obsédés d’économies qui prétendent gérer la santé publique se retrouvent  à leur tour aux urgences puis sur un lit d’hôpital pour avoir une vision correcte de la réalité quotidienne ?

Publié dans hôpital, humanitude

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