Que reste-t-il d’un passé intolérant ?
Retour d’expérience d’un infirmier du XXème siècle et du début du XXIème. Qu’en reste-t-il ?
Entrer en EHPAD ne signifiait pas être dépourvu de sentiments et de sexualité.
En effet, il était fréquent que deux résidents, désormais dénommés habitants, se rencontrent, se découvrent et éprouvent des sentiments et de l'attirance. Alors que leur chambre était en principe privée, ils se heurtaient aux barrières de la convenance et de la moralité, à des valeurs puritaines.
Les habitants de nos établissements avaient pourtant déjà droit à une vie intime faite de sentiments, d'amour et même de sexualité dans le sens coutumier de ce terme.
Pourtant, de nombreux obstacles et des oppositions se dressaient devant eux :
- Non-respect de la privatisation de leur chambre dont l’impossibilité de la fermer avec un loquet, l’accessibilité de l’extérieur devant demeurer possible pour les urgences.
- L'opposition de la direction de l’établissement et/ou du personnel, l'organisation et le fonctionnement du service ne prévoyant pas cette éventualité. Un héritage culturel de morale religieuse pouvait être en jeu.
- Le qu'en dira-t-on ! Le risque que la réputation de l'établissement soit ainsi salie.
- Le regard réprobateur, la jalousie des autres résidents.
- Les familles qui ne voulaient pas envisager que leur propre parent puisse éprouver le besoin d'avoir des relations et des rencontres charnelles, surtout si jugées illégitimes.
Il n’était pas rare que des couples légitimes fussent séparés alors qu'ils résidaient dans le même établissement, un aménagement de chambres en lit double étant exceptionnel de même que le rapprochement de leurs deux lits dans la même pièce. Pire, je fus témoin que des résidents ont été séparés, changés, déplacés vers d'autres services et même transférés dans d’autres établissements afin de rompre la relation des protagonistes.
En quarante et un ans de carrière je n'ai pu assister qu'à quatre mariages de personnes qui se sont rencontrées au sein même de mon service. Nous avons pu mener à bien cet accompagnement particulier avec d'énormes difficultés et beaucoup de persévérance.
Et maintenant, laissons-nous les habitants profiter de leur vie et l’achever paisiblement ?
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