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vivre ensemble

Entre médecins et malades : un certain malaise

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://www.caducee.net/actualite-medicale/13286/medicaments-de-la-maladie-d-alzheimer-la-has-prone-le-deremboursement.html

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Il est aisé de qualifier les médecins de bons et de mauvais de manière uniforme dans un sens moral ou de compétence du terme. Et de s’en arrêter là. Pourtant, de nombreux facteurs vont jouer dans les attitudes constatées, positives ou négatives.

Le nombre d’années d’études n’est pas un critère infaillible de qualité. Les origines sociales "inversées" des médecins par rapport à la population peuvent induire une culture de surplomb.  Ainsi, la « vision globale de la santé » ne leur échappe pas forcément mais elle n’a pas été vécue le plus souvent dans la chair de leur famille. S’y ajoute un sentiment d'élitisme, de supériorité, de négligence de l’opinion du patient, animé par certains enseignants dès la formation initiale. Un enseignement qui ne connait toujours pas les humanités de manière significative[1]. La crainte de se tromper de diagnostic ou de thérapeutique peut à elle seule entrainer une attitude défensive face à toute critique, même légère.  Cette posture est aggravée en situation de concurrence mixte, à la fois de réputation et financière, telle qu’observée en médecine libérale solitaire. La médecine hospitalière salariée elle-même n’échappe pas à la concurrence de réputation. Le corporatisme peut être aveugle car encouragé par le fait de ne jamais avoir connu d'autre pratique professionnelle, les médecins comptant de surcroit parmi les professions qui ont le plus de parents eux-mêmes médecins. S’y ajoute un mal fort répandu dans la population mais incompris des classes sociales qui sont les plus défavorisées : le goût immodéré pour les revenus financiers si largement partagé dans notre société de concurrence et de profit. D’où le sentiment d’être incompris quand les médias font état de revenus moyens supérieurs à 90 000 Euros par an pour un généraliste français ; sans préciser qu’une moyenne n’est qu’un indice qui ne doit pas être isolé de son écart-type. La démographie médicale actuelle et ses conséquences, très préoccupantes, aggravent cette situation d’incompréhension entre médecins et patients. Si elles étaient niées ou simplement oubliées pour des raisons corporatistes chez les médecins, il y a fort à parier que le fossé se creuserait un peu plus. Que la critique de la politique antérieure et présente oublie ce fait et ses causes ne pourrait qu’aggraver le malaise.


[1] Fleury C. Le soin est un humanisme. Tracts Gallimard. Mai 2019

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Faut-il changer de regard sur les personnes âgées ?

Publié le par Bernard Pradines

Image issue du site : https://www.sainteadresseoptique.fr/details-lunettes+de+vue+edition+limitee+dior+exquise+o-179.html

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Faut-il améliorer son acuité visuelle pour changer son regard ?

Figure convenue de toute interview médiatisée sur ce sujet : il faut changer le regard de la société sur les personnes âgées ! Considération devenue truisme, affirmation incantatoire et performative, un tel changement étant censé améliorer la condition de ces citoyennes et citoyens.

Faut-il améliorer son acuité visuelle pour changer son regard ? Si oui, un opticien abusif vous dira qu’il faut renouveler votre monture pour des lunettes plus onéreuses. Regardons, si j’ose dire, les choses sous un autre angle. Improductives et consommatrices de soins, inutiles et coûteuses, super loosers, voici le message subliminal que les aînés et aînées peuvent percevoir. Mieux : dépassées mais donneuses de leçons dans un monde qu’elles ne comprennent plus. Mais aussi aimées voire adorées des leurs et rendant service, en particulier dans la garde souvent indispensable de leurs petits-enfants issus de la famille resserrée, nucléaire ou monoparentale.

Regard ou plutôt représentation dans le sens que les psychologues donnent à ce terme ? Faisons court : l’idée ou l’image [1] que l’on se fait d’une réalité. En supposant que l’on puisse changer cette subjectivité par un simple effort de motivation. Aïe ! Encore la philosophie idéaliste avec son nez volontariste devenant stigmatisant en cas d’échec.

Là est la puissance du processus : dans un consensus collectif implicite voire inconscient. Dans son ouvrage « Éloge de la fuite » [2], Henri Laborit nous prévient : « Comment être libre quand une grille explicative implacable nous interdit de concevoir le monde d’une façon différente de celle imposée par les automatismes socioculturels qu’elle commande ? » Et j’y ajouterai : encore faut-il que cette grille soit perceptible.

Soyons concrets avec quelques exemples. D’où vient ce sentiment honteux de dégoût devant la sexualité du grand âge tout en clamant sa légitimité ? Comment considérer indigne une vie accompagnée d’incontinence urinaire et fécale, pire en tenir grief à la personne qui en souffre et le lui signifier ? Pourquoi utilise-t-on couramment le terme aberrant et inconséquent de « légume » ? Comment pouvons-nous souhaiter la fin de l’autrui vulnérable alors que Jean de La Fontaine nous interpelle déjà au XVIIème siècle avec trois fables [3] sur l’attachement à vivre des humains en souffrance ? Comment avons-nous organisé notre société pour avoir le sentiment d’abandonner nos aînés dans des établissements sous-dotés dont ils ne ressortent presque jamais vivants ?

Aussi longtemps que nous n’aurons pas d’explications personnelles et collectives satisfaisantes à ce genre de questions, que nous considérerons que « c’est comme ça », nous réagirons avec une culture qui comporte des éléments redoutablement primaires par leur échappement à toute morale telle que nous la concevons aujourd’hui. Eh bien mes amis, cela ne se change pas d’un coup de baguette magique. Si le démontage de nos déterminismes de pensée et de sentiments nous donne l’espoir de nous améliorer, c’est en étant dans la quête insatiable d’un avenir meilleur pour ceux qui sont dans la souffrance. La fameuse « zone d’inconfort » à la mode.

Le courage, disait le grand homme, c’est de chercher la vérité et de la dire [4]. Cela signifie que tous les témoins passifs doivent se muer en prescripteurs des indispensables progrès.

 


[1] https://livre.fnac.com/a1313523/Philippe-Albou-L-image-des-personnes-agees-a-travers-l-histoire

[2] https://livre.fnac.com/a192320/Henri-Laborit-Eloge-de-la-fuite#omnsearchpos=1

[3] « La mort et le bûcheron ». « La mort et le malheureux ». « La mort et le mourant ».

[4] https://citations.ouest-france.fr/citation-jean-jaures/courage-chercher-verite-dire-subir-47096.html

 

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