Aide à la fin de vie – 2 sur 3

Publié le par Louis Lacaze

Aide à la fin de vie – 2 sur 3
Aide à la fin de vie – 2 sur 3

 Le docteur Lew Cohen a été marqué par la forte personnalité des personnes qui ont choisi de se donner la mort ; il cite en particulier le Dr Sigmund Freud qui a demandé à son médecin traitant et ami de lui injecter une dose mortelle de morphine. Toutes ont voulu rester maîtres du cours de leur vie jusqu’au bout.

Il regrette qu’en Californie une seule catégorie de la population semble avoir recours au suicide assisté : les personnes d’un niveau d’éducation élevé et d’une certaine aisance financière, le prix de la dose mortelle étant de 6000$ (soit 5400€). Par ailleurs il est très difficile de trouver, du moins en Californie, deux médecins acceptant de vous accompagner tout au long du processus.

Le Dr Cohen ne fait pas l’impasse sur la complexité des problèmes sous-jacents. Pour que les soins palliatifs ne se retrouvent pas en concurrence avec la suicide assisté, une législation précise doit exister. Autoriser le suicide assisté lorsque la qualité de vie du patient est fortement altérée soulève de nombreuses interrogations; en effet la recherche a montré que la qualité de vie d’une personne handicapée, démente, peut être satisfaisante. Supposons qu’une jeune femme présentant des signes précoces de démence exige que, si son cas s’aggrave, elle puisse terminer sa vie. Supposons que plus tard elle se retrouve incapable de raisonner, ne reconnaissant plus personne, accueillie dans un établissement d’accueil, bien soignée, elle apparaisse apparemment heureuse. Supposons qu’elle retrouve un instant de lucidité. Il se peut qu’elle soit horrifiée par sa déchéance. Il se peut aussi qu’elle soit impressionnée par ses facultés d’adaptation et heureuse d’avoir conservé une certaine qualité de vie. Comment trancher ? L’application de directives anticipées reste donc particulièrement complexe.

Pour le Dr Cohen, modifier la législation pour codifier la possibilité d’un mort librement consentie exige une longue période de réflexion et doit refléter la volonté de la société présente. Qui aurait pu imaginer au début du siècle dernier le mariage homosexuel et l’homoparentalité ?

 

Commentaires de Bernard Pradines : oui, la personne confrontée à la fin de sa vie n'est pas toujours identique à celle qu'elle était en bonne santé. Et pas seulement la personne jeune évoquée  par mon confrère. Chacun·e a le droit de changer d'avis. Oui, les médecins pourront se trouver confrontés à ce genre de problème si les directives anticipées devaient être appliquées de manière automatique. Enfin, pour revenir au début du texte, il n'est pas étonnant que des personnes qui ont recours au suicide assisté bénéficient "d’un niveau d’éducation élevé et d’une certaine aisance financière". Ce ne sont pas seulement ces facteurs qui interviennent directement dans leur attitude. C'est leur position sociale antérieure fréquemment dominante qui leur interdit de se sentir dépendants d'autrui en situation de vulnérabilité.

 

Sources :

In this week's podcast we talk with Lew Cohen, MD, about his new book "A Dignified Ending: Taking Control Over How We Die."
Eric and I approached reading this book with trepidation.  We feared it would be a polemic defending physician aid in dying.  It is not.  Dr. Cohen does not hide his beliefs and opinions.  He also does not shy away from the complexity of the issue - he interviews leading disability rights activists and challenges leaders of the aid in dying movement.

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