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acharnement therapeutique

Faut-il leur foutre la paix ?

Publié le par Bernard Pradines

L’expression n’est pas élégante. Elle est pourtant souvent  employée à propos des pathologies et surtout des traitements des personnes âgées.

Leur foutre la paix, c’est, dit plus poliment, ne pas entreprendre des traitements que l’on aurait prescrit si le patient avait été plus jeune ou en meilleure santé. On croit ainsi avoir tout dit.

Or, s’abstenir est une décision qui est éventuellement évidente et bénéfique, parfois non. Au début de ma carrière, peu de médecins s’aventuraient à opérer une personne âgée de plus de 90 ans. Qu’en est-il à présent ? Des situations qui étaient alors considérées comme relevant d’une abstention raisonnable, où l’on « fichait la paix » au malade, sont désormais regardées comme une perte de chance, un abandon thérapeutique. A l’inverse, des traitements ont été délaissés car trop agressifs.

Les soins bénéfiques ne peuvent pas se résumer à une formule à l’emporte-pièce qui donne bonne conscience mais occasionne encore des retards préjudiciables de diagnostic et de traitement. On « foutra la paix » sur des arguments solides, au cas par cas.  Pas au pifomètre pour se rassurer ou se faire plaisir. 

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Euthanasie des vieillards : une décision individuelle ?

Publié le par Bernard Pradines

Extrait : "quid de la liberté de choix de celles et ceux qui demandent l’euthanasie ? Question philosophique éternelle, celle du libre-arbitre individuel." 

 

Vif débat permanent autour de la dépénalisation de l’euthanasie en France.
Vouloir se déterminer par soi-même jusqu’au dernier moment de sa vie est un objectif louable qui a accompagné des progrès récents : lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, interdiction de la torture, abolition de la peine de mort, etc.

Pourtant, quid de la liberté de choix de celles et ceux qui demandent l’euthanasie ? Question philosophique éternelle, celle du libre-arbitre individuel.

Au cours de mon exercice auprès des personnes âgées, je fus frappé par la fréquence de l’isolement entrainant la rupture du lien social. Peu ou pas de visites alors qu’elles sont espérées. A quoi me sert-il de vivre si personne ne vient me voir ?

Être âgé, affaibli physiquement et mentalement, dépendant d’autrui pour les actes de la vie quotidienne, souvent éloigné en contrainte de son domicile, voici des conditions bien difficiles. Rajoutons‑y une pression permanente aux économies, que ce soit à la maison ou en établissement.

Mais ce n’est pas tout. Si notre société vit dans l’idée du caractère insupportable des dépenses de santé, en particulier lors de la dernière année de la vie… Si l’on fait peser la charge des frais de maintien à domicile ou d’hébergement sur ses enfants, voire sur ses petits-enfants, comment ne pas envisager sa propre fin au plus tôt ? Au fond, j’ai bien compris ce que vous n’osez jamais me dire : dans l’état 
(1) où je suis, il est temps de partir…

Pour qualifier cette situation en termes acceptables, vous parlerez d’autonomie de décision, de liberté individuelle, de choix personnel, de crainte de l’acharnement thérapeutique 
(2). Vous affirmerez que votre corps vous appartient et que vous souhaitez éteindre vous-même la lumière. Vous direz que l’on achève bien les chevaux (3). Mieux, vous évoquerez la charité ou l’humanisme, c’est selon. Vous pourrez rappeler aussi la nécessaire capacité d’« adaptation », vertu idéaliste rabâchée, sans appréhender que c’est la société toute entière qui peut s’adapter au vieillissement et non l’inverse. Au moins si elle se veut humaine.

(1) « état » pourrait aussi s’écrire « Etat ».
(2) Les professionnels parlent désormais de l’obstination déraisonnable.
(3) Rappel : les chevaux n’ont rien demandé. Ce n’est donc pas une euthanasie.

 

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