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esperance de vie sans incapacite

Qu’est-ce qui compte le plus pour la longévité : les gènes ou le mode de vie ?

Publié le par Louis Lacaze

Par Courtesy: National Human Genome Research Institute — [1] (file), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=212144

Par Courtesy: National Human Genome Research Institute — [1] (file), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=212144

La presse nous montre parfois une centenaire fêter son anniversaire un verre à la main. Champagne ou verre d’eau ? Un doigt de champagne n’est pas impossible, parfois accompagné d’une cigarette, la centenaire ne veut en rien modifier des habitudes qui l’ont conduite à un âge aussi avancé. Il est donc permis de s’interroger sur l’efficacité des conseils traditionnels sur la consommation d’alcool, l’usage du tabac, une alimentation saine, une pratique d’exercice physique suffisante.

Dans leur majorité, les scientifiques pensent que mener une vie saine permet d’ajouter dix ans de plus à notre espérance de vie moyenne et d’espérer raisonnablement pouvoir atteindre 80 ou même 90 ans. Toutefois, à l’approche de cent ans, le tableau est inversé : de nombreuses études montrent que souvent ces personnes n’ont pas un mode de vie différent de celui de la majorité de leurs concitoyens, qu’ils présentent des taux plus faibles de problèmes de santé accompagnant l’âge : pathologies cardiaques, cancers, démences. Si leur longévité ne peut s’expliquer par leur mode de vie peut-elle être due au facteur chance, à des gènes particuliers ?

Le gène APOE 2 est connu pour se rencontrer chez les personnes très âgées et pour réduire le risque de maladie d’Alzheimer tandis que APOE4 l’augmente. D’autres gènes peuvent être impliqués dans le ralentissement du processus de vieillissement comme FOXO3 rencontré dans plusieurs études de centenaires. Ce gène et d’autres mal connus pourraient annuler les effets d’un comportement malsain et favoriser la longévité.

Il apparait que ces gènes protecteurs ne se rencontraient probablement que dans moins de 1% de la population. Les posséder relève du facteur chance, de l’hérédité, du hasard de la loterie ou des jeux de casino. Demander à un centenaire de vous prodiguer des conseils ne servirait à rien, il ne reste plus qu’à se rabattre sur le mode de vie le plus sain possible.

Commentaires de Bernard Pradines. Nous sommes au début de l’abord de la complexité génétique dans l’espérance de vie (plutôt que la longévité) et même dans la compression de la morbidité au très grand âge[1],[2],[3],[4]. Focalisés à juste titre sur les facteurs dits modifiables dans l’environnement et dans les comportements, nous commençons seulement à documenter le rôle de la génétique, bien que soupçonné depuis bien longtemps. Ces données ne sont pas un simple détail. Comment motiver les populations à modifier leur environnement et leurs comportements si nous ne comprenons pas mieux les limites qui nous sont imposées par la génétique ? Concrètement, par exemple, à quoi me sert de ne pas abuser de substances toxiques si mon voisin centenaire a fumé et bu plus que de raison pendant toute sa vie ?

Référence :

Dana Smith The New-York-Times

What Matters More for Longevity: Genes or Lifestyle?

When Dr. Nir Barzilai met the 100-year-old Helen Reichert, she was smoking a cigarette. doctors had repeatedly told her to quit. But those doctors had all died, Mrs. Reichert noted, and she hadn’t.


[1] Tindale LC, Salema D, Brooks-Wilson AR. 10-year follow-up of the Super-Seniors Study: compression of morbidity and genetic factors. BMC Geriatr. 2019 Feb 28;19(1):58. doi: 10.1186/s12877-019-1080-8.

[2] Noureddine S, Schneider A, Strader S, Zhu X, Dhahbi J, Allsopp R, Willcox DC, Donlon TA, Shimabukuro M, Higa M, Suzuki M, Torigoe T, Ashiqueali S, Yadav H, Willcox BJ, Masternak MM. Circulating microRNA profile of long-lived Okinawans identifies novel potential targets for optimizing lifespan and health span. Aging Cell. 2024 Aug;23(8):e14191. doi: 10.1111/acel.14191. Epub 2024 May 15.

[3] Grossi V, Forte G, Sanese P, Peserico A, Tezil T, Lepore Signorile M, Fasano C, Lovaglio R, Bagnulo R, Loconte DC, Susca FC, Resta N, Simone C. The longevity SNP rs2802292 uncovered: HSF1 activates stress-dependent expression of FOXO3 through an intronic enhancer. Nucleic Acids Res. 2018 Jun 20;46(11):5587-5600. doi: 10.1093/nar/gky331

[4] Fuku N, Díaz-Peña R, Arai Y, Abe Y, Zempo H, Naito H, Murakami H, Miyachi M, Spuch C, Serra-Rexach JA, Emanuele E, Hirose N, Lucia A. Epistasis, physical capacity-related genes and exceptional longevity: FNDC5 gene interactions with candidate genes FOXOA3 and APOE. BMC Genomics. 2017 Nov 14;18(Suppl 8):803. doi: 10.1186/s12864-017-4194-4.

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Quelle priorité de la recherche : une longue durée de vie ou une longue durée de vie en bonne santé 

Publié le par Louis Lacaze

Quelle priorité de la recherche : une longue durée de vie ou une longue durée de vie en bonne santé 

D’après la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) en 2023 en France l’espérance de vie atteint 85,7 ans pour les femmes et 80 ans pour les hommes tandis que l’espérance de vie en bonne santé s’élève désormais respectivement à 77 ans et à 75,5 ans [1]. Les progrès impressionnants réalisés depuis les années 50 ont enflammé les imaginations de certains chercheurs qui refusent de s’arrêter en si bon chemin et aimeraient transposer à l’homme les transformations géniques obtenues sur des souris ou des vers de terre qui nous permettraient d’atteindre l’âge de140 ans. Ces prétentions font sourire la majorité des spécialistes.

La plupart des chercheurs, moins ambitieux, considèrent qu’allonger la durée de vie en bonne santé est plus réaliste. Leurs recommandations sont classiques : un mode de vie sain, de l’exercice, une alimentation équilibrée, des relations sociales, un sommeil de qualité. Un programme de vie qui permettrait de vivre jusqu’à 90 – 95 ans mais en bonne santé. Ce ralentissement du vieillissement s’accompagnerait d’une disparition sinon d’une baisse des cas de maladies chroniques accompagnant la vieillesse, de certains cancers, du diabète, des maladies cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux et de la démence. « En ciblant les voies de vieillissement, on espère ralentir le processus de vieillissement », déclare Eric Verdin, chercheur, « avec un peu de chance, les gens vivront plus longtemps, mais surtout, ils vivront en meilleure santé ».

Pour Deborah Kado, professeur de médecine, accorder la priorité à la longévité est une erreur. Il serait bien préférable de concentrer son attention sur son choix de vie à mener pendant le temps de vie dont on dispose tant que nous pouvons en avoir le contrôle. C’est à partir des choix retenus que va reposer l’affirmation d’une vie réussie [2].
 

Commentaires de Bernard Pradines. L’espérance de vie sans incapacité forte (EVSI forte) est ainsi définie : « Êtes-vous limité, depuis au moins six mois, à cause d’un problème de santé, dans les activités que les gens font habituellement ? ». Les personnes répondant « Oui, fortement » sont considérées des personnes en situation de handicap, donc en incapacité forte. L’EV est l’espérance de vie.  Le rapport ESVI forte/EV à la naissance a tendance à croitre dans les deux sexes, en particulier depuis 2018 (voir graphique ci-dessous). Être toutefois prudent quant à l’interprétation des chiffres. Si l’EV stagne momentanément, par exemple du fait de la covid de 2020-2022, le rapport EVSI forte/EV à la naissance peut augmenter sans bénéfice net de durée de l’EVSI.

Extrait de [3] :

Quelle priorité de la recherche : une longue durée de vie ou une longue durée de vie en bonne santé 

Références

Selon la Drees, une femme de 65 ans peut espérer vivre 12 ans sans incapacité et un homme du même âge 10 ans et demi.
[2] Dana G. Smith The New-York Times Why Aging Experts Are Obsessed With ‘Health Span’

Trying to stay healthy into old age is a better goal than attempting to live as long as possible.

[3] Pradines B. James Fries : où en est la compression de la morbidité ? NPG Neurologie - Psychiatrie - Gériatrie, septembre 2024,

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1627483024000795

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