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Hospitalisations : un vécu personnel (2)

Publié le par Bernard Pradines

image issue de https://convergence-ncn.com/

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Introduction commune aux articles sur ce thème :

En plusieurs épisodes, je tenterai de raconter à mes lecteurs quelques expériences de mon passé de médecin malade lors de mes quatorze hospitalisations. Mon but est d’abord de témoigner du ressenti d’un professionnel au contact des soignants qui constituent son univers connu, des collègues potentiels de travail. Il est aussi, à un moindre degré, de démystifier l’idée selon laquelle les médecins seraient obligatoirement mieux traités que le commun des mortels. Il est surtout d’identifier des situations de soins qui demandent une amélioration future.

Pour rappel, je fus praticien hospitalier, spécialiste dans deux domaines : l’anesthésie-réanimation et la gériatrie.

J’ai alors 54 ans et je viens de subir une prostatectomie par voie endoscopique ou, pour parler comme les non-initiés, l’ablation de la prostate par les voies naturelles [1]. Après l’intervention, je suis dirigé vers la salle dite de réveil. Etant d’emblée conscient, j’observe ce qui se passe dans cette pièce destinée à la surveillance post-opératoire des patients qui viennent de subir une intervention chirurgicale. Les personnels vaquent à leurs occupations qui consistent surtout à effectuer des rangements de dispositifs médicaux. Ils sont corrects bien que peu enclins à se tenir un peu à côté des malades. Tout semble calme jusqu’à ce qu’un homme âgé entre à son tour au retour du bloc opératoire. Il vient d’être opéré d’un membre inférieur et clame sa douleur en langue occitane, ce qui pourrait phonétiquement parlant donner ceci : « qué mé doll aquélo p… dé cambo » à traduire complètement par « que cette p… de jambe me fait mal ». Il crie de plus en plus fort et continue à jurer contre son membre douloureux. Et là, stupéfaction, un homme en blouse blanche, de profession indéterminée, lui crie dessus au pro rata de sa plainte afin d’en couvrir l’expression ! Il lui est asséné que cela suffit et qu’il doit se taire ; je n’entends aucune parole d’empathie ou même de promesse d’être calmé de manière adéquate. Je quitte cette pièce sous l’impulsion vigoureuse d’un brancardier qui envoie brutalement mon brancard percuter la paroi de l’ascenseur.


[1] On peut se rapporter à : « Hospitalisations : un vécu personnel (1) »

 

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Le retraité philanthrope, rêve ou projet ?

Publié le par Pierre Caro

Le retraité philanthrope, rêve ou projet ?
En France, la retraite est une obligation légale, c’est un système par répartition et contributif. La fin de la carrière obligée, nous nous trouvons devant la retraite à penser.

Le retraité, la retraitée, sans obligation de travailler, est libre de choisir l’emploi de son temps durant plusieurs décennies. Des richesses mais plusieurs risques dont chacun, chacune, doit avoir conscience avant la fin de sa carrière professionnelle obligée.

Richesses d’expériences et de savoirs acquis au cours de cette carrière ; risques de désorientation dans les nouvelles conditions de modes, d’environnements de vie, qui ne seraient pas anticipées.

En fait, face à l’entrée en situation de retraite, il faut imaginer le temps avec ses a priori, ses interrogations, certitudes, doutes, craintes, plaisirs… Les idées et les partages d’échanges sur les décennies prochaines sont des obligations afin d’assumer le vivre ensemble dans nos sociétés entre quatre, cinq générations, dans le métissage des cultures, où nos différences doivent être nos richesses.

« Quels enfants allons-nous laisser au monde ?» interrogeait Philippe Meirieu*

Les six aveugles, dans la fable indienne, face à un éléphant, imaginent, chacun différemment ce qu’ils ressentent.

Le sage, de ladite fable, pourrait nous dire : vous avez tous raison, suivant vos propres souhaits, vous vivrez différemment, mais le long temps de retraite et vieillissement c’est l’ensemble de vos choix, exprimés ou pas, lors de votre entrée en situation de retraite. C’est choisir de vivre ensemble un projet personnel et de société.

Mais choisir est un acte responsable qui demande réflexions à partir de nos connaissances en tenant compte de nos ignorances. Cet acte mérite un temps d’apprentissage compris et entrepris avec plaisir, pour un développement personnel et collectif.

Car si en entrant en situation de retraite nous quittons le monde du travail, nos enfants, petits-enfants y sont engagés et leurs conditions de travail ne peuvent pas nous être indifférentes.

A cette situation s’ajoute le fait que cette société ne permet plus « l’aventurisme », cette tendance à prendre des décisions impulsives, et opportunistes.

Face à quelques ruptures mondiales : sanitaires, géopolitiques, économiques, écologiques, climatiques, de formations, en amont des développements scientifiques, industriels, numériques, d’intelligence artificielle… les apprentissages tout au long de la vie sont plus que nécessaires, indispensables.

Le temps des engagements approximatifs, de l’incompétence, de l’irresponsabilité rend les sociétés dangereuses. Un détail, peut-être une information essentielle : les relations humaines, environnementales et le lieu de vie sont essentiels, nécessaires, indispensables pour la sérénité**.

Pourquoi philanthrope ? Est philanthrope « celui qui s'occupe d'améliorer la condition matérielle et morale des hommes. » Dictionnaire Larousse

N’est-ce pas suffisant pour envisager une ligne professionnelle pour les aînés, parents, grands et arrière-grands-parents dans les trois ou quatre décennies de retraite, dans un vieillissement en bonne santé, autonomie et engagements responsables…, constructifs d’une société du vivre ensemble dans une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés… au moins pour les décennies prochaines ?

Une remarque, née d’un apprentissage de plus d’un quart de siècle en situation de retraite : les retraités ne peuvent plus « seulement » s’occuper, ils doivent s’engager en professionnels.les. J’ai équilibré ma vie entre mes relations familiales, amicales, de travail ; mes repos et loisirs ; mes engagements pour bien vivre ma seconde carrière : 2000-2040…

 

Commentaires de Bernard Pradines. Les valeurs changent. La vieillesse n’est plus ce qu’elle était ; les âges de la vie évoluent tous, de la naissance à la mort. Pendant leurs études, beaucoup de nos jeunes concitoyens sont tenus de travailler contre rémunération. Pendant la période encore dite active, les loisirs peuvent occuper une place inédite autrefois dévolue à la retraite. A la retraite, loisirs, travail et études peuvent se conjuguer. Un changement de paradigme qui éclate les représentations antérieures. Pierre Caro en est une illustration lumineuse. 

 

* Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui. Philippe Meirieu Editions Rue du Monde. Août 2009.

** sérénité État de calme, de tranquillité, de confiance sur le plan moral.

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