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De l’espoir du côté des anticorps monoclonaux spécifiques

Publié le par Bernard Pradines

De l’espoir du côté des anticorps monoclonaux spécifiques

Bien sûr la prudence est de mise avant un enthousiasme souvent déçu par la recherche. Celle-ci a besoin de publier afin d’obtenir des subsides. Ainsi, la tentation optimiste est-elle toujours présente, qu’elle soit justifiée ou non. Toutefois, surprise par la brutalité de la pandémie, la communauté scientifique commence à produire des résultats prometteurs. Ainsi, l’article ci-dessous paru le 22 août 2020 (traduction personnelle de l’abstract) :

La pandémie de SARS-CoV-2 fait rage avec des conséquences dévastatrices sur les vies humaines et l'économie mondiale. La découverte et le développement d'anticorps monoclonaux neutralisant les virus pourraient être une approche pour traiter ou prévenir l'infection par ce nouveau coronavirus. Les auteurs rapportent l'isolement de 61 anticorps monoclonaux neutralisant le SARS-CoV-2 à partir de cinq patients infectés hospitalisés pour Covid-19 grave. Parmi ceux-ci se trouvent 19 anticorps qui ont puissamment neutralisé le SARS-CoV-2 in vitro, dont 9 ont présenté une puissance mesurée par des concentrations d'inhibition virale à 50% de 0,7 à 9 ng / mL. La cartographie des épitopes[1] a montré que cette série de 19 anticorps était à peu près également divisée entre ceux dirigés vers le domaine de liaison au récepteur RBD (Receptor binding domain : RBD) et ceux dirigés vers le domaine N-terminal (NTD), indiquant que ces deux régions au sommet de la protéine Spike[2] sont immunogènes. De plus, deux autres anticorps neutralisants puissants ont reconnu des épitopes quaternaires qui se chevauchent avec les domaines au sommet de la protéine Spike. Plusieurs de ces anticorps monoclonaux sont des candidats prometteurs pour le développement clinique en tant qu'agents thérapeutiques et / ou prophylactiques potentiels contre le SARS-CoV-2.

Source :

Liu L, Wang P, Nair MS, et al. Potent neutralizing antibodies directed to multiple epitopes on SARS-CoV-2 spike. Nature (2020). Published: 22 July. Full-text: https://doi.org/10.1038/s41586-020-2571-7

 

[1] Un épitope, aussi appelé déterminant antigénique, est une molécule qui peut être reconnue par un paratope (partie variable d'un anticorps ou d'un récepteur membranaire des lymphocytes B : BCR), pour déterminer si elle appartient au domaine du soi ou au domaine du non-soi. Un antigène est caractérisé par ses épitopes, si ses épitopes sont reconnus comme appartenant au non-soi alors il est lui-même immédiatement reconnu comme appartenant au non-soi. Cette reconnaissance épitope/paratope est donc à la base de la réponse immunitaire spécifique : elle permet la sélection clonale, c’est-à-dire la sélection des acteurs capables de s'attaquer spécifiquement à l'antigène correspondant à un épitope particulier. (Wikipédia)

[2] La protéine Spike est la clé qui permet au SARS-CoV-2 de pénétrer dans nos cellules. Elle est en outre l’une des cibles de notre système immunitaire face à l’infection, et celle de vaccins actuellement en développement. Il est donc crucial de la caractériser aussi finement que possible. C’est précisément l’objet du projet de recherche ProteoCovid-19, conduit au CHU de Montpellier par une équipe Inserm. (INSERM)

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Médecine et Covid-19 : que s’est-il passé ?

Publié le par Bernard Pradines

Médecine et Covid-19 : que s’est-il passé ?

Par ces temps de crise sanitaire, bien des citoyens sont légitimement désorientés. Habitués au confort des certitudes scientifiques et médicales, ils regardent avec perplexité des chercheurs émettre des hypothèses sans certitude : nouvelle vague épidémique ou fin de nos tracas, traitement repositionné ou non, vaccin possible rapidement ou tardivement ? Pis, d’autres se déchirent publiquement à propos de l’efficacité et de la dangerosité de telle ou telle thérapeutique.

Que s’est-il passé ?

Au début de ma carrière, les cours à la faculté de médecine nous étaient enseignés par des professeurs qui étaient censés connaitre la vérité scientifique. Ils délivraient un message auquel il convenait de se référer. « Mon maitre X dit que » ou « mon maître Y disait que » faisaient partie de nos arguments définitifs. Nous nous informions mutuellement de nos succès et échecs pour en tirer parti au profit de nos patients. Quelques congrès et revues nous permettaient de connaitre les réussites, presque jamais les revers de nos confrères.

Puis vint progressivement le temps de l’ « evidence based medicine ». Traduisez : « la médecine fondée sur la preuve ». Ici, point de mandarin omniscient détenant la bonne démarche diagnostique ou la meilleure conduite à tenir devant telle ou telle pathologie. Il s’agissait désormais de résultats d’études conduites avec une méthodologie progressivement plus exigeante, plus rigoureuse. Le sésame de la parole écoutée fut davantage dans cette dimension : « d’après une étude multicentrique menée aux USA, on peut penser que ».

Ce phénomène fut accéléré par des scandales thérapeutiques tels que celui du sang contaminé, de l’hormone de croissance ou encore du Médiator. Certaines de nos médications furent déclarées inutiles et je ne les ai jamais vues réapparaître. Nous apprîmes à différencier une étude observationnelle d’une étude interventionnelle. Nous prîmes conscience de la nécessité d’une rigueur indispensable à une interprétation statistique de qualité, apte à tirer des conclusions utiles en pratique quotidienne. Nous devinrent familiers de termes tels que la randomisation, le double aveugle, le cross-over. Ainsi nous guettions la méthodologie des études cliniques pour apprécier leur « robustesse » et les « valider ».

Des sociétés savantes virent le jour et émirent des recommandations selon les grandes familles de pathologies. Toujours « fondées sur la preuve ».

Le phénomène fut accru par la naissance et le développement d’agences chargées d’émettre des « recommandations de bonne pratique ». Exemples actuels français : la Haute Autorité en Santé (HAS) et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

La lecture de l’anglais écrit par les médecins, bien loin d’être unanime, s’est suffisamment répandue pour autoriser un accès à des banques internationales de données telles que Medline. Phénomène bien sûr rendu possible par le développement d’Internet permettant à tout un chacun un accès autrefois réservé aux bibliothèques universitaires. La multiplication des revues et congrès scientifiques nous amena plus souvent à publier nos observations, résultats ou éditoriaux. Cet exercice nous permit de nous approcher de la difficulté d’une démarche préalable de qualité avant de tirer des conclusions bénéfiques pour nos patients.

Survient la Covid-19. D’un seul coup d’un seul se réveillent des vieux réflexes sous la pression de patients qui attendent un médicament susceptible de prévenir cette pathologie, de les sauver ou pour le moins d’atténuer leur souffrance. Les médecins sont brutalement renvoyés au bon vieux temps en l’absence « d’étude clinique bien conduite » qui nécessite presque toujours plusieurs années. Retour aux médicaments au doigt mouillé. La liberté de prescription redevient une exigence pour calmer l’angoisse sociétale. Des patients guéris, parfois célèbres, viennent témoigner de l’efficacité du traitement qui leur a été prescrit. Et de demander que d’autres en bénéficient dans un grand élan d’altruisme. C’est donc à une formidable régression à laquelle on assiste. Un retour en arrière historique et culturel.

En conclusion, la médecine, comme toute science, a besoin de temps pour fournir les bases solides d’un traitement, quel qu’il soit. Elle ne doit pas se tromper dans la « balance bénéfice-risque ». « Primum non nocere » fait-on dire à notre illustre prédécesseur. Que l’on s’interroge sur la frugalité habituelle des dépenses de recherche est légitime. Que l’on souhaite des publications rapides de résultats s’ils deviennent significatifs est bien normal. Mais réclamer un franchissement des nécessaires étapes de la recherche aboutirait à se plaindre encore davantage de trop de hâte ayant mis en danger la santé d’autrui et… de soi-même.

 

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