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Comment ne pas penser au passé ?

Publié le par Bernard Pradines

Comment ne pas penser au passé ?

Oui, le passé rencontre le présent dans l’univers des personnes âgées. Autrefois, celles-ci restaient dans leur famille jusqu’à la fin de leur vie. Parmi environ 1100 personnes que j’ai eu l’occasion de soigner en dix-huit ans et demi en soins de longue durée, il était possible de compter sur les doigts d’une seule main celles qui avaient naguère placé un parent en établissement collectif. Le rôle des femmes à la maison était d’abord de pourvoir à temps plein aux besoins des enfants, de leur époux et des personnes âgées de la famille. Sujet douloureux et tabou tant l’évolution vers l’autonomie féminine semblait urgente. Il en reste pourtant d’innombrables stigmates. Parmi eux :

  • La difficulté, pour utiliser un euphémisme, de faire participer les hommes aux tâches ménagères.
  • La présence massive des personnels féminins (89 % en 2009) en EHPAD. Les bénévoles sont presque toujours des femmes.
  • La croyance dans le caractère naturel d’être servi par une femme, au risque de la considérer comme une servante. Et qu’elle se sente ainsi humiliée.
  • La culpabilité immense des épouses et filles lors du placement de leur époux ou père en établissement, même si leur dévouement à domicile peut s’apparenter à un sacrifice.
  • Le reproche sourd parfois adressé aux filles et femmes par les résidents et les aidants professionnels : celui d’avoir abandonné leur parent. Cet aspect a cumulé lors de la canicule de 2003.

De façon plus générale, il convient de s’interroger sur la persistance des valeurs venues du passé lorsqu’elles rencontrent la réalité sociale d’aujourd’hui : une piste souvent féconde pour comprendre le monde des aînés.

Publié dans soignants, résidents, famille

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Critères de sélection des personnels en EHPAD en France : soumission et docilité face aux cadences infernales

Publié le par C.R.

L'auteure de ce texte : C. R. diplômée en 2010 de la Haute Ecole de Travail Social de Genève en accompagnement des personnels d’encadrement en établissements de santé.

 

Certes, on peut comprendre la propension d’un employeur à diriger des employées dociles qui ne se révoltent jamais. On peut aussi s’interroger sur les critères de sélection du personnel qui sont principalement fondés sur la soumission en toutes circonstances.

 

Pire, une fois embauchées, les directions utilisent celles dont le tempérament incline à la soumission pour lutter contre les insoumises en faisant valoir que celles qui sont les plus rapides sont les « meilleures ». Celles-ci - entendez les plus véloces - sont souvent les plus soumises.
Cette attitude s’accompagne bien sûr de la dévalorisation des plus lucides parmi les membres du personnel. Je faisais hélas partie de celles-ci ; cadre de santé ayant exercé durant plus de dix années en maisons de retraite, détentrice d’un diplôme suisse d’accompagnement du management en santé, j’ai pu apprécier les méthodes managériales. J’ai vu trop de membres du personnel s’abimer la santé ; les conséquences fréquentes étaient des dorsalgies, les lombalgies et pire, les lumbagos ou les sciatiques, les déchirures musculaires au niveau de l’épaule, les fractures de fatigue, les paralysies faciales imputables au stress. Dans ce contexte, j’ai moi-même enduré des dorsalgies aigues avec comme résultat une immobilisation totale et l’obligation d’arrêt de travail. Je bénéficie pourtant d’un excellent dos entretenu par une longue pratique du yoga.

Les méthodes et pratiques de travail actuelles, pour un repas ou un coucher, imposent d’aller vite ; gare à celles qui se rebiffent ou affirment que le temps imparti par l’employeur est trop court ! Si une soignante n'arrive pas à faire avaler un contenu d'assiette, elle est jugée incompétente par la direction. En ce cas, indubitablement, il vaut mieux être capable de forcer les malades !

Ceci vaut aussi dans les associations d’aide à domicile dont les pratiques sont exactement semblables.

Les attitudes autoritaires du personnel criant sur les malades souffrant de troubles de la compréhension sont tacitement acceptées ; par contre, celles qui protestent contre de telles postures sont soupçonnées d’être des mauvaises soignantes, incapables de faire preuve d'autorité sur les résidents. Prendre exemple sur la plus expéditive est bien vu. Bien sûr, ne pas suivre son modèle expose au dénigrement systématique.

 


Les employeurs ne respectent plus l'obligation des visites médicales annuelles en totale ignorance de la législation du travail. La loi, quant à l’obligation d’un suivi ou d’une écoute de santé, n’est plus respectée.

C'est une façon d'empêcher toute plainte ou questionnement sur des symptômes ; une manière supplémentaire de faire plier les récalcitrantes.
 

Le personnel n’a plus guère les moyens de se protéger. Et ce n’est pas la médecine du travail qui parviendra à les aider ! Ce service est rétribué par l’employeur, ce qui permet l’achat du silence.

J’ai vu des « accidents du travail », voire des arrêts de travail non comptabilisés dans les statistiques transmises à l’Agence Régionale de Santé. C’était ainsi nier, et même cacher tout impact du travail sur l’état de santé du personnel.

 

Bien entendu, la non-considération de la souffrance morale du personnel était souvent au rendez-vous ! Sans compter la tricherie des psychologues et des psychiatres sur cette dimension de la souffrance.

 

Ainsi, le personnel n’est pas recruté sur sa valeur professionnelle mais sur sa capacité à rester soumis et à se plier à toutes les volontés de l’employeur.

 

L’explication est simple : derrière cette situation délétère se profilent des groupes d’EHPAD qui se concentrent et s’internationalisent en profitant des politiques néolibérales actuelles. Ce n’est pas une insulte mais un constat d’écrire que les administrations publiques sont écrasées par l’injonction d’économies à tout prix. Et que les actionnaires du secteur privé, loin de voir la souffrance humaine, recherchent un profit financier.

 

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