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Mieux vaudrait le dire franchement

Publié le par Bernard Pradines

Bien des euphémismes sont utilisés en ce moment pour parler du tri inévitable en cas de remplissage complet des lits de réanimation, voire de soins intensifs.

Bien sûr, il ne s’agira jamais d’un choix. Qui peut imaginer que les médecins réanimateurs choisissent ceux qui vont être réanimés « à la tête du client » ?

Non, il s’agit bien d’un impératif [1]dicté par la situation de catastrophe comme l’écrit à juste titre l’Espace Ethique d’Ile-de-France dès le 17 mars 2020 :

« L’impératif de sauver d’abord les plus jeunes, quitte à sacrifier les plus âgés, fait l’objet d’une perception plutôt consensuelle en France. Cela reste un critère culturellement et socialement marqué cependant. Dans le cas du COVID-19, il est important d’insister sur la pertinence médicale de ce critère dans une logique d’usage efficient des ressources (les personnes âgées ont peu de chances de sortir vivantes de réanimation). »

Mon confrère suisse le Dr Roland Kunz ne l’énonce pas autrement le 24 mars 2020 :

COVID-19 pandemic: palliative care for elderly and frail patients at home and in residential and nursing homes[2]

Il n’est pas  encore temps pour  tirer toutes les  conclusions de cette situation exceptionnelle. Mais il importe de se préparer soi-même et auprès des siens à en comprendre les enjeux.


[2] Kunz R, Minder M. COVID-19 pandemic: 
palliative care for elderly and frail patients at home 
and in residential and nursing homes. 
Swiss Med Wkly. 2020 Mar 24;150:w20235.

 

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Le moment est-il venu de me séparer de Poupette ?

Publié le par Louis Lacaze

Le moment est-il venu de me séparer de Poupette ?

Vivre aux côtés d’un animal favori chez soi peut apporter de grandes joies à un senior, généralement suivies de chagrin lorsque l’espérance de vie de l’animal, bien plus courte que celle des humains, arrive à son terme. Son propriétaire rêve pour lui d’une mort naturelle, qui pour un animal non domestiqué était l’isolement dans la nature ou la rencontre avec un prédateur. Mais sa fin de vie à nos côtés ne sera pas toujours aussi paisible et naturelle. Les chiens et les chats sont bien plus stoïques que les humains face à la douleur qui ne se manifeste pas toujours extérieurement.

 

 Constatant que beaucoup de propriétaires tardaient à décider d’euthanasier leurs animaux et que très peu envisageaient une décision qui serait prématurée, le docteur Villalobos, vétérinaire, a créé une échelle permettant de faciliter une prise de décision. Les points suivants doivent être notés de 0 à 10, la note idéale étant 10.

Souffrance : l’animal souffre-t-il ? Sa respiration est-elle difficile ?

Appétit : mange-t-il normalement ?

Hydratation : boit- il normalement ?

Hygiène : est-il toujours propre ?

Bien-être : exprime-t-il de la joie, de l’intérêt ?

Mobilité : peut-il se lever sans être aidé ? Marcher normalement ?

Etat général : les jours sans problèmes sont-ils les plus nombreux ? Si la relation avec l’animal n’est plus possible, la fin est proche et l’euthanasie peut s’envisager lorsqu’une fin paisible au domicile et sans souffrance est improbable.

 

Devant un score à peu près moyen, un vétérinaire peut suggérer un traitement, un total inférieur à 35 suggère d’envisager une euthanasie. Celle-ci peut être pratiquée après administration d’un sédatif en présence des propriétaires qui voudront accompagner leur animal jusqu’au bout de la route.

 

Commentaires de Bernard Pradines : la problématique des animaux chez les personnes âgées tient aussi  au risque d’abandon ou d’euthanasie lorsque leur maîtresse ou leur maître entre en établissement. L’anticipation dans ce domaine revêt donc une grande importance. Les scrupules ne seront pas toujours au rendez-vous si l’animal est considéré seulement comme le compagnon assurant la sécurité et la compagnie de la personne âgée en remplacement de sa famille. Il est des héritages dont personne ne veut alors que d’autres sont toujours convoités. La personne âgée partie en établissement ou décédée, l’animal ne trouvera plus son utilité et pourra être sacrifié. Je ne suis pas convaincu par un score qui ne reflète pas que la seule dimension de souffrance : hygiène, se lever sans être aidé, relation avec l’animal … Par ailleurs, l’euthanasie dite « de confort » peut avantager certains vétérinaires qui n’oublient pas que ce geste est rémunérateur. Encore un effort pour une société plus humaine envers les humains et les animaux dont nous sommes comptables et nous-mêmes compagnons.

 

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