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ethique

L’interdit positif

Publié le par Bernard Pradines

L’interdit positif

La place des religions dans le débat public français relatif à la fin de la vie est certes contestée mais ne peut pas être occultée.
Aussi, un texte a particulièrement retenu mon attention, celui de la Fédération Protestante de France du 6 mai 2025 dont j’ai relevé l’extrait suivant :

"L’interdit du meurtre ne peut être réduit à une contrainte négative, il est à comprendre comme un commandement positif qui énonce l’impératif de prendre soin les uns des autres afin de s’entraider à vivre."

Cette phrase lourde de sens est précédée d’un paragraphe faisant état d’un débat à l’intérieur du protestantisme français où il est question de vieillesse, de dignité, de maitrise et de dépendance :

« Le document poursuit en évoquant les différentes sensibilités théologiques qui existent au sein de la Fédération protestante de France. Si ces dernières opposent parfois les protestants luthéro-réformés et les protestants évangéliques, force est de reconnaître que ces différences traversent aussi les luthéro-réformés et les évangéliques eux-mêmes. Pour les uns, les appréhensions liées à la vieillesse, la peur de connaître une situation de dépendance, de perdre la maîtrise de leur vie sont insupportables et font qu’ils sont d’avis que le choix du suicide assisté ou de l’euthanasie relève de la liberté et de l’autonomie de chaque personne qui fait son choix en toute lucidité et responsabilité. Pour les autres, réfractaires à un changement de la loi, la légalisation de l’assistance au suicide impliquerait la transgression de l’interdit biblique et social structurant « tu ne tueras pas » et contredirait le principe de la dignité intrinsèque et inviolable de toute personne humaine. Pour ces personnes une éthique de la vulnérabilité est essentielle à la vie aujourd’hui dans la société française. »

Référence :

Publié dans Expression, fin de vie, éthique

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Make suicide great again

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://www.oregon.gov/oha/PH/PROVIDERPARTNERRESOURCES/EVALUATIONRESEARCH/DEATHWITHDIGNITYACT/Documents/year27.pdf

Image issue de : https://www.oregon.gov/oha/PH/PROVIDERPARTNERRESOURCES/EVALUATIONRESEARCH/DEATHWITHDIGNITYACT/Documents/year27.pdf

Décidément, les temps ne sont pas à la compassion. Si les menaces, dont les guerres, se portent très bien, les idées mortifères anciennes, elles aussi, n’ont pas perdu de leur vigueur.

Ainsi, la propagation rapide de lois de fin de vie est-elle fulgurante, au rythme actuel d’un tat par an dans le monde occidental si l’on compte séparément ceux des USA et de l’Australie. C’est l’Oregon qui a ouvert le bal en 1997 avec le DWDA (Death with Dignity Act) qui légalise le suicide médicalement assisté (Physician Assisted Suicide – PAS). Comme une trainée de poudre, l’exemple s’est répandu dans des pays se réclamant de la démocratie, du libéralisme économique et des Droits de l’Homme. Souvent, comme au Canada, aux Pays-Bas ou en Espagne, la possibilité de l’euthanasie y est adjointe. De manière contrintuitive, les pays concernés sont imprégnés, de très longue date, de culture religieuse chrétienne.

Il convient de s’interroger sur tous ces aspects que je traiterai en plusieurs textes courts. Aujourd’hui, je m’arrêterai sur la présentation progressiste de ces évolutions législatives. Ainsi, elles représenteraient un progrès de notre civilisation, au même titre que d’autres avancées sociétales telles que le mariage entre personnes de même sexe. Pourtant, si aucune société n’avait encore autorisé l’union homosexuelle identique à celle des hétérosexuels, il en est autrement des opportunités de perdre sa vie par suicide, volontairement ou non[1]. Le suicide, lui, a de beaux jours derrière lui ; dès la Grèce Antique, ses indications étaient connues et reconnues. A la même époque, à Ceios, l’usage voulait que les plus anciens bussent la ciguë afin de laisser à autrui la nourriture nécessaire.  Cette tradition d’effacement de soi est retrouvée chez les japonais de la Ballade de Narayama. La liste serait longue des modalités ancestrales pour y pourvoir : forêt vierge, cocotier, banquise, etc.

Alors, le PAS serait-il une avancée, un progrès de la civilisation, ou bien une mesure réactionnaire censée valider l’élimination des plus faibles en situation de crise ? La réponse est nuancée : le PAS actuel, à l’instar de la peine de mort par injection léthale, se veut une méthode douce. Il utilise des substances sédatives ou anesthésiques afin de provoquer un endormissement précédant le décès. L’intégrité apparente du corps est préservée. Mieux, les dépassements d’honoraire y seront interdits en France, ce qui nous change un peu de l’accès aux soins parfois problématique dans notre pays !

 

[1] Nadine Bernard, « Voyage en terres gérontocides : l’élimination des vieillards comme remède à la vieillesse ? », Cahiers des études anciennes [En ligne], LV | 2018, mis en ligne le 06 mai 2018, consulté le 22 juin 2025. URL : http://journals.openedition.org/etudesanciennes/1102

 

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