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ethique

Confiance dans les médecins : l’érosion

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://oraedes.fr/Kirjasto/Pages/Encyclopedie/Personnalites/Personnalites_Hippocrate.php

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De nombreux indices laissent penser que la confiance dans les médecins a tendance à s’éroder. Il est vrai qu’ils ne sont plus facilement accessibles comme autrefois. Les délais d’attente avant un rendez-vous se sont allongés quand l’on n’est pas simplement dépourvu de médecin. En établissement aussi, le libre choix du médecin est devenu moins fréquent car le développement du travail en équipe s’est accentué ; par exemple, vous verrez un anesthésiste en consultation et un autre vous endormira. De manière apparemment paradoxale, la proposition française de loi sur le suicide médicalement assisté et l’euthanasie donne un pouvoir inédit aux médecins : celui de décider et/ou d’administrer une substance mortelle.

Si les médecins méritent notre confiance dans l’immense majorité des cas, force est de constater qu’ils sont des êtres sociaux comme tous les citoyens. Ainsi, même s’ils se croient trop souvent neutres, ils sont traversés par les idéologies de notre époque. Quand l’éthique cède le pas devant la loi, le danger se précise. Certains d’entre eux sont étroitement légalistes ; ils sont souvent issus de catégories sociales relativement favorisées. Cette « image inversée » perdure avec les nouvelles générations d’étudiants en médecine : de l’ordre de 45 % d’enfants de cadres supérieurs et de 5% d’enfants d’ouvriers[1]. Ceci ne les porte pas spontanément, dans leur ensemble, vers la contestation des injustices de notre société. Issus fréquemment de milieux conservateurs, ils risquent de considérer que la société est bien faite et qu’il convient de s’y conformer. Comme médecin, anesthésiste-réanimateur puis gériatre, j’ai pu être conseillé dans le sens d’en finir avec certains types de malades. J’ai vu pleurer des infirmières au souvenir de ce qu’un médecin leur avait demandé de faire. Certains médecins sont sensibles au fait de devoir « faire une place » pour les entrants.

Dans mon cursus d’études médicales, pas un mot sur l’utilisation des médecins dans les divers eugénismes qui ont traversé l’histoire. La formation des médecins aux soins palliatifs concernait une petite minorité d’entre eux.

C’est pourquoi, entre autres raisons, après avoir pesé le pour et le contre, je suis opposé à la proposition de loi Falorni qui entérine l’adaptation de la médecine française aux impératifs de la société dans sa tentation néolibérale explicite : le fardeau des improductifs est trop lourd pour notre économie. Au lieu d’investir massivement dans les soins palliatifs, spécialité contestée, il s’agit d’une offre d’en finir pour soulager la famille et la société bien davantage que le patient.

Les médecins auront-ils conscience de leur instrumentalisation contraire à leur éthique multimillénaire ? L’avenir nous le dira.

 

[1] Autre source : 47 % des étudiants en santé (université, hors paramédical) ont des parents cadres/professions intellectuelles supérieures, contre 11 % employés et 7 % ouvriers.

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Je suis pour

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://www.laguiole-french-knives.com/fr/content/9-situer-le-village-de-laguiole-en-aubrac-terre-de-tradition

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Il vivait là-haut dans le hameau de petite montagne, entouré de moutons, de vieilles pierres et de champs. Georges* se retrouve désormais dans l’EHPAD de la vallée. Il a 96 ans. Nos conversations de là-haut, quand il était sur le pas de sa porte, se poursuivent là-bas sur son fauteuil roulant. A chacun de mes départs, il prononce la phrase rituelle : « quand vous reviendrez, je serai peut-être mort ! ».

Se mêlant à notre conversation, Juliette* échange avec moi quelques mots puis engage une véritable conversation quand Georges rejoint sa chambre. S’enquérant de ma profession passée, elle s’enhardit et me demande ex abrupto : que pensez-vous de la future loi actuelle ? J’entends la question sous cette forme : que pensez-vous de la proposition de loi votée récemment par l’Assemblée nationale connue sous l’appellation officielle euphémisante et inexacte d’aide médicale à mourir ? Avant que j’aie le temps de lui exposer le pour et le contre ainsi que le vecteur résultant que j’en déduis, elle m’affirme avec conviction : « je suis pour ». Je n’ai pas le temps de réagir ; elle développe ses arguments.

« Je suis seule, mon mari et mon fils sont tous deux décédés à quinze jours d’intervalle dans les suites d’un cancer. Quant à ma fille, elle ne veut plus me voir après m’avoir envoyé une lettre d‘insultes, m’accusant d’avoir abandonné son père à un établissement. » Elle n’a pas d’autre enfant. Suit l’inévitable liste de pathologies, traitements et conséquences en termes de perte d’autonomie fonctionnelle dont l’ancien gériatre est toujours bénéficiaire. Elle ne présente aucune douleur physique.

Quand je la quitte, elle me félicite chaleureusement pour l’avoir écoutée.

*Les prénoms ont été changés, les lieux ne sont pas évoqués, les conversations rapportées ont eu lieu en fin mai 2025.

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