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A propos d’une réflexion sur notre système de santé

Publié le par Bernard Poch

Source : https://www.sudouest.fr/landes/labrit/ethique-et-gerontologie-au-programme-4813770.php

Source : https://www.sudouest.fr/landes/labrit/ethique-et-gerontologie-au-programme-4813770.php

L'auteur de ce texte, Bernard Poch, est psychogériatre retraité

La réflexion éditoriale de notre confrère Nadir Kadri (à paraitre dans NPG*) mérite un échange sur un sujet d’actualité aussi préoccupant.

Notre hôpital public se retrouve en effet dans un contexte catastrophique et le titre de l’auteur sur notre système de santé « comme le Phoenix, peut-il encore renaître de ses cendres ? » n’a rien de provocateur. Il traduit clairement la gravité de la situation hospitalière. Depuis trop longtemps, la politique sanitaire a régulièrement sapé le bon fonctionnement de l’hôpital avec l’installation progressive d’une perte de sens pour les soignants qui devient insupportable. Les modifications de gouvernance n’ont rien eu de favorable. On est passé d’une organisation fondée logiquement sur les besoins sanitaires à satisfaire sur le territoire de l’hôpital à une organisation sur le mode d’entreprises où l’équilibre budgétaire est devenu l’élément largement prioritaire avec objectif de productivité et de rentabilité. Avec la pénurie de personnel le concept de procédure dégradée finit par s’installer comme s’il était naturel. La notion de perte de chance pour le patient devient présente.

Quant à l’augmentation des personnels administratifs, c’est en particulier l’introduction des directions « qualité » qui interroge avec la multiplication des procédures diverses qui paradoxalement éloignent les soignants du malade du fait du temps nécessaire pour « tracer ». 

Quant à la tarification à l’activité les premières années d’application montraient déjà que ce n’était pas la bonne solution et on a laissé s’installer tous ses effets pervers.

Nous avons assisté à une réduction d’abord insidieuse puis régulière du nombre de lits avec contraction des effectifs, comme si les progrès en médecine et en chirurgie permettaient une rotation beaucoup plus rapide des patients.

Quant au vieillissement de la population repérable et analysé depuis longtemps, il a obligé à reconnaître la gériatrie du bout des lèvres. Des textes précis sont sortis pour l’organisation hospitalière de soins gériatriques : circulaire DHOS du 18/03/2002, complétée avec la circulaire DHOS du 28/03/2007. Mais de trop nombreux hôpitaux n’ont toujours pas de filière gériatrique complète, avec des conséquences malheureuses pour les patients les plus âgés. De plus on reste dans un flou entretenu qui mêle EHPAD médico-social et Unité de soins de longue durée hospitalière. C’est ainsi que des personnes âgées avec polypathologie régulièrement instable sont de plus en plus nombreuses en EHPAD.

Notre population continue de vieillir avec des besoins hospitaliers spécifiques évidents, mais on ne voit pas la généralisation d’une vraie organisation gériatrique. Il a été décidé de développer largement l’ambulatoire qui a des indications précises, mais bien peu fréquentes pour les malades les plus âgés.

De même la télémédecine est un progrès dans des disciplines et situations particulières, mais on voit bien que son développement compense surtout la pénurie médicale au risque de pervertir la qualité du lien médecin-malade.

La gériatrie reste à défendre et à promouvoir. Elle est loin d’être réellement présente de la même façon sur l’ensemble du territoire.

Pour en revenir plus directement au propos de mon confrère : « les professionnels demandent qu’il soit pris soin des acteurs présents sur le terrain ». En effet les personnels hospitaliers ont été trop longtemps abusés dans leur conscience professionnelle. Il va être difficile et long, après tant d’indifférence à leur égard, de récupérer une attractivité pour l’hôpital. « Les candidatures tardent car l’attractivité est balayée par la perte de confiance ».

Sur les vingt dernières années le poids administratif dans la gouvernance s’est amplifié sans bénéfice évident pour la qualité du soin. Le retour à un meilleur équilibre décisionnel avec les médecins, avec la notion de service ne serait pas inutile.

« Pour renaître de ses cendres » l’hôpital aura besoin de restaurer ses valeurs humanistes et de sortir de ce délétère schéma entreprise. 

 

*A paraitre. Le système de santé français vu par l’œil d’un gériatre : comme le Phœnix, peut-il encore renaître de ses cendres ? Revue NPG.

N. Kadri, Service de médecine gériatrique, hôpital Saint-Julien, CHU de Rouen, 76031 Rouen, France.

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Blouse blanche ou tenue de ville. Qu’en pensent les patients américains ?

Publié le par Louis Lacaze

Blouse blanche ou tenue de ville. Qu’en pensent les patients américains ?

Toute ressemblance avec la situation en France ne pourrait être que fortuite, à moins que….

Une enquête publiée par le très sérieux JAMA révèle qu’aux Etats-Unis la patientèle se montre sensible à la tenue des médecins. Blouse blanche ou tenue de ville ? Sexe masculin ou féminin ? Les réponses des 487 participants réservent leur lot de surprises.

La tradition de la blouse blanche remonte au XIXème siècle où avec l’arrivée de l’asepsie dans les salles d’opération le porteur de blouse signalait qu’il maitrisait les techniques les plus modernes. L’usage par la suite a perduré comme marque de hiérarchie parmi les soignants.

Le médecin en blouse blanche apparait comme plus professionnel, plus expérimenté et plus agréable que ses confrères en tenue qu’on pourrait qualifier de plus décontractée. Le problème du sexisme a été abordé : avant de voir des médecins, devant des photos de femmes qu’on leur présentait, les participants ont vu des auxiliaires médicaux, des infirmières.

Cette appréciation discriminante à l’égard des femmes se retrouve sur le plan de leur tenue vestimentaire : une étude indique que 73% des sondés désapprouvent la tenue de celles qui ne portent pas de blouse blanche alors que la proportion tombe à 24% pour les hommes. Elle est particulièrement préoccupante dans la mesure où un jugement fondé sur un stéréotype et non sur le mérite peut pénaliser la personne professionnelle considérée, le patient et la relation de soins qui les unit. Pour les auteurs, cette dérive, évidente en chirurgie aux États-Unis, doit être combattue par l’ensemble du corps médical et pas seulement par les intéressées. L’adoption d’une nouvelle tenue vestimentaire pourrait être l’occasion de mettre fin aux erreurs d’identification. Favoriser une présence accrue du corps féminin devant les médias, ainsi qu’aux postes de responsabilité les plus élevés ne peut que faciliter la lutte contre les erreurs de représentation et les injustices qui en découlent aux États-Unis. Pour enfoncer le clou : aux États-Unis un relevé des revenus d’une femme médecin sur  l’ensemble de sa carrière montre que lorsqu’on les compare à ceux d’un confrère ils sont inférieurs d’au moins 25%, soit 1 800 000 €.

Commentaires de Bernard Pradines. L’appréciation de la profession d’après le genre est également présente en France, bien que la féminisation de la profession médicale soit en progression sensible. « Rappeler que la profession se féminise relève de l’évidence. Selon le rapport 2021 de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), au 1er janvier 2021, les femmes médecins généralistes sont au nombre de 49685; elles représentent donc 49,38 % de la profession. Une féminisation continue ces dernières années. À titre de comparaison, elles étaient 42,45 % en 2014. Et, en 1990, on comptait 30 % de femmes parmi l’ensemble des médecins. »[1]. Ma fille étant praticien hospitalier (au féminin !), elle m’a rapporté, comme bien d’autres consœurs, la confusion du public avec le monde paramédical. Ceci dit, comme il n’y a pas de honte à être une infirmière ou une aide-soignante ou un agent hospitalier féminin, il est difficile et indélicat de clamer une distinction du genre « je ne suis pas qu’une infirmière ». Enfin, aucune enquête, à ma connaissance, n’a été menée en France sur ce thème précis de l’habit des médecins ; tout au plus connaissons-nous, surtout en psychiatrie et en gériatrie, une remise en cause de l’habit médical traditionnel pour des raisons de relation humaine qui se voudrait non soignante. A mon avis, il s’agit d’un faux débat car la blouse peut aussi rassurer et il n’est pas obligatoire de « se cacher » derrière elle.

Source : Helen Xun, MD ; Jonlin Chen, BS ; Alexander H. Sun, MD ; et al Public Perceptions of Physician Attire and Professionalism in the US

Source de l’image : Shakaib U. Rehman, MD  Paul J. Nietert, PhD  Dennis W. Cope, MD  Anne Osborne Kilpatrick, DPA, What to wear today? Effect of doctor’s attire on the trust and confidence of patients

Azeen Ghorayshi The New-York Times Women Earn $2 Million Less Than Men in Their Careers as Doctors

Female doctors make less than their male counterparts starting from their very first days on the job, according to a large new study. Over the course of a 40-year-career, researchers estimated, this pay gap adds up to at least $2 million.

 


[1] https://www.legeneraliste.fr/actu-pro/politique-de-sante/feminisation-de-la-profession-ces-femmes-derriere-les-chiffres

Publié dans médecin, soignants

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