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Personnes âgées : l’inversion

Publié le par Bernard Pradines

Personnes âgées : l’inversion

En quoi l’inversion concerne-t-elle le grand âge ?

Chacun connaît les relations évolutives entre mère et fille. C’est la fameuse inversion des rôles entre mère et fille qui place la première en situation de dépendance de la seconde.

Dans un tout autre domaine, l’inversion du rythme nycthéméral peut faire prendre la nuit pour le jour et réciproquement. Insomnie nocturne et somnolence diurne se succèdent du fait des troubles du sommeil éventuellement aggravés par l’inactivité et les somnifères.

Je voudrais attirer l’attention sur un aspect peut-être moins connu.

L’inversion de la demande de soins me semble un concept intéressant pour mieux comprendre un défi posé par la dépendance. Ici, c’est l’aidant professionnel qui peut proposer voire imposer le soin à une personne qui ne le comprend pas ou ne le désire pas. Tout le contraire de notre vie habituelle où nous demandons à accéder au médecin et aux autres soignants. En effet, les soins sont généralement acceptés, sollicités ou même exigés par la population adulte. Ici, c’est le soignant qui doit se faire accepter. C’est lui, le plus souvent elle, qui vient au-devant de la personne malade. Ainsi, la reconnaissance n’est pas toujours au bout du soin, et pour cause. D’où le sentiment possible de pratiquer un métier ingrat sans reconnaissance de l’effort réalisé. Cette situation explique en partie la désaffection pour les carrières professionnelles auprès des personnes âgées dépendantes.

En prendre conscience, c’est mettre l’entourage familial, bénévole et soignant devant une responsabilité : celle de la considération pour les tâches accomplies, pas seulement pour les insuffisances quantitatives et qualitatives.

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Le réapprentissage de l’écoute

Publié le par Louis Lacaze

Le réapprentissage de l’écoute
Le réapprentissage de l’écoute

Contrairement à l’usage, les commentaires de l’article du New-York Times sont placés ici en tête d’article.

La médecine s’est hyperspécialisée. Le médecin risque de voir un œil, un cœur, mais de ne plus voir la personne. Certains soins médicaux sont devenus du travail à la chaine comme à l’usine. Que le médecin généraliste soit moins bien payé illustre bien cette inversion des valeurs.

Le médecin me prend pour un demeuré. Il ne sait rien de moi, m’expose pendant 90% de la durée de la consultation des choses que je sais déjà et si je l’interromps, il est contrarié.

La formation initiale des médecins accorde de plus en plus de place aux cours de médecine narrative, aux techniques d’un entretien.  L’idée n’est pas neuve. Les médecins de famille sont-ils une espèce survivante ? Ils traitaient plusieurs générations et savaient pratiquement tout de leur vie. L’usage s’est perdu parce que nous connaissons les questions à poser : nous avons une checklist des symptômes. Pourtant  nous avons devant nous un être humain et non une collection de symptômes.

Etablir une relation authentique patient-médecin n’exige pas de longs entretiens. Elle peut s’envisager avec des contacts à distance, avec Zoom par exemple, pour garder le contact avec un patient vulnérable. Les deux participants sont à égalité, l’écoute attentive, le débit plus lent. Un médecin a pu établir un meilleur contact avec une patiente irascible après l’avoir photographiée cramponnée à la rampe d’un escalier à la fin de sa visite. Elle a compris qu’elle avait de l’importance à ses yeux et son comportement s’en est trouvé modifié. En s’exprimant librement auprès de son médecin le patient s’implique personnellement dans le traitement.

Des hôpitaux américains rétribuent des écrivains professionnels qui rédigent une biographie des patients qui est ensuite jointe au dossier médical. D’autres établissements prévoient un entretien avec le patient avant que ne soit abordée la partie clinique.

Des études ont montré que des patients souffrant de douleurs chroniques étaient soulagés avec l’intervention de la médecine narrative et avaient une plus haute opinion de leur médecin. De leur côté les médecins qui leur demandaient de s’exprimer étaient plus satisfaits de leur vie professionnelle et moins sujets aux cas de burnout, fréquents pendant les vagues majeures de la Covid-19.

L’article du New-York Times se termine par la mise en garde d’un praticien : les médecins peuvent être remplacés par des ordinateurs s’ils pensent que leur rôle se limite à distribuer des médicaments. Si nous ne voulons pas allonger  la liste des espèces disparues, nous devons établir une relation dynamique avec nos patients en replaçant les symptômes dans l’univers de leur vie.

Commentaires de Bernard Pradines. La situation actuelle de pénurie en médecins dans nombre de pays dits développés conditionne aussi l’écoute souhaitée. Règle non écrite dans certains endroits, non étudiée, non publiée, si on limite  la consultation à 15 minutes et à une seule plainte, il parait difficile d’avoir toujours un entretien dont le patient ressortira satisfait. Ainsi, l’exercice de la médecine est-il  déterminé par les conditions réelles à un moment donné. Cette publication a le mérite de nous rappeler ce qui devrait être constant à défaut de l’être. En France, les généralistes souffrent d’un déficit d’image au profit de celle des spécialistes, bien des patients attendant de leur généraliste qu’ils les confient au… spécialiste. Par ailleurs, les généralistes  peuvent redouter l’arrivée d’infirmières ayant des prérogatives élargies.  Ainsi peuvent-ils se sentir « coincés»  entre deux catégories d’intervenants. Ceci les amènerait à une pratique redoutée de simple prestation de service dont la rédaction de certificats médicaux qu’il convient de ne pas refuser à des personnes de plus en plus pressantes.

 Source :

Publié dans médecin, médecine

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