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medecine

Elisabeth II morte de vieillesse ?

Publié le par Bernard Pradines

Andrea Berzlanovich, image issue du site :  https://toolbox-opferschutz.at/BerzlanovichAndrea Berzlanovich, image issue du site :  https://toolbox-opferschutz.at/Berzlanovich

Andrea Berzlanovich, image issue du site : https://toolbox-opferschutz.at/Berzlanovich

Bon, vous allez penser que je sombre dans le complotisme ou que j’émets des théories fumeuses comme nous avons pu en inhaler au long de la crise sanitaire de la Covid-19.

J’ose pourtant vous communiquer ce que je lis sur le site de « Femme Actuelle » et qui est repris ici ou là à l’envi : la reine Elisabeth II est morte de vieillesse !

Je cite « Femme Actuelle » :

« Le certificat de décès d'Elizabeth II mentionne ainsi une mort naturelle : sans surprise, c'est de "vieillesse" que la reine a succombé. » 

Outre le fait que l’on peut s’interroger sur la divulgation du diagnostic de la cause de décès de quiconque, une question de fond se pose : est-il possible de mourir de vieillesse à 96 ans ?

Si l’on en croit Andrea Berzlanovich, c’est bien peu probable. Cette médecin légiste autrichienne nous fournit deux publications qui devraient rendre plus prudente toute affirmation dans ce domaine.

En 2003, cette auteure[1] examine 24 081 autopsies consécutives réalisées sur 10 ans (de 1989 à 1998) à l'Institut de médecine légale de Vienne dans le but de déterminer les causes de décès chez les personnes très âgées. Elle s’intéresse aux autopsies des personnes âgées de 85 ans ou plus décédées de façon inattendue à l'extérieur de l'hôpital. Autrement dit, sans cause identifiée du décès.

L'âge moyen des 1886 patients (561 hommes et 1325 femmes) au moment du décès était de 88 ± 3 ans (extrêmes, 85 à 108 ans). Trente et un pour cent (n = 588) des personnes décédées ont été décrites comme ayant été auparavant en bonne santé. Les maladies cardiovasculaires étaient la cause de décès la plus fréquente (n = 1465 [77 %]). Treize pour cent (n = 246) sont décédées de maladies respiratoires, 5 % (n = 94) de troubles gastro-intestinaux et 3 % (n = 53) de maladies du système nerveux central. Les maladies génito-urinaires et métaboliques étaient rares.

Et Berzlanovich de conclure : « bien que cet échantillon extra-hospitalier ne soit pas représentatif de l'ensemble de la population âgée, les examens post-mortem soulignent l'importance des maladies cardiovasculaires dans les décès inattendus chez les personnes âgées. »

Si mon calcul est exact, au moins 98% des autopsies pratiquées ont pu retrouver une pathologie à l’origine du décès.

Plus catégorique encore, la même auteure[2] étudie en 2005 les autopsies de 40 centenaires, il est vrai d’âge moyen de 102 ans, soit six ans de plus que la célèbre décédée. Nous en avons déjà fait état en 2014.

En résumé, tous les 40 centenaires sont décédés d’une maladie, dans deux cas sur trois d’une pathologie cardio-vasculaire.

Qu’en déduire sinon que la prévention et la surveillance des maladies cardio-vasculaires doivent intéresser toutes celles et ceux qui veulent vivre… vieux ?


[1] Berzlanovich AM, Keil W, Waldhoer T, Sim E, Fasching P, Fazeny-Dörner B. Do centenarians die healthy? An autopsy study. J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 2005 Jul;60(7):862-5.

[2] Berzlanovich AM, Missliwetz J, Sim E, Fazeny-Dörner B, Fasching P, Marosi C, Waldhoer T, Muhm M. Unexpected out-of-hospital deaths in persons aged 85 years or older: an autopsy study of 1886 patients. Am J Med. 2003 Apr 1;114(5):365-9.

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Le réapprentissage de l’écoute

Publié le par Louis Lacaze

Le réapprentissage de l’écoute
Le réapprentissage de l’écoute

Contrairement à l’usage, les commentaires de l’article du New-York Times sont placés ici en tête d’article.

La médecine s’est hyperspécialisée. Le médecin risque de voir un œil, un cœur, mais de ne plus voir la personne. Certains soins médicaux sont devenus du travail à la chaine comme à l’usine. Que le médecin généraliste soit moins bien payé illustre bien cette inversion des valeurs.

Le médecin me prend pour un demeuré. Il ne sait rien de moi, m’expose pendant 90% de la durée de la consultation des choses que je sais déjà et si je l’interromps, il est contrarié.

La formation initiale des médecins accorde de plus en plus de place aux cours de médecine narrative, aux techniques d’un entretien.  L’idée n’est pas neuve. Les médecins de famille sont-ils une espèce survivante ? Ils traitaient plusieurs générations et savaient pratiquement tout de leur vie. L’usage s’est perdu parce que nous connaissons les questions à poser : nous avons une checklist des symptômes. Pourtant  nous avons devant nous un être humain et non une collection de symptômes.

Etablir une relation authentique patient-médecin n’exige pas de longs entretiens. Elle peut s’envisager avec des contacts à distance, avec Zoom par exemple, pour garder le contact avec un patient vulnérable. Les deux participants sont à égalité, l’écoute attentive, le débit plus lent. Un médecin a pu établir un meilleur contact avec une patiente irascible après l’avoir photographiée cramponnée à la rampe d’un escalier à la fin de sa visite. Elle a compris qu’elle avait de l’importance à ses yeux et son comportement s’en est trouvé modifié. En s’exprimant librement auprès de son médecin le patient s’implique personnellement dans le traitement.

Des hôpitaux américains rétribuent des écrivains professionnels qui rédigent une biographie des patients qui est ensuite jointe au dossier médical. D’autres établissements prévoient un entretien avec le patient avant que ne soit abordée la partie clinique.

Des études ont montré que des patients souffrant de douleurs chroniques étaient soulagés avec l’intervention de la médecine narrative et avaient une plus haute opinion de leur médecin. De leur côté les médecins qui leur demandaient de s’exprimer étaient plus satisfaits de leur vie professionnelle et moins sujets aux cas de burnout, fréquents pendant les vagues majeures de la Covid-19.

L’article du New-York Times se termine par la mise en garde d’un praticien : les médecins peuvent être remplacés par des ordinateurs s’ils pensent que leur rôle se limite à distribuer des médicaments. Si nous ne voulons pas allonger  la liste des espèces disparues, nous devons établir une relation dynamique avec nos patients en replaçant les symptômes dans l’univers de leur vie.

Commentaires de Bernard Pradines. La situation actuelle de pénurie en médecins dans nombre de pays dits développés conditionne aussi l’écoute souhaitée. Règle non écrite dans certains endroits, non étudiée, non publiée, si on limite  la consultation à 15 minutes et à une seule plainte, il parait difficile d’avoir toujours un entretien dont le patient ressortira satisfait. Ainsi, l’exercice de la médecine est-il  déterminé par les conditions réelles à un moment donné. Cette publication a le mérite de nous rappeler ce qui devrait être constant à défaut de l’être. En France, les généralistes souffrent d’un déficit d’image au profit de celle des spécialistes, bien des patients attendant de leur généraliste qu’ils les confient au… spécialiste. Par ailleurs, les généralistes  peuvent redouter l’arrivée d’infirmières ayant des prérogatives élargies.  Ainsi peuvent-ils se sentir « coincés»  entre deux catégories d’intervenants. Ceci les amènerait à une pratique redoutée de simple prestation de service dont la rédaction de certificats médicaux qu’il convient de ne pas refuser à des personnes de plus en plus pressantes.

 Source :

Publié dans médecin, médecine

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