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Réalité et signalement

Publié le par Bernard Pradines

Réalité et signalement

Le manque cruel de personnel soignant dans nos établissements a des conséquences parfois insoupçonnées. C’est pourquoi j’ai répertorié quelques situations anormales chez les résidents qui m’étaient rapportées de manière variable -comme médecin- par des personnels en difficulté face à des pathologies ou à des modifications de comportement. A la charge du lecteur d’en produire d’autres.

Une attitude rééducative ou stimulante, un « laisser faire la personne » au lieu de « faire à sa place» sont bien plus consommateurs de temps. Pire, la cotation tarifaire de la dépendance est en faveur du patient âgé grabataire, non de celui que l’on veut et peut dynamiser. Le risque est donc grand de « rater » une aggravation de la dépendance.

Une agitation sera plus aisément rapportée qu’un comportement trop calme. Comment ne pas comprendre que des cris nocturnes soient à la fois plus faciles à repérer et plus perturbants pour l’entourage qu’une altération anormale de la conscience ? Diminuer un traitement sédatif est toujours plus mal accepté que l’instituer.

Un poids excessif ou une prise de poids poseront davantage de problèmes de manutention que la fréquente perte de poids qui, elle, est perçue confusément comme un allègement de la charge quotidienne, surtout devant une personne obèse. Un appétit augmenté de manière pathologique sera donc potentiellement plus remarqué qu’une discrète anorexie.

Une diarrhée pourra être plus facilement signalée qu’une constipation. En effet, la première donnera davantage de travail que la seconde en termes de maintien de la propreté de la personne : changements du linge de corps et toilettes cutanées.

En conclusion, je ne prétends pas que les tendances décrites ci-dessus sont forcément conscientes et volontaires, ou même systématiques, ce qui serait une grave et injuste accusation.

Non, aussi longtemps que nous souffrirons d’une pénurie de personnels, il faudra simplement en tenir compte.

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Démence : la prévention est possible

Publié le par Louis Lacaze et Bernard Pradines

Démence : la prévention est possible

 

47 millions de patients sont atteints de démence dans le monde et leur nombre aura triplé en 2050, entrainant un coût énorme sur le plan humain, financier et sur la société en général.

 

Les chercheurs ont noté que si le nombre de cas augmentait régulièrement dans certaines populations, il diminuait dans d’autres. Ils se sont efforcés de relever les facteurs expliquant ces différences. Ils ont pu noter que certains risques étaient d’origine génétique et non modifiables. Le principal risque génétique (Apolipoprotéine allèle ε4) ne serait contributif que dans 7 % des cas. 

La démence n’est pas une conséquence inévitable du vieillissement. Beaucoup de facteurs délétères pourraient être traités. Le mode de vie peut soit réduire, soit augmenter le risque de présenter une telle symptomatologie. L’application d’un certain nombre de mesures pourrait en principe éliminer plus du tiers des cas.

 

Au début de la vie, interrompre les études avant le secondaire contribuerait à 8 % des cas. Un bon niveau d’instruction atteint à l’âge de 10-12 ans procure une réserve cognitive qui permet au cerveau de fonctionner correctement malgré les pathologies incidentes.

 

Au milieu de la vie, période définie ici entre 45 et 65 ans, l’hypertension artérielle et l’obésité seraient impliquées dans 3 % des cas.  La perte auditive est évoquée dans 9% des cas.

Le déficit de l’ouïe n’a été reconnu comme facteur de démence que récemment. On ne sait pas si l’utilisation d’aides auditives peut retarder ou supprimer l’apparition de démence. Hypothèses : cette perte peut soit augmenter la charge de travail d’un cerveau fragilisé, soit être un facteur d’isolement ou de dépression qui peut accélérer le déclin cognitif.

 

Après 65 ans, ce sont 15 % des facteurs attribuables qui  seraient liés à la dépression, au diabète, à l’inactivité physique, au tabagisme et à l’isolement social.

La dépression affecte les hormones de stress, le facteur de croissance des neurones et le volume de l’hippocampe. Les antidépresseurs, de plus en plus souvent prescrits, pourraient diminuer la production de protéine amyloïde.

On retrouve ici les facteurs connus de risque vasculaire susceptibles de provoquer, au niveau cérébral, athérosclérose et lésions micro et macro vasculaires probablement pourvoyeuses de dégénérescence des neurones.

La solitude augmente le risque d’hypertension, de dépression. Elle peut entrainer une inactivité cognitive qui accélèrera le déclin des capacités intellectuelles. Les personnes qui vivent seules, ne se sont jamais mariées ou sont veuves voient leur risque de démence augmenté et devront être particulièrement surveillées pour éviter le risque de solitude.

Un régime alimentaire méditerranéen comportant peu de viande et de produits laitiers, beaucoup de légumes, de fruits et de poisson, a des effets nettement protecteurs.

 

Les chercheurs n’ont pas pris en compte les effets éventuels de la pollution atmosphérique ou des troubles du sommeil, pourtant susceptibles de faire partie des risques modifiables.

 

Cette étude fait écho à celle qui fut publiée dans la même revue en 2014 (Norton et al, 2014) qui soulignait l’importance de l’éducation dans le pays en voie de développement et des facteurs de risque vasculaires en pays dits développés.

 

En somme, si ceci était possible, la correction de ces facteurs pourrait prévenir 35 % des cas de démence. Cette prévention devrait être précoce car il apparait de plus en plus évident que la démence n’est plus considérée comme une pathologie du grand âge mais comme une affection du  milieu de la vie cliniquement silencieuse.

 

Sources :

 

Etude complète:

Livingston G, Sommerlad A, Orgeta V, Costafreda SG, Huntley J, Ames D, Ballard C, Banerjee S, Burns A, Cohen-Mansfield J, Cooper C, Fox N, Gitlin LN, Howard R, Kales HC, Larson EB, Ritchie K, Rockwood K, Sampson EL, Samus Q, Schneider LS, Selbæk G, Teri L, Mukadam N. Dementia prevention, intervention, and care. Lancet 2017 Jul 19.

 

  • Présentation de l’étude par Medpage :

Présentation de l’article du Lancet par le rédacteur en chef :

Preparing for later life today

 

Norton S, Matthews FE, Barnes DE, Yaffe K, Brayne C. Potential for primary prevention of Alzheimer's disease: an analysis of population-based data. Lancet Neurol. 2014 Aug;13(8):788-94.

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