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euthanasie

Tri : de la théorie à la pratique

Publié le par Bernard Pradines

Tri : de la théorie à la pratique

par Bernard Pradines, ancien anesthésiste-réanimateur, ancien gériatre, diplômé de médecine de catastrophe (Créteil - Henri Mondor)

De nombreuses publications font état d’un tri des patients âgés à l’entrée en réanimation en cette période de covid-19.

De multiples notions sont brassées par des personnes compétentes, d’autres moins.

Cette compétence n’est pas innée. Elle repose sur la connaissance de la loi, en particulier la dernière en date, celle dite Claeys-Léonetti du 2 février 2016, ses deux décrets du 2 août 2016 (1 et 2) et l’arrêté de la même date. 

Surtout, elle fait appel à l’expérience concrète de ces situations en temps ordinaire et aux nombreux témoignages de professionnels par ces temps actuels de crise.

Pour faire au plus court :

Refuser une personne âgée en réanimation en temps ordinaire relève en principe du refus de l’acharnement thérapeutique autrement qualifié d’obstination déraisonnable. A noter toutefois qu’un refus suppose une proposition. Autrement dit, c’est un médecin qui contacte un médecin pour lui proposer un patient dont il pense qu’il relève de la réanimation. C’est un médecin de réanimation qui répond au médecin demandeur que le patient ne relève pas de la réanimation en lui fournissant plus ou moins d’arguments.

Refuser une personne âgée en temps de crise sanitaire peut relever de la démarche décrite ci-dessus ou bien d’un tri classique en temps de catastrophe. Nous avons déjà développé cet aspect dans ce blog (3456) . De nombreux témoignages de terrain, incontestables, désormais rapidement accessibles grâce aux moyens modernes de communication, corroborent un constat de refus fondé sur l’absence de possibilité logistique.

Les classiques démarches légales évoquées doivent être relativisées : les procédures collégiales sont difficiles à mettre en œuvre voire impossibles dans un contexte d’urgence et d’afflux massif de victimes. Les directives anticipées sont encore peu nombreuses dans notre pays. Le plus souvent, elles ne sont pas assez précises pour répondre aux situations concrètes exigeant une attitude immédiate. La personne de confiance, un peu moins boudée, a pu être consultée. Seul un bilan qui reste à effectuer nous indiquera l’ampleur des phénomènes décrits ci-dessus.

Bien sûr, les grands mots sont au rendez-vous : l’euthanasie refait son apparition, confondue avec le refus de soin vital et surtout avec la sédation utilisée en soins palliatifs.

De nombreux procès auront lieu. Il faudra beaucoup de temps pour évaluer ce que les professionnels qualifient de pertes de chance en France et ailleurs. Il est normal en démocratie que le débat puisse s’instaurer dès maintenant autour de certains manquements graves à l’obligation de soins.

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Le moment est-il venu de me séparer de Poupette ?

Publié le par Louis Lacaze

Le moment est-il venu de me séparer de Poupette ?

Vivre aux côtés d’un animal favori chez soi peut apporter de grandes joies à un senior, généralement suivies de chagrin lorsque l’espérance de vie de l’animal, bien plus courte que celle des humains, arrive à son terme. Son propriétaire rêve pour lui d’une mort naturelle, qui pour un animal non domestiqué était l’isolement dans la nature ou la rencontre avec un prédateur. Mais sa fin de vie à nos côtés ne sera pas toujours aussi paisible et naturelle. Les chiens et les chats sont bien plus stoïques que les humains face à la douleur qui ne se manifeste pas toujours extérieurement.

 

 Constatant que beaucoup de propriétaires tardaient à décider d’euthanasier leurs animaux et que très peu envisageaient une décision qui serait prématurée, le docteur Villalobos, vétérinaire, a créé une échelle permettant de faciliter une prise de décision. Les points suivants doivent être notés de 0 à 10, la note idéale étant 10.

Souffrance : l’animal souffre-t-il ? Sa respiration est-elle difficile ?

Appétit : mange-t-il normalement ?

Hydratation : boit- il normalement ?

Hygiène : est-il toujours propre ?

Bien-être : exprime-t-il de la joie, de l’intérêt ?

Mobilité : peut-il se lever sans être aidé ? Marcher normalement ?

Etat général : les jours sans problèmes sont-ils les plus nombreux ? Si la relation avec l’animal n’est plus possible, la fin est proche et l’euthanasie peut s’envisager lorsqu’une fin paisible au domicile et sans souffrance est improbable.

 

Devant un score à peu près moyen, un vétérinaire peut suggérer un traitement, un total inférieur à 35 suggère d’envisager une euthanasie. Celle-ci peut être pratiquée après administration d’un sédatif en présence des propriétaires qui voudront accompagner leur animal jusqu’au bout de la route.

 

Commentaires de Bernard Pradines : la problématique des animaux chez les personnes âgées tient aussi  au risque d’abandon ou d’euthanasie lorsque leur maîtresse ou leur maître entre en établissement. L’anticipation dans ce domaine revêt donc une grande importance. Les scrupules ne seront pas toujours au rendez-vous si l’animal est considéré seulement comme le compagnon assurant la sécurité et la compagnie de la personne âgée en remplacement de sa famille. Il est des héritages dont personne ne veut alors que d’autres sont toujours convoités. La personne âgée partie en établissement ou décédée, l’animal ne trouvera plus son utilité et pourra être sacrifié. Je ne suis pas convaincu par un score qui ne reflète pas que la seule dimension de souffrance : hygiène, se lever sans être aidé, relation avec l’animal … Par ailleurs, l’euthanasie dite « de confort » peut avantager certains vétérinaires qui n’oublient pas que ce geste est rémunérateur. Encore un effort pour une société plus humaine envers les humains et les animaux dont nous sommes comptables et nous-mêmes compagnons.

 

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