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Éducation du public via les réseaux sociaux

Publié le par Louis Lacaze

Éducation du public via les réseaux sociaux

Une fois n’est pas coutume, les animateurs de Geripal ont invité quatre professionnels de santé spécialistes de la fin de vie qualifiés d’« influenceurs » sur les réseaux sociaux. Parmi les invités se trouve Julie McFadden qui a exercé le métier d’infirmière pendant 15 ans avant d’animer un site sur YouTube suivi par 400 000 fidèles, un deuxième sur Instagram avec 350 000 abonnés, enfin un troisième sur TikTok avec pas moins que 1 500 000 abonnés.

Julie Mc Fadden a décidé de devenir influenceuse pour sortir du cadre type de ses conversations en société quand elle annonçait qu’elle était infirmière en soins palliatifs : soit on refusait de l’entendre, le sujet étant trop déprimant, soit elle se retrouvait parée des vertus d’un ange. Mais personne ne cherchait à connaitre le quotidien de sa vie professionnelle. Elle a alors utilisé la vidéo sur les réseaux sociaux pour expliquer à la population ce que sont les soins palliatifs et quelle est leur mission. Aux États-Unis, de nombreux médecins s'expriment aussi sur les réseaux sociaux. Cependant, par exemple sur YouTube, on trouve à la fois le meilleur et le pire.

Julie n’aime même pas prendre la parole lors de conférences devant des professionnels de santé, parce qu’elle a l’impression qu’ils savent déjà ce qu’elle va dire.  Si elle s’adresse malgré tout principalement aux infirmières, médecins, travailleurs sociaux, aumôniers ou chercheurs, elle préfère toucher le grand public. Comme elle entre dans l’univers privé de ses abonnés, elle emploie un langage de tous les jours. Si le message n’est pas bien reçu, les réactions sont immédiates, parfois blessantes. Certains sujets comme la toute fin de vie ou la lucidité terminale, sont très demandés. A noter que la planification des soins en fin de vie, pour beaucoup de patients et leurs familles, est la préoccupation la plus importante. Les vidéos de l’influenceuse sur ce sujet ont atteint de 7 à 8 millions de vues. Ces thèmes doivent cependant être maniés avec précaution. Julie ne les considère pas comme éducatifs. Elle préfère s’adresser aux personnes qui recherchent une véritable éducation.

Comme Julie, les autres influenceurs s’adressent à ce même public pour répondre à son besoin d’accéder au monde des soins de santé.

Commentaires de Bernard Pradines. Voici un surprenant succès de prime abord. Des soignants comme Julie Mc Fadden, gratifiée du titre de « superstar des réseaux sociaux », s’autoproclament éducateurs en santé en utilisant des plateformes non professionnelles pour toucher un très large public à l’échelle du monde anglophone. Elle aborde des sujets liés à la mort, au mourir et aux soins en fin de vie d’un point de vue d’infirmière en soins palliatifs. Elle va publier un livre à paraître intitulé "Rien à craindre : démystifier la mort pour vivre plus pleinement", qui est désormais disponible en précommande. Manifestement, elle parvient au succès. Surprenant en effet ! Mais, me direz-vous, nous sommes aux USA avec une culture différente. Certes, mais nous avons une tendance historique marquée à suivre tôt ou tard ce qui se produit outre-Atlantique. Si l’intention est bonne, de nombreuses interrogations demeurent posées. Cette activité est-elle rémunérée et par qui ? Pourquoi Julie, qui exerce un métier soignant très prenant, chronophage, préfère-t-elle le contact du public à celui des professionnels ? Pour les seules raisons évoquées ou parce qu’elle avance des arguments peu robustes, en tout cas contestables par un public professionnel ? Dans le même sillon, quid de la qualité de son « enseignement » ? Qu’en est-il de la vérification de sa valeur et de la compréhension par le public des notions évoquées ? Des dérives, par exemple sectaires ou des fake news ne risquent-elles pas d’être ainsi répandues, surtout si l’influenceuse renonce aux idées qui fâchent, comme elle le suggère ? Sur le fond, l’expérience de Julie tend à confirmer une de nos préoccupations maintes fois évoquées dans ce blog : nos vies étant de plus en plus programmées donc anticipées, la planification de la fin de la vie pourrait devenir la norme, surtout à la faveur d’une modification de la législation actuelle. Pour notre part, nous devons rester informés de ces initiatives car nous partageons avec elles le désir d’ouvrir le monde de la santé des personnes âgées à la population directement concernée et à celle qui l’aide.

Source :

Publié dans Expression, Internet

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Mon père de 80 ans parle tout seul ; c’est grave Docteur ?

Publié le par Louis Lacaze

Mon père de 80 ans parle tout seul ; c’est grave Docteur ?

Entendre un membre âgé de sa famille parler tout seul, ceci déclenche dans un premier temps des sourires amusés qui ensuite font place à une inquiétude sur son état mental. Entreprendre des recherches sur un moteur de recherche risque de laisser le curieux sur sa faim, très peu de chercheurs s’étant intéressés au sujet. Pourtant, le phénomène est courant, d’abord chez les jeunes enfants, puis, à partir de la quarantaine car beaucoup d’adultes reprennent cette habitude.

Dans un article pour le The New York Times, Jancee Dunn[1] explique comment les comportements des tout-petits peuvent offrir de précieuses leçons aux adultes souhaitant améliorer leur bien-être. L'un de ces comportements est le « discours privé », où les jeunes enfants se « coachent » eux-mêmes à haute voix. Les adultes peuvent tirer parti de l'adoption d'une autoconversation positive, car elle favorise la résolution de problèmes, l'apprentissage, le renforcement de la confiance en soi et la gestion des émotions.

Si l’on écoute Brinhaupt, psychologue enseignant du Tennessee, ces étiologies évoquent une dimension négative à compenser. Pour Brinhaupt [2], deux hypothèses se font jour dans la genèse de l’autoconversation :

·         celle de « l'isolement social » : passer plus de temps seul ou vivre des expériences socialement isolantes est associé à une augmentation de l'autoconversation.

·         celle de « la perturbation cognitive » : vivre des expériences personnelles qui sont cognitivement perturbantes est associé à une fréquence accrue de l'autoconversation.

La prévalence de la double situation combinant isolement social et perturbation cognitive est un constat commun à tous les professionnels du grand âge.

Une autoconversation constamment négative, signe absent des grilles habituelles de diagnostic, peut faire suspecter une dépression.

Toutefois, un renforcement positif peut être à l’œuvre, ce qui n’est pas contradictoire avec l’expression d’une détresse combinant ou non troubles cognitifs et isolement.

Se parler à soi-même peut avoir des effets positifs. Par exemple aider à sortir de l’inertie et s’encourager à agir, faciliter l’exécution d’un travail qui demande de la réflexion, aider à résoudre un problème, s’entraîner à préparer une prise de parole, l’argumenter, présenter les arguments d’une discussion à venir [3]

Toutefois, ces conversations à sens unique peuvent se révéler perturbatrices lorsque la personne s’affranchit des normes de la vie en société, interrompant les conversations d’un groupe, révélant involontairement des informations que l’on eût préféré cacher.  Ainsi, la psychologie nous aide-t-elle à comprendre des comportements qui furent longtemps raillés et mis sur le compte du gâtisme. Un temps complétement révolu ?

 

Précision : ce sujet est très peu étudié en France à notre connaissance chez la personne âgée. Nous nous proposons de l'approfondir dans une autre publication.

[1] Jancee Dunn The New-York Times 10 mai 2024, https://www.nytimes.com/2024/05/10/well/talking-to-yourself-age.html

[2] Brinthaupt TM. Individual differences in self-talk frequency: social isolation and cognitive disruptionFront Psychol. 2019;10:1088. doi:10.3389/fpsyg.2019.01088

[3] Kendra Cherry, MSEd  medically reviewed by Daniel B. Block, MD. https://www.verywellmind.com/why-do-i-talk-to-myself-causes-and-benefits-5202953

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