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suicide assiste

La législation en Oregon (USA)[1]

Publié le par Bernard Pradines

Par Auteur inconnu — National Atlas, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1056275

Par Auteur inconnu — National Atlas, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1056275

La législation sur la fin de vie dans l’état américain d’Oregon, datant de 1997, mérite notre attention car elle pourrait bien représenter le socle d’un futur projet de loi en France.

La loi de l'Oregon sur la mort dans la dignité (Oregon Death with Dignity Act - DWDA) permet aux patients en phase terminale qui remplissent des conditions spécifiques de mettre fin à leurs jours par l'auto-administration volontaire d'une dose létale de médicaments prescrits par un médecin à cette fin.

Le bilan de 2022 rapporte que 431 personnes ont reçu une ordonnance en vertu du DWDA. Au 20 janvier 2023, 278 personnes étaient décédées en 2022 à la suite de l'ingestion des médicaments prescrits, dont 32 qui avaient obtenu les ordonnances au cours des années précédentes. Les caractéristiques démographiques des « patients DWDA » étaient similaires à celles des années précédentes : la plupart des patients étaient âgés de 65 ans ou plus (85 %) et de race blanche (96 %)[2]. Le diagnostic le plus courant était le cancer (64 %), suivi des maladies cardiaques (12 %) et des maladies neurologiques (10 %).

La DWDA décrit les critères d’inclusion des patients pour accéder aux produits létaux. Il doivent être 1) âgés de 18 ans ou plus, 2) capables de prendre des décisions en matière de santé et de les communiquer aux professionnels de santé, et 3) diagnostiqués avec une maladie en phase terminale qui entraînera la mort dans les six mois. Les médecins traitants et consultants doivent déterminer si un patient satisfait à ces exigences et signaler ce fait à l'autorité de santé de l’Etat (Oregon Health Authority - OHA) au moment où une ordonnance est rédigée.

Pour ma part, je suis perplexe devant la notion de « maladie en phase terminale qui entraînera la mort dans les six mois ». En effet, des situations de plus en plus nombreuses ne permettent pas de fixer un tel pronostic vital : polypathologies, démences, grand âge. En Oregon, au total, 16 patients (6 % des décès par DWDA) ont survécu à leur pronostic, c'est-à-dire qu'ils ont vécu plus de six mois après leur date de la prescription du produit mortel. Je propose aux sceptiques qui me lisent de noter, dans l’EHPAD que vous fréquentez, les résidents qui seront décédés dans six mois. Et je vous donne rendez-vous dans six mois.

En savoir davantage :

La plupart des patients sont décédés à domicile (92 %) et ont été considérés comme bénéficiant de soins palliatifs (91 %).

Comme les années précédant 2022, les trois préoccupations de fin de vie les plus fréquemment signalées étaient la diminution de la capacité de participer à des activités qui rendaient la vie agréable (89 %), la perte d'autonomie (86 %) et la perte de dignité (62 %).

Depuis 2020, le DWDA prévoit une dérogation aux délais d'attente légaux pour les patients censés vivre moins de 15 jours après le moment de leur première demande orale de médicaments. En 2022, 109 patients (25 % des bénéficiaires d'ordonnances DWDA) ont bénéficié d'exemptions.

Les médecins prescripteurs étaient présents au moment du décès pour 36 patients (13 %) ayant ingéré des médicaments prévus par DWDA. Trente-sept patients (13 %) avaient d'autres prestataires de soins de santé présents et des bénévoles étaient présents pour 51 décès (18 %). Des données sur le temps écoulé entre l'ingestion et le décès sont disponibles pour 165 décès par DWDA (59 %) en 2022. Parmi ces patients, le temps écoulé entre l'ingestion et le décès variait de trois minutes à 68 heures, avec un temps médian de 52 minutes.

Les médicaments prescrits aux patients DWDA depuis 2013 : plus de 70% des ingestions en 2022 impliquaient la combinaison de médicaments DDMAPh, qui se compose de diazépam[3], de digoxine, de sulfate de morphine, d'amitriptyline[4] et de phénobarbital[5]. La combinaison médicamenteuse DDMA, composée des seuls diazépam, digoxine, sulfate de morphine et amitriptyline, représentait 28 % des ingestions. Le temps médian jusqu'au décès était un peu plus court après DDMAPh (42 minutes) qu'après DDMA (49 minutes). Toutes les combinaisons de médicaments ont montré des temps médians jusqu'au décès plus longs que lorsque les barbituriques sécobarbital et pentobarbital sont adjoints, mais ces derniers ne sont plus facilement disponibles.


[2] Rappel : la notion de race et les décomptes afférents sont interdits en France mais très souvent cités aux USA dans la littérature scientifique.

[3] En France connu sous le nom de présentation de VALIUM*

[4] En France surtout connu sous le nom de présentation de LAROXYL*

[5] En France surtout connu sous le nom de présentation de GARDENAL*

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L'euthanasie et le suicide assisté réduisent-ils le nombre des suicides non assistés ?

Publié le par Bernard Pradines

Cartes issues de Wikipedia
Cartes issues de Wikipedia

Cartes issues de Wikipedia

L'euthanasie et le suicide assisté (ESA) sont des pratiques qui visent en principe à alléger la souffrance des personnes atteintes de maladies mortelles, mais sont controversées.

Un domaine de débat est la relation entre ESA et taux de suicide dans la population, car les uns postulent que la disponibilité de l'ESA réduira le nombre de décès auto-initiés (ESA et suicide combinés). D'autres prétendent que la législation relative aux ESA rend acceptable de mettre fin à ses jours, un message en contradiction avec celui des campagnes de prévention du suicide.

La revue de la littérature scientifique de Doherty (Doherty et al, juin 2022)[1] examine la relation entre l'introduction de l'ESA d'une part et le taux de suicides non assistés et de décès auto-initiés d'autre part.

Six études remplissaient les critères d'inclusion ; quatre ont constaté des augmentations des taux globaux de décès auto-initiés et, dans certains cas, une augmentation des suicides non assistés. Cette augmentation du suicide non assisté a été la plupart du temps non significative lorsque les facteurs sociodémographiques étaient contrôlés. Des études menées en Suisse et en Oregon ont rapporté des taux élevés de décès volontaires chez les femmes âgées, ce qui correspond à des taux plus élevés de maladies dépressives dans ces Etats.

Les conclusions de cette revue ne confirment pas l'hypothèse selon laquelle l'introduction des ESA réduit les taux de suicide non assisté. L'impact disproportionné sur les femmes âgées indique des besoins non satisfaits de prévention de cette population.


[1] Doherty AM, Axe CJ, Jones DA. Investigating the relationship between euthanasia and/or assisted suicide and rates of non-assisted suicide: systematic review. BJPsych Open. 2022 Jun 3;8(4):e108.

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