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301 résultats pour “patient idéal

Blouse blanche ou tenue de ville. Qu’en pensent les patients américains ?

Publié le par Louis Lacaze

Blouse blanche ou tenue de ville. Qu’en pensent les patients américains ?

Toute ressemblance avec la situation en France ne pourrait être que fortuite, à moins que….

Une enquête publiée par le très sérieux JAMA révèle qu’aux Etats-Unis la patientèle se montre sensible à la tenue des médecins. Blouse blanche ou tenue de ville ? Sexe masculin ou féminin ? Les réponses des 487 participants réservent leur lot de surprises.

La tradition de la blouse blanche remonte au XIXème siècle où avec l’arrivée de l’asepsie dans les salles d’opération le porteur de blouse signalait qu’il maitrisait les techniques les plus modernes. L’usage par la suite a perduré comme marque de hiérarchie parmi les soignants.

Le médecin en blouse blanche apparait comme plus professionnel, plus expérimenté et plus agréable que ses confrères en tenue qu’on pourrait qualifier de plus décontractée. Le problème du sexisme a été abordé : avant de voir des médecins, devant des photos de femmes qu’on leur présentait, les participants ont vu des auxiliaires médicaux, des infirmières.

Cette appréciation discriminante à l’égard des femmes se retrouve sur le plan de leur tenue vestimentaire : une étude indique que 73% des sondés désapprouvent la tenue de celles qui ne portent pas de blouse blanche alors que la proportion tombe à 24% pour les hommes. Elle est particulièrement préoccupante dans la mesure où un jugement fondé sur un stéréotype et non sur le mérite peut pénaliser la personne professionnelle considérée, le patient et la relation de soins qui les unit. Pour les auteurs, cette dérive, évidente en chirurgie aux États-Unis, doit être combattue par l’ensemble du corps médical et pas seulement par les intéressées. L’adoption d’une nouvelle tenue vestimentaire pourrait être l’occasion de mettre fin aux erreurs d’identification. Favoriser une présence accrue du corps féminin devant les médias, ainsi qu’aux postes de responsabilité les plus élevés ne peut que faciliter la lutte contre les erreurs de représentation et les injustices qui en découlent aux États-Unis. Pour enfoncer le clou : aux États-Unis un relevé des revenus d’une femme médecin sur  l’ensemble de sa carrière montre que lorsqu’on les compare à ceux d’un confrère ils sont inférieurs d’au moins 25%, soit 1 800 000 €.

Commentaires de Bernard Pradines. L’appréciation de la profession d’après le genre est également présente en France, bien que la féminisation de la profession médicale soit en progression sensible. « Rappeler que la profession se féminise relève de l’évidence. Selon le rapport 2021 de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), au 1er janvier 2021, les femmes médecins généralistes sont au nombre de 49685; elles représentent donc 49,38 % de la profession. Une féminisation continue ces dernières années. À titre de comparaison, elles étaient 42,45 % en 2014. Et, en 1990, on comptait 30 % de femmes parmi l’ensemble des médecins. »[1]. Ma fille étant praticien hospitalier (au féminin !), elle m’a rapporté, comme bien d’autres consœurs, la confusion du public avec le monde paramédical. Ceci dit, comme il n’y a pas de honte à être une infirmière ou une aide-soignante ou un agent hospitalier féminin, il est difficile et indélicat de clamer une distinction du genre « je ne suis pas qu’une infirmière ». Enfin, aucune enquête, à ma connaissance, n’a été menée en France sur ce thème précis de l’habit des médecins ; tout au plus connaissons-nous, surtout en psychiatrie et en gériatrie, une remise en cause de l’habit médical traditionnel pour des raisons de relation humaine qui se voudrait non soignante. A mon avis, il s’agit d’un faux débat car la blouse peut aussi rassurer et il n’est pas obligatoire de « se cacher » derrière elle.

Source : Helen Xun, MD ; Jonlin Chen, BS ; Alexander H. Sun, MD ; et al Public Perceptions of Physician Attire and Professionalism in the US

Source de l’image : Shakaib U. Rehman, MD  Paul J. Nietert, PhD  Dennis W. Cope, MD  Anne Osborne Kilpatrick, DPA, What to wear today? Effect of doctor’s attire on the trust and confidence of patients

Azeen Ghorayshi The New-York Times Women Earn $2 Million Less Than Men in Their Careers as Doctors

Female doctors make less than their male counterparts starting from their very first days on the job, according to a large new study. Over the course of a 40-year-career, researchers estimated, this pay gap adds up to at least $2 million.

 


[1] https://www.legeneraliste.fr/actu-pro/politique-de-sante/feminisation-de-la-profession-ces-femmes-derriere-les-chiffres

Publié dans médecin, soignants

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La fuite des soignants : ce qu’en pense un infirmier expérimenté.

Publié le par René Manteau

Du Moyen âge à nos jours, les établissements de soins pour personnes âgées ont subi de très grands bouleversements. Tout d'abord sont apparues les cours des miracles où étaient regroupés les mendiants, les malades, les "vieux". Ensuite ont été créées les maladreries lors des grandes pandémies de peste et de choléra, essentiellement gérées par des religieuses qui n'étaient pas rétribuées et ne comptaient pas leurs heures de présence auprès des patients. Au début du XX siècle, la sectorisation est effective ; les personnes âgées sont séparées des autres malades et sont recueillies dans des hospices. Ensuite supprimés, ils laissent place à des maisons de retraite divisées en secteurs : chronique et valide. La qualification de long séjour apparait pour des services généralement intégrés dans un centre hospitalier. Ils deviennent par la suite des « soins de longue durée ». Plus tardivement, ce sont de nouveaux services de médecine qui sont inaugurés. Ils sont qualifiés de « courts séjours gériatriques ». Le tout est englobé dans des pôles gériatriques. Dans un même temps les compétences des soignants se sont adaptées aux besoins et aux exigences des patients. Ce qui perdure c'est la foi et le don de soi des soignants à leur noble métier. Cependant les contraintes, le découragement, le peu de reconnaissances et la pression des administrations démoralisent les plus motivés.

Pourquoi cette fuite des soignants des EHPAD ?

- La rémunération insuffisante ne correspond plus à la qualification requise. La gériatrie est devenue une véritable spécialité.  Elle est une médecine pointue du grand âge intervenant sur un immense panel pathologique qui n'a de cesse d'évoluer.

- Le manque à gagner par rapport au personnel exerçant dans le libéral. Le salaire est nettement inférieur et constitué en partie de primes supprimées au moindre arrêt maladie et bien sûr à la mise en retraite.

- Les administrations mènent trop souvent une politique gestionnaire qui va presser, bousculer, voire "maltraiter" les personnels, générant ainsi le "burn out".

- La pérennité de l'emploi n'est plus d'actualité depuis longtemps, contrairement aux idées reçues.

- La liberté relative des libéraux de gérer l'emploi du temps et de n'avoir comme seul interlocuteur que le client.

- Les contraintes financières imposent un rendement qui remet souvent en question la déontologie et les règles de sécurité au détriment des soins et de l‘accompagnement du résident.

- Les exigences des familles ; elles sont aux aguets de la moindre faille dans la prestation fournie, n'hésitant pas à déposer une plainte le cas échéant auprès de l'administration ou des tribunaux. Leur rétribution à l'établissement est trop importante et injustifiée à leurs yeux. Cette situation les encourage à critiquer le personnel, voire à l’acculer. L'état d’esprit des familles a évolué ; elles exigent des prestataires ce qu'elles n'ont  pas été capables de réaliser. Ceci leur permet aussi de soulager leur conscience.

- La perturbation et même la destruction de la cellule familiale provoquée par le rythme de travail (horaires décalés, journées de congés, repos hebdomadaires souvent modifiés). Le personnel doit rester à la disposition de l'employeur et être susceptible d'être à tout moment réquisitionné.

- Le manque d'intervenants est flagrant. Il existe un important déséquilibre entre le nombre de  résidents à accompagner et le personnel nécessaire pour effectuer les tâches. De plus, la gent masculine demeure de nos jours minoritaire, au vu des manipulations et du poids à soulever. Tout ceci a pour conséquences de nombreux accidents de travail entraînant de graves incapacités permanentes. Malgré l'emploi de matériel d'aide à la manipulation, parfois trop rare et fort peu utilisé pour cause de manque de temps, ces pathologies s'avèrent fréquentes.

- Les difficultés d'un personnel épuisé ou démotivé n’obtenant pas, même à l’approche de la retraite, un poste plus adapté à son état ou à sa capacité de travail.

- L'image de la profession est méconnue. Elle est écornée, critiquée, dévalorisée, jugée a tort dégradante et insalubre, corollaire de la peur face à la vieillesse et à la mort. Là résident les fondements d’une certaine répulsion pour ceux qui exercent. Autrement dit, le soignant n’échappe pas à l’image de ceux qu’il soigne. D’où une inéluctable et parfois rapide démission. Il faut savoir que les secteurs gériatriques sont encore utilisés dans certains établissements publics comme un moyen de "mise au placard" disciplinaire pour les agents jugés inadaptés, trop récalcitrants ou contestataires dans un service de soins lorsque le service gériatrique est inclus dans un ensemble plus vaste tel qu’un centre hospitalier.

Avec toutes ces contraintes, il est exceptionnel de constater que l'exercice d'un soignant dans ce secteur de médecine gériatrique n’atteigne et ne dépasse guère les dix années.

 

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