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La formation en gériatrie peut emprunter des chemins inattendus

Publié le par Louis Lacaze

La formation en gériatrie peut emprunter des chemins inattendus

« Tu ne peux pas rester seul dans cette maison ». Tu dois cesser de conduire » Trop souvent ce type de discussions impliquant une personne âgée dégénère en conflit entre le senior et sa famille. Le blocage est total, les arguments se heurtent à un mur. Bien souvent la famille refuse d’entrer dans une situation conflictuelle, retarde l’échéance ; le problème fait boule de neige et on se retrouve dans une situation de crise aigüe. La famille est impuissante. Si le personnel soignant est qualifié pour communiquer avec les patients, prendre des décisions, il l’est moins pour négocier face à une résistance à toute suggestion.

Le docteur Lee, gériatre, a providentiellement eu l’occasion de s’inscrire à une école de commerce où elle a choisi de suivre les cours « Négociation, Solution de conflits » systématiquement dispensés aux étudiants destinés à des fonctions administratives. L’objectif est d’aboutir à une solution gagnant-gagnant. Négocier ne jouit pas d’une image de marque très positive où il s’agit de persuader son interlocuteur de faire ce qu’il refuse de faire. Dans le domaine de la santé il s’agit d’aider le patient – ou la famille – à comprendre son intérêt pour protéger une vie qui serait à risque dans le domicile habituel ou au volant d’une voiture. Il est à retenir qu’une négociation n’est pas un conflit mais la recherche d’un consensus entre les parties. Il s’agit d’agrandir le gâteau pour que chacun en trouve une part, pense qu’il est gagnant avec la solution obtenue.

« J’ai raison, tu as tort ». Pour sortir du blocage ne jamais utiliser l’argument de force « je suis ta fille, c’est moi qui décide, qui m’occupe de toi » qui sera perçu comme une agression. Dans un premier temps il est bon de recueillir un maximum d’information. Pourquoi le senior veut continuer à conduire ? Comment peut-on respecter son envie de sortir ? Parler sécurité sera inefficace. Ce qu’il veut, c’est conserver son indépendance. On peut montrer que personne n’est totalement indépendant, on dépend des horaires, on est soumis aux impôts. C’est par la recherche des intérêts du senior qu’on veut préserver, mais dans un cadre différent que la négociation peut avancer.

Plus on négocie plus on progresse. Négocier devient une sorte de jeu où vous êtes de plus en plus rapide et efficace. Les adeptes de l’exercice ont pu constater son apport positif sur leur vie professionnelle et, cerise sur le gâteau, qu’ils prenaient plaisir à utiliser leurs aptitudes à négocier dans la vie courante.

Commentaires de Bernard Pradines. Intéressante publication. Rappelons que GérontoLiberté fait état d’opinions diverses sans forcément les partager. C’est donc un lieu de débat et de… négociation. Le texte ci-dessus est marqué du sceau du pragmatisme que nous observons Outre-Atlantique. Il fait montre d’un optimisme rafraichissant mais discutable. Par manque de place pour développer la complexité des problèmes, il évite de citer et de détailler les lieux et acteurs de pouvoir dont nous avons hérité après des siècles de relations familiales entre jeunes, adultes et ainés. La relation nouvelle et massive avec les institutions, en particulier les services de soins à domicile et les établissements médico-sociaux, vient compliquer la donne. Surtout, la problématique soulevée est singulièrement modifiée par l’épidémie de troubles cognitifs à laquelle nous assistons. La tentation devient alors grande de traiter tout opposition comme un désordre mental. En cela l’expertise médico-psychologique rigoureuse a toute sa valeur. Un autre aspect est celui de la personne du négociateur : qui est habilité pour ce faire ? Est-ce le rôle des soignants ?

Enfin, bien des situations relèvent des droits méconnus des personnes âgées. Une fois de plus, je recommanderai la lecture du livre paru en 2023 sous la plume de Gérard Brami : « Les oubliées ».

Référence :

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Le pronostic vital et fonctionnel, une étape délicate

Publié le par Louis Lacaze

Le pronostic vital et fonctionnel, une étape délicate

Le pronostic qui vise à prévoir le cours d’une maladie voit souvent sa fonction élargie par le public qui cherche à connaitre l’espérance de vie d’un patient. Si un pronostic, tout comme les prévisions météorologiques, est par nature incertain, il reste incontournable dans la mesure où il intervient dans le choix du traitement. Si un adulte âgé a une espérance de vie d’un ou deux ans, vérifier l’absence de signes de risque de cancer du côlon par coloscopie ou envisager un traitement de l’ostéoporose semblent inutiles. Le risque d’effets secondaires peut être plus important que la possibilité d’éviter la maladie.

Des biais peuvent affecter le jugement clinique. Plus un médecin s’attache à son patient, plus il aura tendance à être optimiste dans l’estimation de son espérance de vie. D’un praticien à un autre, les estimations peuvent varier. Ces constatations ont conduit à l’élaboration de tables de risques à partir d’analyses rétrospectives, censées prédire la date du décès, le temps qui reste avant de ne plus pouvoir marcher et l’impossibilité d’effectuer les actes de la vie quotidienne (la dépendance dans le sens habituel du terme) :

https://eprognosis.ucsf.edu/calculators/

Si les prévisions de la mortalité sont présentées comme robustes, celles des deux autres items, fonctionnels, le sont moins. La mortalité est binaire : mort ou vivant. Définir la marche est plus flou : on peut n’utiliser un déambulateur qu’une partie de temps, se faire plus ou moins aider dans son quotidien pour des fonctions de base. Dans son ensemble, l’apport de ce logiciel est jugé positif par les cliniciens qui l’utilisent comme base de prise de décision.

Communiquer un pronostic au patient est toujours un exercice difficile. Parfois il aimerait le connaitre mais n’ose pas le demander. Ou bien il pense que le docteur n’en sait rien, pas davantage que quiconque. D’autres fois, aborder le sujet ouvre une porte en grand : « enfin on aborde la question !». Les deux-tiers d’un groupe de seniors de 65 ans et plus ont demandé s’ils avaient moins de cinq ans d’espérance de vie, non pour des raisons de décision médicale mais pour préparer leur décès sur d’autres plans : financier, religieux, familial. Plutôt que de s’intéresser à leur espérance de vie, certains s’inquiètent de la qualité de vie restante. Combien de temps pourront-ils rester indépendants, sortir, promener leurs petits-enfants, cuisiner leurs repas ?

Face à ces questions, le médecin pourrait se référer à la table des risques. « Votre santé est très fragile, vous êtes tombé plusieurs fois, une étude montre qu’il peut vous arriver de sérieuses complications. Voulez-vous qu’on en parle ? ». La qualité de la relation soignant-patient doit être préservée, le médecin évitant bien sûr d’être un oiseau de mauvais augure.

Commentaires de Bernard Pradines. Il convient de rester extrêmement prudent avec ce type d’outil qui semble plus approprié aux assurances-vie qu’à la possibilité de déterminer une attitude médicale précise, qui plus est annoncée au patient à coup d’algorithmes dont le résultat, plus ou moins fiable, pourrait avoir des conséquences des plus fâcheuses. J'ai simulé un patient habituel venant d’entrer en EHPAD ; la réponse donne 49% à 62% de probabilité de décès dans les six mois. Qu'en déduire ? Les variations de durée de vie d’un tel résident sont considérables car liées à de nombreux facteurs connus ou inconnus. Autant dire que l'on ne peut pas répondre à la question posée. En France, ce sont les hommes de plus de 85 ans qui constituent la population la plus à risque de suicide réussi. Que penser d’un pronostic incertain qui fixerait un horizon indépassable pour certains patients et leur entourage ?

Sources :

Lee AK, Diaz-Ramirez LG, Boscardin WJ, Smith AK, Lee SJ. A comprehensive prognostic tool for older adults: Predicting death, ADL disability, and walking disability simultaneously. J Am Geriatr Soc. 2022 Oct;70(10):2884-2894.

James Deardoff gériatre, chercheur universitaire, Alex Lee épidémiologiste, professeur de médecine, Sei Lee gériatre, spécialiste des soins palliatifs, invités de Geripal, podcast animé par Alex Smith MD et Eric Widera MD New Prognostic Models for Older Adults: Alex Lee, James Deardorff, Sei Lee

En français, dans la revue médicale suisse en 2012 (l'adresse du calculateur a changé, voir ci-dessus) : 

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