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covid-19

Êtes-vous central ou avare cognitif et périphérique ?

Publié le par Louis Lacaze

Êtes-vous central ou avare cognitif et périphérique ?

Après les errements de la logistique qui ont entravé la diffusion du vaccin jusqu’au recours à l’intervention de services spécialisés efficaces, vient le choix des techniques de communication visant à convaincre le public que seule la vaccination permettra d’atteindre une immunité collective.

Les spécialistes du marketing, experts en psychologie sociale, par ailleurs souvent sollicités par les candidats en périodes électorales, savent que dans une campagne de communication, une fois éliminés les partisans convaincus, les personnes capables de juger de la qualité d’une argumentation et les opposants systématiques, une moitié du public visé reste à convaincre.

Cette cible est composée d’hésitants peu motivés par le désir de participer à la construction d’une immunité collective ; ils  disposent toutefois d’une capacité intellectuelle et d’une motivation leur permettant de suivre une argumentation et finissent par être réceptifs à l’information. 

Une deuxième composante comprend les sujets que  les auteurs cités en source qualifient d’apathiques ; eux souffrent « d’avarice cognitive ». Ils ne s’intéresseront pas à la qualité de l’information mais, partisans du moindre effort, formeront leur attitude à partir d’éléments périphériques secondaires et superficiels comme le charisme d’un intervenant, une vedette des media, des formules d’accroche, de l’humour, de la couleur, de l’émotion.

On peut comprendre la difficulté rencontrée par les techniciens de la communication qui doivent sortir d’une voie de communication « centrale » basée sur la qualité de l’argumentation pour entrer dans une autre voie qualifiée de « périphérique » où la qualité du raisonnement n’intervient plus que de manière minimale. Un retour vers les publicistes illustre bien le problème : l’automobiliste doit être convaincu qu’il doit acheter un véhicule neuf alors qu’il peut très bien conserver l’ancien. Leur publicité inonde les écrans mais on ne trouve pas un seul argument vantant la sécurité, le confort, la durabilité du véhicule. Tout n’est que rêve et illusion.

Commentaires de Bernard Pradines. Confortablement installés dans nos progrès médicaux, nous n’avons pas vu venir une problématique que nous croyions dépassée : celle de l’acceptation de la vaccination en situation infectieuse catastrophique. Nous avions sous-estimé la puissance du déni collectif de la gravité de la pandémie. Nous n’avons pas retenu suffisamment les leçons du passé où toute crise s’est accompagnée du retour de l’irrationnel sous des formes adaptées à l’époque. Désormais, il s’agit d’un langage pseudo-scientifique s’appuyant partiellement sur des données robustes.

Pour contrer ces réticences, notre société consumériste bien décrite ci-dessus est tenté d’utiliser les pires méthodes car susceptibles de nourrir la paranoïa et la crainte de la manipulation dont font montre nombre de réfractaire à la vaccination.  Croire que l’on pourra convaincre les réticents par  un détour « périphérique » me semble voué à l’échec car les circonspects ne seront pas dupes dans leur grande majorité ; au contraire, leur tendance à la méfiance en sera renforcée.

Sources :

Stacy Wood, PhD; Kevin Schulman, MD When Vaccine Apathy, Not Hesitancy, Drives Vaccine Disinterest

Even before COVID-19 vaccines were available… populations with less interest in vaccination were quickly considered vaccine hesitant.... but the assumption that all segments of the population with low interest in vaccination are hesitant is a misconception.

Pour découvrir l’adéquation aux ressources selon le modèle de probabilité d’élaboration (ELM) de Petty et Cacioppo :

Publié dans Covid-19, éthique

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Blessures psychologiques et morales chez le personnel soignant

Publié le par Louis Lacaze

Blessures psychologiques et morales chez le personnel soignant

Voici un traumatisme qui s’accompagne d’une incapacité d’atteindre un objectif fixé qui correspond à une transgression des principes moraux, des convictions et des attentes. Cette contradiction entre un code personnel et un comportement déclenche l’apparition de l’idée obsédante de n’avoir pas été à la hauteur à un moment donné. D’où des sentiments de culpabilité, de honte, l’anxiété, l’angoisse, le repli sur soi. La personne peut entamer un processus d’autodestruction par un excès de nourriture, une addiction à l’alcool ou à une autre substance et dans les cas extrêmes par le suicide.

Les blessures psychologiques et morales se rencontrent fréquemment dans le contexte des pandémies lorsque le personnel soignant manque d’équipement, est submergé par le nombre de patients et se retrouve seul devant une décision contraire à ses valeurs. Un sentiment de révolte accompagne celui d’être la victime d’une trahison : manque de matériel, d’organisation, danger permanent d’être contaminé et de contaminer ses proches.

Les personnes souffrant de ce syndrome ont trop rarement recours à une aide médicale, freinées par un sentiment de culpabilité et de honte en particulier si elles ont cherché un recours dans l’alcool, ont perturbé l’ambiance de la vie familiale. Les amener à faire un premier pas passera par des questions ouvertes : « Vous sentez-vous coupable de quelque chose ? Avez-vous honte de quelque chose ? ». Si des liens antérieurs ont été rompus dont la fréquentation d’amis ou la vie religieuse, il peut être suggéré de les rétablir. L’objectif essentiel est d’amener la personne à se confier, à créer un espace de communication, sans chercher à effacer les symptômes. Bien souvent une porte s’ouvre sur une question : « Je ne sais pas trop ce qui se passe mais je me pose des questions, j’ai besoin d’aide ».

Commentaires de Bernard Pradines.

Que le traumatisme lié à la covid, au nombre des décès indus et au manque de moyens humains et matériels perdure sous la forme d’états de stress post-traumatiques ou de divers autres troubles psychiques chez les soignants n’a rien d’étonnant. Que les personnes qui les subissent aient besoin de soins semble logique. Je suis davantage réservé sur la manière envisagée d’aborder cet immense défi collectif et individuel ; en effet, les politiques menées depuis quelques dizaines d’années dans le domaine de la santé dans les pays développés, faites de restrictions tous azimuts aboutissant à une aggravation de l’inévitable impréparation à une catastrophe sanitaire, ont une immense responsabilité. De  nombreuses alertes ont été lancées au cours de ces dernières années, provenant de milieux à l’ordinaire peu enclins à protester, voire auparavant dociles. Je ne pense pas que ce soit chercher ou désigner des boucs émissaires que d’affirmer ceci. Ainsi, il est important pour les soignants les moins critiques en temps habituels de bien comprendre les mécanismes qui ont conduit à la situation dans laquelle ils se sont retrouvés. Ceci a deux intérêts majeurs : d’abord situer les responsabilités où elles se trouvent réellement et ne pas sombrer dans le désespoir lié à la culpabilité individuelle décrite ci-dessus. Enfin positiver, utiliser la difficulté pour un nouvel espoir, un nouvel avenir : que des actions déterminées soient entreprises afin de changer le logiciel habituel qui consistait à considérer les soins comme une activité coûteuse, dépensière, plombant l’essor de l’économie.

Source :

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