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Mon père de 80 ans parle tout seul ; c’est grave Docteur ?

Publié le par Louis Lacaze

Mon père de 80 ans parle tout seul ; c’est grave Docteur ?

Entendre un membre âgé de sa famille parler tout seul, ceci déclenche dans un premier temps des sourires amusés qui ensuite font place à une inquiétude sur son état mental. Entreprendre des recherches sur un moteur de recherche risque de laisser le curieux sur sa faim, très peu de chercheurs s’étant intéressés au sujet. Pourtant, le phénomène est courant, d’abord chez les jeunes enfants, puis, à partir de la quarantaine car beaucoup d’adultes reprennent cette habitude.

Dans un article pour le The New York Times, Jancee Dunn[1] explique comment les comportements des tout-petits peuvent offrir de précieuses leçons aux adultes souhaitant améliorer leur bien-être. L'un de ces comportements est le « discours privé », où les jeunes enfants se « coachent » eux-mêmes à haute voix. Les adultes peuvent tirer parti de l'adoption d'une autoconversation positive, car elle favorise la résolution de problèmes, l'apprentissage, le renforcement de la confiance en soi et la gestion des émotions.

Si l’on écoute Brinhaupt, psychologue enseignant du Tennessee, ces étiologies évoquent une dimension négative à compenser. Pour Brinhaupt [2], deux hypothèses se font jour dans la genèse de l’autoconversation :

·         celle de « l'isolement social » : passer plus de temps seul ou vivre des expériences socialement isolantes est associé à une augmentation de l'autoconversation.

·         celle de « la perturbation cognitive » : vivre des expériences personnelles qui sont cognitivement perturbantes est associé à une fréquence accrue de l'autoconversation.

La prévalence de la double situation combinant isolement social et perturbation cognitive est un constat commun à tous les professionnels du grand âge.

Une autoconversation constamment négative, signe absent des grilles habituelles de diagnostic, peut faire suspecter une dépression.

Toutefois, un renforcement positif peut être à l’œuvre, ce qui n’est pas contradictoire avec l’expression d’une détresse combinant ou non troubles cognitifs et isolement.

Se parler à soi-même peut avoir des effets positifs. Par exemple aider à sortir de l’inertie et s’encourager à agir, faciliter l’exécution d’un travail qui demande de la réflexion, aider à résoudre un problème, s’entraîner à préparer une prise de parole, l’argumenter, présenter les arguments d’une discussion à venir [3]

Toutefois, ces conversations à sens unique peuvent se révéler perturbatrices lorsque la personne s’affranchit des normes de la vie en société, interrompant les conversations d’un groupe, révélant involontairement des informations que l’on eût préféré cacher.  Ainsi, la psychologie nous aide-t-elle à comprendre des comportements qui furent longtemps raillés et mis sur le compte du gâtisme. Un temps complétement révolu ?

 

Précision : ce sujet est très peu étudié en France à notre connaissance chez la personne âgée. Nous nous proposons de l'approfondir dans une autre publication.

[1] Jancee Dunn The New-York Times 10 mai 2024, https://www.nytimes.com/2024/05/10/well/talking-to-yourself-age.html

[2] Brinthaupt TM. Individual differences in self-talk frequency: social isolation and cognitive disruptionFront Psychol. 2019;10:1088. doi:10.3389/fpsyg.2019.01088

[3] Kendra Cherry, MSEd  medically reviewed by Daniel B. Block, MD. https://www.verywellmind.com/why-do-i-talk-to-myself-causes-and-benefits-5202953

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Une pause pour exposer le sens de notre action

Publié le par Bernard Pradines

Une pause pour exposer le sens de notre actionUne pause pour exposer le sens de notre action

GérontoLiberté s’achemine vers son douzième anniversaire. Merci à nos fidèles lecteurs.

Nous avons perçu une difficulté à la lecture de nos textes qui semblent pessimistes car s’appesantissant davantage sur la vieillesse dépendante et malade, voire en fin de vie, que sur celle, espérée, faite de joie de vivre en famille, de rencontres et de voyages. Ainsi, il demeure difficile de prendre soin des personnes en EHPAD, en partie car la perspective d’entrée dans ces structures est redoutée par une écrasante majorité de nos concitoyens.

De fait, nous sommes tous tiraillés entre deux pôles de la même réalité. D'une part la vieillesse sage au risque de la dominance (sénat romain…), d'autre part celle des vieilles sorcières du Moyen-Âge. Actuellement c’est d’une part celle qui est adulée pour les services rendus à la famille, voire courtisée pour ses possibilités de consommation, d’autre part la vieillesse souffrante, ou pire maltraitée. Ces ambivalences ne s'arrêtent pas là et peuvent tourner autour des pulsions de vie et de mort individuelles et collectives.

 Toute la difficulté, en effet, est de savoir rendre compte de ces contradictions sans verser exclusivement dans l’un ou l’autre des constats. Notre interrogation première pourrait se résumer ainsi : quelle image, quelle représentation de la vieillesse est dominante dans notre société actuelle ? En quoi un des versants est-il volontiers oublié, en tout cas sous-estimé ? Au fond, que voulons-nous voir et quand détournons-nous notre regard ? Si le courage, comme le disait Jean Jaurès, c'est de chercher la vérité et de la dire, une conduite nous est dictée qui repose sur l’écoute, la connaissance, et non sur la seule croyance qui peut nous satisfaire.
Tout un programme sans fin.

Alors, nous ne nous tairons pas en 2025, poursuivant modestement l’œuvre des prédécesseurs dont le docteur Lucien Mias, mort le 13 mai 2024 à l'âge de 93 ans, et le docteur Christophe Trivalle  le 20 décembre 2024 à l’âge de 63 ans. Des exemples à suivre jusqu’à la fin de nos capacités.

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