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Tiens, encore un poulet !

Publié le par Louis Lacaze

Image issue de : https://volailleslandes.com/poulet-fermier-des-landes-2/

Image issue de : https://volailleslandes.com/poulet-fermier-des-landes-2/

De plus en plus de personnes arrivent chez leur médecin après avoir exploré Google, les réseaux sociaux et suggèrent un traitement miracle aberrant contre l’origine du trouble dont ils ont, dans la foulée, identifié la nature. Le diagnostic du médecin est clair, résumé par l’acronyme PULET (Potentially Unsafe Low-evidence Treatments : traitements à faible preuve d’efficacité, potentiellement dangereux), francisé par les médecins canadiens en "poulet".

Un poulet est une thérapie fondée sur des preuves faibles, parfois inexistantes, éventuellement couteuse financièrement, en déplacements et en temps, et qui peut présenter des risques pour la personne qui la suit. Le domaine des "poulets" est vaste : maladie d’Alzheimer, cancers, poudre miracle qui comble les caries et reconstitue l’émail des dents aux Etats-Unis...

Tout médecin qui se respecte va écarter une réaction primaire qui consisterait à déclarer : « vous êtes stupide, veuillez sortir de mon bureau ». Il doit s’adapter à un patient qui évolue dans un domaine émotionnel qui sera imperméable à tout argument relevant d’une rigueur scientifique. Devant une suggestion de traitement qu’il considère inutile voire nuisible, le praticien aura recours à des techniques de communication précises pour faire passer son message.

Les mots clés seront empathie, contraire de l’indifférence, et humilité. Le médecin comprend la situation particulièrement difficile où le patient se trouve, par exemple le choc qu’il a subi quand l’oncologue lui a dit qu’aucun traitement ne serait vraiment efficace pour son cancer avancé. A sa place il aurait ressenti le même désarroi.

Ensuite il va jouer le rôle de l’étudiant curieux, annonce qu’il va vérifier, par exemple, s’il existe une étude sur l’ivermectine et le cancer, il cherche sur PubMed [1]. Connaissez-vous des personnes qui ont suivi ce traitement ? Quels bénéfices espérez-vous retirer de ce traitement ? Voilà, j’ai trouvé un article montrant une activité du produit chez la souris et les cultures cellulaires, mais pas de preuves solides chez l’être humain.

Commentaires de Bernard Pradines. Depuis avril 2024, date du podcast rapporté ci-dessus, la situation a considérablement évolué. Le développement de l’Intelligence Artificielle place le médecin et le patient à portée de la bibliographie, qu’elle soit fantaisiste ou scientifique. De plus en plus de français, y compris âgés, sont à même de traduire un texte écrit en anglais, langue scientifique universelle, par leurs connaissances ou par des traducteurs en ligne, eux-mêmes aussi désormais dopés à l’IA. Chez l’hypocondriaque, la cybercondrie n’est pas loin ! De surcroit, lire une publication scientifique, même dans sa langue originale, n’est pas chose simple. Elle implique de posséder des bases solides en termes de méthodologie et de statistiques pour juger de la robustesse des résultats. Le plus souvent, il fait procéder à une revue de la littérature pour se faire une idée des divergences de résultats, donc de déductions utilisables en pratique. Nous n’oublierons pas les diverses recommandations issues des sociétés savantes ou des agences telles que la HAS en France qui se prononcent sur la conduite à tenir dans des domaines de plus en plus précis. Elles sont accessibles en ligne. Ainsi, le médecin voit son métier évoluer considérablement. Sera-t-il à l’avenir celui qui trie le bon grain de l’ivraie auprès de ses patients ? Une sorte de commentateur scientifique. Possible. Pourvu qu’il ne perde pas la relation humaine dans les méandres des réponses à toutes sortes de propositions émanant de son patient et de l’efflorescence de l’information en ligne.

Référence :

Alan Smith MD Eric Widera MD Geripal Potentially Unsafe Low-evidence Treatments: Adam Marks, Laura Taylor, & Jill Schneiderhan

More and more people are, “doing their own research.”  Self-identified experts and influencers on podcasts (podcasts!) and social media endorse treatments that are potentially harmful and have little to no evidence of benefit or have only been studied in animals.


[1] PubMed est une ressource gratuite facilitant la recherche et la consultation de la littérature biomédicale et des sciences de la vie, dans le but d'améliorer la santé, tant au niveau mondial qu'individuel. PubMed contient plus de 40 millions de références et de résumés d'articles biomédicaux.

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Notes de lecture : cybercondrie (ou cyberchondrie)

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://tinyurl.com/yfmmdfx4

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Voici un mot dérivé de l’hypochondrie, terme hybride associant l’usage d’Internet (cyber) et l’anxiété excessive quant à sa santé (hypochondrie). Cette dernière prédisposition tend à transformer une personne en un éternel patient inquiet et demandeur de diagnostics quand ce n’est pas de traitements.

La révolution numérique a profondément transformé les systèmes de santé mondiaux, un phénomène accéléré par la pandémie et le développement de la télémédecine. La santé numérique englobe également des systèmes de surveillance portables, des plus courants aux plus spécialisés, ainsi que des technologies sans fil qui facilitent la télémétrie. L'essor de l'intelligence artificielle et de l'apprentissage automatique (en anglais machine learning) pourrait améliorer l'interprétation des données issues de l'imagerie médicale, ainsi que des tracés électrocardiographiques et électroencéphalographiques. De nouvelles techniques d'apprentissage automatique pourraient permettre à ces systèmes d'analyser les données afin de discerner et de contextualiser des processus pathologiques qui auraient pu échapper aux médecins. Les patients explorent de nouvelles frontières de la santé numérique, à travers des plateformes et des sites web d'entraide, pour s'informer et partager des informations médicales. L'information numérique en santé destinée aux patients présente des avantages et des inconvénients. Elle peut être un atout précieux pour les patients avertis qui souhaitent s'impliquer davantage dans leurs soins. En revanche, elle peut induire en erreur, engendrer des scénarios catastrophes, des malentendus et une forme de « cyberchondrie ».

L’arrivée croissante de l’IA à portée de clic ne peut qu’interroger sur l’évolution des connaissance et attitudes des patients. Les médecins deviendront-ils des commentateurs scientifiques, des aiguilleurs, des sortes de Docteur Michel Cymes individuel ?

Références :

  • Pergolizzi J Jr, LeQuang JAK, Vasiliu-Feltes I, Breve F, Varrassi G. Brave New Healthcare: A Narrative Review of Digital Healthcare in American Medicine. Cureus. 2023 Oct 4;15(10):e46489. doi: 10.7759/cureus.46489.
  • Centre thérapeutique de Charleroi : 
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