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Amour toujours

Publié le par Louis Lacaze et Bernard Pradines

Amour toujours

Lorsque l’établissement d’accueil a demandé à la fille d’un résident si elle autorisait son père à utiliser des préservatifs, elle faillit tomber à la renverse. Son interlocutrice lui expliqua que son père avait rencontré une résidente quelques semaines auparavant, qu’ils étaient de plus en plus proches et que selon toute vraisemblance la situation allait continue à évoluer. Une conversation téléphonique avec le père apporta un soulagement de courte durée à sa fille : l’élue de son cœur avait quitté l’établissement mais il projetait de se rapprocher d’une nouvelle arrivante tout aussi séduisante à ses yeux.

Si le lecteur de l’article peut se retrouver déçu de ne pas connaitre l’évolution de la situation, il pourra apprécier les commentaires des lecteurs du journal. Une touche de pragmatisme domine : les pulsions sexuelles ne peuvent pas se contrôler comme si on tournait un robinet. Elles ne disparaissent pas automatiquement avec l’âge. Une infirmière indique qu’en 18 ans de métier elle a plusieurs fois vu des femmes lui demander s’il leur était possible d’avoir des relations sexuelles avec un résident. Un lecteur rappelle que les jours des seniors étant comptés, il serait criminel de les priver de joies qui leur restent accessibles. Utiliser des préservatifs est recommandé : après des dizaines d’années d’activité sexuelle avec un nombre varié de partenaires, le risque de MST est présent et risque de sérieusement altérer la qualité de vie des seniors.

Les commentaires soulignent la complexité des situations où l’une des personnes concernées, ou les deux, présente des signes de déficit cognitif susceptibles d’altérer leur capacité de jugement. Comment veiller à ce que la liberté, le libre arbitre de chacun soit respecté ? La marche à suivre de l’établissement d’accueil est loin d’être évidente, le risque éventuel de poursuites judiciaires n’est pas à exclure.

Commentaires de Bernard Pradines.

La complexité des situations est bien connue. Elle appelle souvent des demandes de « formation » des équipes professionnelles à la sexualité quand une difficulté de cet ordre vient d’être rencontrée, en particulier en établissement.

Ainsi, si l’on se trouve en établissement comme à domicile, on devrait pouvoir s’y comporter à l’identique ! Grand éclat de rire de votre part, cher lecteur, avec la phrase ci-dessus après la première vague de la pandémie actuelle. Benêt, chacun sait que la liberté d’aller et de venir dans les établissements, d’en sortir et d’y entrer a été compromise pour l’individu au bénéfice du groupe.

Sans parler des inquiétudes des familles qui voient papa ou maman évoquer et pratiquer une sexualité jamais soupçonnée auparavant. Je vous passe les soucis sur l’héritage. Oui, il demeure un problème moins trivial qu’il n’y parait. Celui du libre arbitre chez les personnes présentant des troubles cognitifs, évoqué dans cet article. Ici sera nécessaire une observation pluridisciplinaire incluant l’entourage professionnel et familial. Au terme de cette démarche seront envisagées les mesures les moins contraignantes possibles pour les résidents.

Source :

Stacey Zapalac The New-York Times  Having ‘The Talk’ With My 80-Something Dad

"I was mentally prepared for the call I would receive someday notifying me of my elderly father’s death from one of his many chronic ailments. … What I was unprepared for was the day I received a phone call from my father’s skilled nursing facility asking for permission to provide him contraceptives."

Publié dans EHPAD, démences, éthique

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Mon père ne portait ni bracelet ni alliance

Publié le par Louis Lacaze

Mon père ne portait ni bracelet ni alliance

Mon père n’a jamais porté son alliance, ni à plus forte raison de bracelet. Il travaillait le bois et ne voulait pas courir le risque de se faire happer un doigt ou la main par une machine. Son travail lui procurait un bon exercice physique ; il s’alimentait raisonnablement, ne buvait pas, ne faisait jamais d’excès, était solide comme un roc.

Maintenant, âgé de 95 ans, il vit dans une maison de retraite. Sa vie monotone n’a plus de but, il ne connait plus la joie de créer avec ses mains. En un mot il s’ennuie.

Comme il ne travaille plus sur des machines dangereuses il peut porter des bracelets. Pour le coup, il en a deux. Sur le premier, on peut lire son nom et le numéro de sa chambre qui est faux mais ce n’est pas grave, tout le monde le connait. Un autre bracelet, blanc celui-là, alertera le personnel s’il lui prenait l’envie de s’échapper.

Curieusement un homme qui n’aurait jamais eu l‘idée d’avoir un bracelet au poignet en porte maintenant deux. 

Il est prêt à partir. Je lui ai demandé : "As-tu peur ?" « Peur », dit-il d'une voix beaucoup plus claire que d'habitude. « Non ». Il est prêt. Maintenant je m’interroge. Quand il partira, si personne ne le retire, le bracelet émettra-t-il un bip pour prévenir de la sortie de mon père afin de le ramener dans sa chambre ?       

Commentaire de Bernard Pradines. Le procédé ci-dessus de dérision et d’humour face à la souffrance est bien connu. L’auteur y excelle. Qui n’a pas accompagné ses parents jusqu’à la fin de la vie a peut-être des difficultés pour comprendre ce mécanisme de défense. Pas les autres.

Source :

Inspiré de la publication de :

Dr Robert J. Abramson  My Father’s Jewelry

http://opinionator.blogs.nytimes.com/2015/10/28/my-fathers-jewelry/?emc=edit_tnt_20151028&nlid=67268624&tntemail0=y&_r=0

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