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Burn-out et résilience

Publié le par Louis Lacaze

Burn-out et résilience

Si les ravages du burn-out dans le milieu médical ont occupé le premier plan de l’actualité pendant les vagues de la covid-19, le mal est endémique et frappe en fait tous les milieux professionnels.

Comment le définir ? C’est un état psychologique causé par un stress prolongé caractérisé par un épuisement émotionnel, une dépersonnalisation et une sous-évaluation de ses capacités professionnelles. Il peut déboucher sur une forme de cynisme. La dépersonnalisation fait de vous subjectivement une victime, tous les problèmes tombant sur vous et n’affectant pas les autres ; par exemple, pourquoi faut-il que ces patients viennent vous compliquer la vie au lieu d’aller ailleurs ? Le burn-out bloque la réception de toute émotion positive et détruit la résilience qui peut se définir par la faculté de voir le positif lorsqu’il se présente. Il est plus difficile de se concentrer sur le patient qui va vous laisser indifférent ; le nombre d’erreurs médicales est plus élevé dans les établissements à fort taux de burn-out. En 2021 un taux de 55% de burn-out a été courant dans les hôpitaux américains et a pu se situer à 70-75% dans la tranche de 18 à 29 ans.

La recherche a montré que, dans nombre d’activités diverses, le personnel était stable à condition qu’il apprécie vraiment ce qu’il fait pendant au moins 20% de son temps de travail. Les cadres ont donc tout intérêt à ce que cet équilibre minimal 20-80 soit respecté. Pouvoir envisager un plan de carrière, voir la qualité de son travail reconnue, se voir confier des responsabilités semble plus motivant qu’une augmentation de salaire qui va diminuer l’insatisfaction sans vraiment l’éradiquer et n’incitera pas à travailler davantage.

On connaît mieux les signes annonciateurs du burn-out et les stratégies permettant de conserver une bonne résilience. Si une certaine variété dans le travail est appréciée, une rotation exagérée est déstabilisante. Cette diversité peut être apportée par des réunions, des stages. Le sentiment de faire partie d’un groupe est un élément protecteur. Un service peut être composé de quantités de personnes mais elles n’ont pas forcément sentiment de former une équipe. Si la communication et l’entraide entre collègues sont difficiles, le travail manquera de flexibilité, la fatigue augmentera.

De leur côté il revient aux actifs de choisir - dans la mesure du possible- un emploi motivant et de veiller à trouver des dérivatifs. Sont cités le yoga, la méditation, l’exercice physique, la marche, le vélo, la vie de famille. Cette recherche d’un équilibre est primordiale.

Janet Bull, médecin en soins palliatifs, suggère une technique de protection visant à renforcer la résilience qui n’est pas une qualité innée répartie par parts égales entre les individus mais peut se développer et s’entretenir. Il s’agit de rédiger régulièrement un mot de reconnaissance en mettant par écrit trois petites choses qui ont pu vous apporter une certaine satisfaction dans la journée. Il est aussi possible de s’associer à plusieurs sur internet et de partager les expérience. L’apport de cet exercice est jugé très positif par ses adeptes.

Toutefois, si votre cadre de travail est imperméable à vos problèmes, refuse tout changement apportant une amélioration, le moment est peut-être venu d’aller voir ailleurs.

Commentaires de Bernard Pradines. Le burnout a été longtemps décrit comme une pathologie personnelle liée à une fragilité individuelle. Les parentés avec la dépression ont été niées. Progressivement émerge le constat qu’une institution peut être génératrice de burnout, voire dépressogène. Un grand progrès dans la compréhension de l’interaction entre fragilité individuelle et contraintes collectives. Je ne suis pas convaincu par une définition restrictive du burn-out qui me semble pourtant très proche, en pratique, de la dépression. Mieux, il s’agirait plutôt d’une forme clinique de dépression. Si cette acception n’est pas approuvée, c’est par difficulté à admettre que le travail peut être dépressogène. Le reconnaître serait remettre en question un des fondements de notre société, un tabou qui ne se discute pas. Le rôle de l’environnement humain est de premier ordre dans le dépistage du burn-out et dans son traitement. Malheureusement, un tel diagnostic et le traitement adéquat demandent bienveillance et compassion. La personne en burn-out offrant un exemple peu enviable voire redouté pour soi-même, se montrant souvent de surcroît critique envers autrui, les soins nécessaires tardent à venir. Ainsi se complète un tableau de dépression caractérisée, d’autant que des éléments environnementaux ou endogènes contribuent à aggraver la pathologie.

La dernière phrase de cet article me semble originale et intéressante. En effet, elle fait allusion à une inadéquation du travail à la personne souffrante. Généralement, c’est la notion inverse qui est seule envisagée : un individu qui ne correspond pas au travail considéré ou à ses changements. Autrement dit, le travail serait toujours « normal », seule l’adaptation de l’individu ne le serait pas*.

Janet Bull MD soins palliatifs, Arif Kamal professeur de médecine invités de Geripal animé par Alex Smith MD et Eric Widera MD:

The great resignation is upon us.  Geriatrics and palliative care are not immune to this, nor are we immune to the burnout that is associated with providers leaving their jobs. 

Le Dr Smith a choisi d’interpréter la dernière strophe de la chanson Five more minutes de McCreery demandée par le Dr Arif. Elle s’écoute à partir de 2 minutes 40 au compteur. On peut naturellement écouter la version complète : youtube

Un test pour mesurer son risque personnel de burn-out (anglais très simple) :

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La tentation du pronostic

Publié le par Bernard Pradines

La tentation du pronostic
La tentation du pronostic

De nombreux sites sur Internet sont censés vous indiquer votre probabilité de présenter une pathologie donnée ou même de mourir [1] en fonction des renseignements que vous leur fournirez.

Prenons un exemple au hasard.

Je veux calculer mon risque de présenter dans les dix ans à venir une pathologie cardiovasculaire athéroscléreuse (en anglais : ASCVD) dont les principales manifestations sont les accidents vasculaires cérébraux et les maladies obstructives des vaisseaux qui irriguent le cœur : les cardiopathies ischémiques.

Je me rends donc sur le calculateur du site de l’American College of Cardiology [2].

Je suis un homme de 73 ans, de « race blanche », ma pression artérielle actuelle est de 130 / 85 mm Hg, mon cholestérol sanguin total est égal à 204 mg/dL, l’HDL cholestérol est à 49 mg/dL et le LDL à 122 mg/dL.

Je n’ai jamais présenté un diabète sucré.

Je suis un ancien fumeur, ayant interrompu l’usage du tabac depuis plus de cinq ans.

Je suis sous bithérapie antihypertensive, sous statine mais non sous antiagrégant plaquettaire : ici l’acide acétylsalicylique.

Résultats.

Mon risque de présenter un ASCVD est élevé : 26,2 % dans les dix ans à venir mais il est réduit à 16,2% grâce aux traitements cités ci-dessus.

Heureusement, quelques conseils de bon sens me sont prodigués afin de rétablir une hygiène de vie optimale, en particulier dans les domaines de l’exercice physique et de l’alimentation.

Admettons.

La première question à se poser est : pourquoi avoir réalisé ce type de test qui existe aussi en matière de pronostic vital, c’est-à-dire de nombre d’années restant à vivre ?

Parce que je suis inquiet pour ma santé, voire franchement hypocondriaque ?

Parce que je suis médecin et souhaite connaitre le pronostic cardiovasculaire de mon patient exposé à une dépendance physique et/ou psychique du fait de la pathologie redoutée ? Parce que je souhaite ajuster le traitement, conseiller mon patient ?

Parce que je proposerai une mesure de prévention primaire ou secondaire telle que le dépistage du cancer colorectal seulement si le pronostic vital à long terme est bon ?

Parce que je suis une assurance-vie très préoccupée par la bonne santé de mes souscripteurs ?

Parce que je suis un banquier qui doit s'assurer de la solvabilité de son prêt ?

Parce que je suis un héritier potentiel soucieux du bien-être de mon testateur en lui souhaitant de bénéficier de la rente viagère le plus longtemps possible ?

Parce que je suis un économiste soucieux des finances publiques et privées de mon pays ?

Problèmes toutefois. Le patient ci-dessus n’est pas américain, la « race blanche » est une notion contingente voire obsolète dans un pays comme la France. Surtout, une probabilité moyenne est loin d’être une certitude : les variations sont grandes autour de cette moyenne. De nombreux paramètres actuels et à venir ne sont pas mesurés.

Heureusement peut-être ne connaissons-nous pas la date exacte de notre mort, pas même celle de la survenue d’un hypothétique ASCVD !

Références

 [1] Pronostic vital : possibilité de renseigner le calculateur en français.

https://eprognosis.ucsf.edu/suemoto.php?language=French

[2] ASCVD Risk Estimator Plus. Pronostic à 10 ans :

https://tools.acc.org/ascvd-risk-estimator-plus/#!/calculate/estimate/

 

 

 

 

Publié dans Bilan, évaluation

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