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Sarcopénie chez la personne âgée : comment la détecter et l’évaluer ?

Publié le par Bernard Pradines

Image extraite de : http://www.medical-art.nl/sarcopenie

Image extraite de : http://www.medical-art.nl/sarcopenie

Sarcopénie : mot d’origine grecque composé de deux étymologies : sarco = chair envisagé ici comme muscle et pénie = manque envisagé ici comme diminution.

Il s’agit donc d’une diminution de la masse et de la force musculaires[1].

Un consensus dans la littérature internationale reconnait désormais la grille ci-dessous dite SARC-F comme l’outil recommandé par le groupe européen de travail sur la sarcopénie (European Working Group on Sarcopenia in Older People, EWGSOP). Une mise à jour dite EWGSOP2 a confirmé cette recommandation pour détecter et évaluer la sarcopénie[2],[3],[4]. Ce qui n’exclut pas d’envisager les autres outils ainsi que la critique de la SARC-F, en particulier quant à sa faible sensibilité retrouvée dans des études malgré sa bonne spécificité[5],[6],[7].

En voici la version originale en langue anglaise[8] :

Sarcopénie chez la personne âgée : comment la détecter et l’évaluer ?

Nous avons trouvé une version française dont la traduction nous semble discutable, il est vrai dans des détails [9].

Aussi, nous proposons la version suivante :

 

Composant

Question

Score

Force

Quelle difficulté avez-vous pour soulever et porter un poids de 4,53 kg (10 livres) ?

 

Aucune = 0

Un peu = 1

Beaucoup ou incapable = 2

Assistance à la marche

Quelle difficulté avez-vous pour traverser une pièce en marchant ?

Aucune = 0

Un peu = 1

Beaucoup ou incapable sans aide = 2

Se lever d’une chaise

Quelle difficulté avez-vous pour le transfert à partir d’une chaise ou d’un lit ?

Aucune = 0

Un peu = 1

Beaucoup ou incapable sans aide = 2

Monter les escaliers

Quelle difficulté avez-vous pour monter dix marches ?

Aucune = 0

Un peu = 1

Beaucoup ou incapable = 2

Chutes

Combien de fois êtes-vous tombé(e) l’année passée ?

Aucune = 0

1-3 chutes = 1

4 chutes ou davantage = 2

 

Quel est le score considéré comme significatif ?

Les résultats de Sacar et al.[10] suggèrent que SARC-F ≥ 1 seuil doit être utilisé comme outil de dépistage probable de la sarcopénie en raison de sa sensibilité élevée.

Rappelons que le dépistage proposé actuellement en France utilise l’outil ICOPE dont nous avons fait état ici à plusieurs reprises.

[1] Nishikawa H, Asai A, Fukunishi S, Takeuchi T, Goto M, Ogura T, Nakamura S, Kakimoto K, Miyazaki T, Nishiguchi S, Higuchi K. Screening Tools for Sarcopenia. In Vivo. 2021 Nov-Dec;35(6):3001-3009.

[2] Cruz-Jentoft AJ, Bahat G, Bauer J, Boirie Y, Bruyère O, Cederholm T, Cooper C, Landi F, Rolland Y, Sayer AA, Schneider SM, Sieber CC, Topinkova E, Vandewoude M, Visser M, Zamboni M; Writing Group for the European Working Group on Sarcopenia in Older People 2 (EWGSOP2), and the Extended Group for EWGSOP2. Sarcopenia: revised European consensus on definition and diagnosis. Age Ageing. 2019 Jan 1;48(1):16-31.

[3] Bahat G, Ozkok S, Kilic C, Karan MA. SARC-F Questionnaire Detects Frailty in Older Adults. J Nutr Health Aging. 2021;25(4):448-453.

[4] Ha YC, Won Won C, Kim M, Chun KJ, Yoo JI. SARC-F as a Useful Tool for Screening Sarcopenia in Elderly Patients with Hip Fractures. J Nutr Health Aging. 2020;24(1):78-82..

[5] M. Joerger, T. Fauchier, F. Le Duff, M.-C. Ciabrini-Moretti, T. Dahan, X. Hébuterne, S. Schneider. Évaluation du questionnaire SARC-F dans le dépistage de la sarcopénie liée à l’âge. Nutrition Clinique et Métabolisme, Volume 30, Issue 1, 2016, Pages 46-47.

[6] Voelker SN, Michalopoulos N, Maier AB, Reijnierse EM. Reliability and Concurrent Validity of the SARC-F and Its Modified Versions: A Systematic Review and Meta-Analysis. J Am Med Dir Assoc. 2021 Sep;22(9):1864-1876.e16. 

[7] Kera T, Kawai H, Hirano H, Kojima M, Watanabe Y, Motokawa K, Fujiwara Y, Osuka Y, Kojima N, Kim H, Ihara K, Obuchi S. Limitations of SARC-F in the diagnosis of sarcopenia in community-dwelling older adults. Arch Gerontol Geriatr. 2020 Mar-Apr;87:103959. 

[10] Erbas Sacar D, Kilic C, Karan MA, Bahat G. Ability of SARC-F to Find Probable Sarcopenia Cases in Older Adults. J Nutr Health Aging. 2021;25(6):757-761.

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Susciter l’implication des familles pour mieux connaitre la personne en établissement

Publié le par Louis Lacaze

Susciter l’implication des familles pour mieux connaitre la personne en établissement

Il arrive que les gériatres hospitaliers jettent un coup d’œil envieux à leurs confrères pédiatres qui établissent systématiquement un contact régulier avec les familles. L’univers hospitalier est un monde à part, coupé du monde réel, où il est difficile de prendre des décisions en ignorant le vécu du patient tel qu’il est perçu par la famille.

« Voulez-vous qu’on contacte quelqu’un de votre famille ? » - « Oh non, ça va, laissons la famille en dehors de tout ça ». Sur le plan clinique, un soignant ne peut pas se contenter de cette réponse. Informer la famille ne relève pas uniquement d’un acte de charité mais permettra d’acquérir des informations multiples dont celles relatives aux valeurs du patient et l’amener éventuellement à modifier ses préférences.

Comment réagir devant un refus catégorique ? On peut explorer les raisons de ce refus, solliciter des détails. Le patient craint-il de déranger, d’effrayer ses proches ? Ne seront-ils pas davantage contrariés si la situation s’aggrave ? Une occasion peut se présenter pour faire comprendre au patient la gravité de son état. Il ne se croyait pas aussi atteint et il tient peut-être à ce que ses proches en soient informés.

Une rencontre avec les proches peut avoir lieu en présence à l’hôpital ou à distance par visioconférence si nécessaire. La première réaction de la famille peut ressembler à ceci : « on ne voit pas pourquoi notre présence est indispensable. Nous sommes occupés ailleurs ». Par contre, une fois informée, il arrive qu’elle se confonde en remerciements, aborde des sujets jusque-là ignorés impliquant des décisions à prendre en famille. Un patient dément ou présentant un déficit cognitif avancé pourra souvent encore exprimer certaines craintes ou préférences.

 Le médecin ne peut pas rester enfermé dans la zone grise de l’univers hospitalier. Il découvre ainsi la nature de la vie du patient en dehors de l’hôpital et peut la prendre en compte dans sa prise de décision. Le patient, la famille, le médecin se retrouvent tous gagnants, les décisions issues d’un travail commun ont toujours les plus fructueuses.

Commentaires de Bernard Pradines. Le défaut d’accès rapide aux informations est un défi permanent en médecine hospitalière et en EHPAD. Il tient à la dispersion des données dans des dossiers différents détenus par des établissements ou des professionnels divers :   généralistes, spécialistes, cliniques, hôpitaux, laboratoires de biologie, centres de radiologie, etc. Minoritaires sont les patients qui ont gardé une copie de leurs démarches, encore moins nombreux sont ceux qui les ont classées dans l’ordre, rares voire exceptionnels sont ceux qui ont rédigé une observation chronologique de leurs antécédents. Déjà bien heureux de connaitre la liste actuelle des médicaments consommés. La mise au point de dossiers médicaux partagés accessibles en ligne tarde à produire des effets significatifs. Aussi, le travail médical s’apparente-t-il en grande partie à une enquête à la recherche d’indices : Sherlock Holmes plutôt qu’Hippocrate. En gériatrie, cette problématique est singulièrement compliquée par la fréquence des états confusionnels et des maladies avec fort impact sur les fonctions intellectuelles. En y rajoutant une pincée de troubles sensoriels, il devient possible de se trouver en terra incognita. Aussi, la publication judicieusement rapportée par Louis Lacaze est l’occasion d’émettre quelques recommandations :

  • Si possible renseigner un Dossier Médical Partagé (DMP) géré par l’Assurance Maladie accessible en ligne par les professionnels de santé.
  • En tout cas, ranger son dossier médical par thèmes principaux et par ordre chronologique : ordonnances, lettres de sortie d’hospitalisation, résultats biologiques, résultats radiologiques, etc. Dire à son entourage où se trouve le dossier en question.
  • Au mieux rédiger une ébauche d’observation médicale reprenant les antécédents familiaux et surtout personnels, médicaux, et chirurgicaux. Ajouter vos pathologies actuelles, leur date d’apparition et les divers traitements entrepris. La dernière ordonnance est importante à produire.
  • Désigner une personne de confiance, même en dehors de toute hospitalisation. Elle est révocable à tout moment. En établissement médico-social tel qu’un EHPAD, elle a aussi pour rôle d’accompagner la personne âgée dans ses démarches et de l'aider dans ses décisions au sein de l'établissement, comme c'est déjà le cas pour les usagers de la santé.
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