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Comment persuader en adoptant une approche scientifique

Publié le par Louis Lacaze

Comment persuader en adoptant une approche scientifique

Le public est peu sensible aux arguments faisant appel aux statistiques et aux probabilités. La dimension psychologique domine : l’homme est une créature sociable, le port du masque, le confinement seront mal acceptés, n’étant pas conformes à nos normes habituelles dans la relation interhumaine, bien au-delà de l’inconfort ressenti.

Ainsi, les comportements souhaités doivent être faciles à exécuter et à répéter.

Adopter un nouveau comportement est valorisant car protégeant l’ensemble de la population.

L’exécuter doit procurer une satisfaction personnelle : je me protège moi, ma famille et les autres.

Il ne vise pas à être passager mais à devenir une habitude.

C’est ce que je dois faire et pourquoi.

Placer des flacons de gel hydroalcoolique en divers endroits du domicile incite à les utiliser. Accrocher un masque près de la porte d’entrée évitera de l’oublier en sortant. Idem pour respecter les cheminements indiqués dans les lieux publics ou utiliser le gel mis à la disposition des visiteurs.

En supprimant un maximum d’obstacles à l’adoption d’un nouveau comportement, il est possible de créer de nouveaux automatismes.

Les sciences sociales ont démontré que reconnaitre un manque de certitude était davantage accepté qu’une affirmation péremptoire contredite par la suite. Le mensonge d’État sur les pénuries de masques et de tests, l’incapacité de ses structures de faire face à une situation d’urgence, les volte-face continuelles ont fortement entamé la crédibilité des officiels. Il eût été préférable de diffuser l’information avec prudence. La large diffusion d’images de jeunes fêtant la fin du confinement a pu faire croire que cette réaction était générale. Comme les jeunes générations sont rebelles aux formes d’autorité incomprises, le mouvement a pris de l’ampleur, ouvrant peut-être la voie à la deuxième vague de covid-19.

Sources

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Une approche de la désinscription pharmaceutique chez les seniors

Publié le par Louis Lacaze

Image issue de https://www.medisite.fr/a-la-une-5-medicaments-retires-de-la-vente-libre-en-pharmacie.960084.2035.html

Image issue de https://www.medisite.fr/a-la-une-5-medicaments-retires-de-la-vente-libre-en-pharmacie.960084.2035.html

La désinscription est un processus intentionnel qui vise la diminution ou l’arrêt d’un médicament qui peut avoir un effet nocif sur la santé du patient, s’accompagner d’effets négatifs ne justifiant pas son utilisation. Si la recherche a beaucoup travaillé sur l’efficacité des médicaments et les conditions de leur emploi, on dispose de beaucoup moins d’éléments portant sur la durée d’un traitement et ses effets secondaires.  Or il est bien connu en gériatrie que les seniors accumulent des médicaments au fil des ans, que la prise de certains cesse d’être justifiée, qu’ils peuvent avoir des effets adverses et que la gestion de l’ensemble de la prescription devient impossible. D’où la nécessité d’avoir recours à la désinscription.

Cette approche ne coule pas de source pour diverses raisons. Elle suppose un changement de culture où le renouvellement des ordonnances est habituel ; il peut couvrir une longue période sans être remis en question. Quand un médecin propose un médicament, il peut évoquer l’attitude d’un commerçant qui fait l’article à un client, insiste sur leurs avantages et passe sous silence ou minimise leurs inconvénients. Une approche différente est proposée : informer le patient du danger de risques secondaires, souligner que les inconvénients sont plus importants que les avantages, proposer une coopération patient-médecin dans la recherche d’une diminution des doses sont généralement bien perçus. Déclarer au patient que le médicament ne lui apporte rien est un coup d’épée dans l’eau tout comme lui  montrer qu’on lui simplifierait  la vie en supprimant la prise de ce médicament. Des phrases à utiliser ou à éviter sont suggérées1 après avoir été testées à grande échelle : «  Vous n’allez peut-être pas prendre ce médicament toute votre vie. On va faire un essai et on verra ». « Les symptômes que vous décrivez peuvent-être dus à tel médicament ». Il est bien précisé que cette classification n’a rien de rigide et doit être adaptée à la personnalité de chacun.

Les établissements d’accueil de séniors ont constitué un terrain d’expérimentation inattendu pendant la crise de la covid-19. Le personnel en nombre réduit et surchargé de travail a dû faire des coupes dans les médicaments habituellement prescrits. Dans une étude[1], au total 3247 résidents détenaient 5297 médicaments non essentiels. Les multivitamines étaient les plus susceptibles d'être interrompues, suivies des antagonistes des récepteurs de l'histamine-2[2], des antihistaminiques et des statines. À la fin de la politique de pénurie, 2 897 médicaments  sur 5 297 (54 %) ont été définitivement arrêtés, y compris les probiotiques (73 %), les antagonistes des récepteurs de l'histamine-2 (66 %), les antihistaminiques (64 %) et les statines (45 %). Les caractéristiques démographiques, les troubles cognitifs et fonctionnels étaient similaires entre les résidents dont les médicaments avaient été interrompus et ceux qui avaient continué. Pour la plupart des médicaments, plus de 50 % de l'écart quant à l'arrêt des médicaments s'expliquait par des facteurs liés à l'établissement plutôt qu'au résident.

Les invités de Geripal ne prétendent pas changer les mentalités à court terme mais aimeraient voir une prescription des médicaments moins automatique accompagnée d’une observation sur leur prise éventuellement temporaire dans le cas d’une pathologie chronique. 

D’un coup de baguette magique, le Dr Ariel Green aimerait faire disparaitre l’impression qu’il existe une pilule pour chaque maladie et la remplacer par la certitude qu’un médicament peut être accompagné d’effets secondaires qu’il est préférable d’éviter.

Commentaires de Bernard Pradines. Voici un thème que nous avons déjà abordé ici mais qui mérite redites et insistance. Le temps passé à déprescrire devrait être, pour être schématique, au moins égal à celui de la prescription. En effet deux attitudes extrêmes peuvent s’offrir à nous. Soit l’absence de révision de l’ordonnance par manque de temps et confiance excessive dans le patient. Soit la déprescription massive irréfléchie que j’ai pu observer par exemple à l’entrée en établissement de soins : un « nettoyage » vécu comme un blanchissage. Ici, le temps est nécessaire. De plus la participation des pharmaciens s'est avérée profitable lorsqu’elle a été entreprise. Encore faut-il une coopération féconde entre professionnels.

Sources :

Dr Liz Bayliss professeur de médecine familiale, Dr Ariel Green professeur de médecine, gériatre, Kevin McConeghy spécialisé en pharmacie clinique invités de Geripal animé par Alex Smith MD et Eric Widera MD

Articles publiés par les invités de Geripal cités dans l’entretien :

1  Ariel R. Green, MD, MPH, PhD et al Assessment of Patient-Preferred Language to Achieve Goal-Aligned Deprescribing in Older Adults

2  Elizabeth A. Bayliss, MD, MSPH et al Deprescribing Education vs Usual Care for Patients With Cognitive Impairment and Primary Care Clinicians


[1] McConeghy KW, Cinque M, White EM, Feifer RA, Blackman C, Mor V, Gravenstein S, Zullo AR. Lessons for deprescribing from a nonessential medication hold policy in US nursing homes. J Am Geriatr Soc. 2022 Feb;70(2):429-438.

[2] Médicaments tels que la cimétidine désormais peu utilisée en France.

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