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Un ange passe, cauchemar du visiteur en EHPAD

Publié le par Louis Lacaze

Un ange passe, cauchemar du visiteur en EHPAD

Tout visiteur peut se retrouver à court de sujets de conversation lorsqu’il se retrouve en face d’un résident et cherche désespérément comment rompre un silence qui s’éternise. Les psychologues proposent d’abord quelques bases à connaitre. Pendant une conversation la concentration est fluctuante, l’esprit vagabonde pendant le quart du temps, de courtes pauses sont donc tout à fait normales. On doit savoir interpréter les signes qu’une conversation s’épuise : les pauses s’allongent, il peut y avoir des petits rires artificiels, on reprend des choses dites un peu plus tôt.

Des techniques préventives existent qui demandent moins d’une minute de préparation et qui peuvent améliorer le flux de la conversation. D’abord éviter la question rituelle « comment allez-vous ?». Elle serait déplacée si la personne souffre, et ne peut apporter trop souvent qu’une réponse automatique qui ne débouchera sur rien. Les chercheurs sont catégoriques : une conversation se prépare. Les meilleures questions vont inviter les gens à parler d’eux-mêmes, la nourriture est une valeur sûre, la vie quotidienne, leurs activités passées. Changer fréquemment de sujet, environ toute les minutes, aboutit à une conversation plus satisfaisante.

Soigner la qualité de la parole doit s’accompagner d’une écoute qualifiée de réactive par les spécialistes qui va à la fois vous aider à prêter une attention plus grande aux paroles de votre interlocuteur et l’encourager à poursuivre la conversation. Une bonne écoute doit être ponctuée de réactions montrant que vous êtes attentif et intéressé. On peut paraphraser la phrase entendue, son auteur va confirmer et renforcer son discours. De brèves réactions comme « ah oui ? je vois, pas possible ! » seront aussi très efficaces.

Ne pas essayer de de rattraper un couteau qui tombe. Quand un sujet de conversation s’épuise changer immédiatement de direction, un nouveau sujet n’a pas besoin d’être drôle ou intelligent, simplement différent.  Quelques pistes sont suggérées : Comment occupez-vous vos journées (pas pour un grabataire). Quel est le pire conseil qu’on ne vous ait jamais donné ? ; avez-vous rencontré quelqu’un que vous avez trouvé extraordinaire ? ; à quoi croyez-vous que vous ne pouvez pas prouver ? Notons qu’une certaine subtilité va s’imposer pour aborder un sujet où ces questions paraitront parfaitement naturelles.

 Commentaires de Bernard Pradines. La présence du ou de la bénévole, aussi longtemps que souhaitable et surtout souhaitée par la personne visitée est l'élément qui doit surpasser toute impression de "cauchemar" lié au silence.

Référence :

Texte inspiré de Jancee Dunn The New-York Times  How to Avoid Awkward Holiday Conversation

… Prepping a few talking points … may seem forced, said Alison Wood Brooks, a professor at the Harvard Business School and the author of “Talk: The Science of Conversation and the Art of Being Ourselves.” But [she] found that just 30 seconds of brainstorming ahead of time improved the flow of conversation.

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Je suis pour

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://www.laguiole-french-knives.com/fr/content/9-situer-le-village-de-laguiole-en-aubrac-terre-de-tradition

Image issue de : https://www.laguiole-french-knives.com/fr/content/9-situer-le-village-de-laguiole-en-aubrac-terre-de-tradition

Il vivait là-haut dans le hameau de petite montagne, entouré de moutons, de vieilles pierres et de champs. Georges* se retrouve désormais dans l’EHPAD de la vallée. Il a 96 ans. Nos conversations de là-haut, quand il était sur le pas de sa porte, se poursuivent là-bas sur son fauteuil roulant. A chacun de mes départs, il prononce la phrase rituelle : « quand vous reviendrez, je serai peut-être mort ! ».

Se mêlant à notre conversation, Juliette* échange avec moi quelques mots puis engage une véritable conversation quand Georges rejoint sa chambre. S’enquérant de ma profession passée, elle s’enhardit et me demande ex abrupto : que pensez-vous de la future loi actuelle ? J’entends la question sous cette forme : que pensez-vous de la proposition de loi votée récemment par l’Assemblée nationale connue sous l’appellation officielle euphémisante et inexacte d’aide médicale à mourir ? Avant que j’aie le temps de lui exposer le pour et le contre ainsi que le vecteur résultant que j’en déduis, elle m’affirme avec conviction : « je suis pour ». Je n’ai pas le temps de réagir ; elle développe ses arguments.

« Je suis seule, mon mari et mon fils sont tous deux décédés à quinze jours d’intervalle dans les suites d’un cancer. Quant à ma fille, elle ne veut plus me voir après m’avoir envoyé une lettre d‘insultes, m’accusant d’avoir abandonné son père à un établissement. » Elle n’a pas d’autre enfant. Suit l’inévitable liste de pathologies, traitements et conséquences en termes de perte d’autonomie fonctionnelle dont l’ancien gériatre est toujours bénéficiaire. Elle ne présente aucune douleur physique.

Quand je la quitte, elle me félicite chaleureusement pour l’avoir écoutée.

*Les prénoms ont été changés, les lieux ne sont pas évoqués, les conversations rapportées ont eu lieu en fin mai 2025.

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