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Covid-19, le grand délire des consultations

Publié le par Louis Lacaze

Covid-19, le grand délire des consultations

Tous les médecins ont eu l’occasion de rencontrer des patients gravement contaminés par une mésinformation relative à leur pathologie recueillie dans une presse recherchant le scoop ou sur les forums de sites grand public de vulgarisation d'information médicale.

Brian Southwell, docteur en sciences de communication, anime un atelier dans une université de médecine en Caroline du Nord pour former les étudiants à réagir efficacement face à ces situations.

La diffusion de mésinformations n’a rien de nouveau mais a pris de vastes proportions avec la puissance des médias actuels. Elle répond à la fois à un besoin de découvrir la vérité et de rejoindre un groupe renforçant des certitudes. Si elle suggère un apport de bien-être ou de bonne santé, elle va retenir l’attention et déclencher un désir de la partager[1] en participant à sa diffusion. L’apport d’une touche de surprise, d’originalité, va faciliter sa propagation avec une liberté totale, bien éloignée des comités de lecture des grands journaux médicaux.

Le public recherche un moyen facile de se sécuriser et de rationaliser un évènement préoccupant. Le médecin évitera de se focaliser sur la fausse information et reconnaitra que nous sommes tous vulnérables en ce domaine à des degrés divers. Plutôt que de ridiculiser son patient pour sa naïveté il est préférable de lui demander pourquoi il a retenu cette information, ce qui peut permettre d’ouvrir une voie vers une information plus rationnelle. Comment a-t-il appris la chose ? Que penser de la source ?

Le patient n’est pas venu rencontrer son médecin pour le mettre face à son incompétence mais pour profiter de son expertise. Il doit découvrir par lui-même qu’il se peut qu’il ait tort et non pas se l’entendre dire. La consultation n’apportera peut-être pas une correction immédiate de l’information erronée mais une graine de réflexion aura été semée.

Y croyez-vous ?

Commentaire de Bernard Pradines : difficile de s’y retrouver en ce moment pour qui, même médecin, n’est pas expert dans le domaine considéré ; sans compter les difficultés pour comprendre les études cliniques et surtout l’interprétation de leurs résultats. Méthodologie et statistiques sont devenues si complexes qu’elles doivent bénéficier d’une vulgarisation, y compris dans le milieu professionnel. Ajoutons-y le fait que les données correctement interprétées peuvent être négligées lors des décisions politiques qui tiennent compte d’autres facteurs, eux aussi complexes. Ainsi, la frontière peut sembler floue entre ce que Louis Lacaze nous rapporte comme des mésinformations d’une part et une science qui avance à tâtons d’autre part. Une des suspicions peut porter sur les trop grandes certitudes dans un contexte mouvant. Surtout, la notion de source fiable évoquée ci-dessus demeure un fil conducteur à ne pas perdre de vue.

Source : 

Jennifer Abbasi JAMA. COVID-19 Conspiracies and Beyond: How Physicians Can Deal With Patients’ Misinformation


[1] Le mot « partager » est un anglicisme découlant du verbe « to share ». En fait, il s’agit ici de transmission et non de partage dans le sens habituel du terme. En effet, c’est la totalité de « l’information » qui est communiquée et non une partie.

Publié dans Covid-19, Internet

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Docteur, prenez soin de vous !

Publié le par Louis Lacaze

Docteur, prenez soin de vous !
Docteur, prenez soin de vous !

Les cas de burnout dans la communauté médicale américaine ont toujours atteint un niveau préoccupant avec un chiffre d’environ 400 suicides tous les ans pour se retrouver brutalement au premier plan avec le décès du Dr Lorna M Breen, responsable du service des urgences d’un des plus grands hôpitaux de New-York. Le Dr Green, rescapée du covid-19, souffrait de se sentir impuissante devant l’afflux de malades et leur taux de mortalité élevé. Après avoir suivi un traitement psychiatrique, elle a refusé de courir le risque de voir sa carrière professionnelle porter les stigmates de ce traitement et décidé de mettre fin à ses jours.

Cette réticence du personnel soignant devant les ressources de la psychiatrie a conduit les spécialistes à créer des structures permettant aux différents personnels soignants de voir que leur cas est loin d’être isolé. Des programmes pouvant s’étaler sur huit semaines au rythme de deux heures hebdomadaires permettent des échanges sur internet, des exercices de respiration, de méditation, des conversations avec des confrères spécialistes bénévoles.

L’objectif est de diminuer l’effet de burnout, d’éliminer les pensées suicidaires, de convaincre les soignants que veiller sur la santé de leurs patients implique qu’ils doivent avant tout veiller sur eux-mêmes.  Trop souvent se glisse dans l’état dépressif un sentiment de culpabilité qui peut s’exprimer ainsi : « avec davantage d’exercice physique, un meilleur régime alimentaire, je n’en serais pas là ». Il est suggéré par une lectrice que si le personnel médical ne devait pas consacrer une grande partie de son temps à des tâches administratives, à remplir des formulaires et dossiers, une cause essentielle d’usure disparaitrait. Ce qui suppose une réforme administrative d’une ampleur certaine.

Commentaires de Bernard Pradines : intéressant de savoir que cette consœur s’est suicidée au moins en partie pour ne pas « courir le risque de voir sa carrière professionnelle porter les stigmates de ce traitement ». Ceci a le mérite de pointer le fréquent et incroyable déni des problématiques psychiques dans l’univers soignant. Autrement dit, c’est la réputation du soignant qui est en jeu ici alors qu’une fracture de jambe, même occasionnée par une prise de risque inconsidéré lors des loisirs, n’aura jamais cette connotation dévalorisante. D’où le refus de s’envisager comme ayant besoin d’aide alors que dans le cas de traumatisme physique évoqué ci-dessus, l’intervention d’une équipe chirurgicale et anesthésiste est évidente et incontestable.

Source :

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