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soignants

La fuite des soignants : ce qu’en pense un infirmier expérimenté.

Publié le par René Manteau

Du Moyen âge à nos jours, les établissements de soins pour personnes âgées ont subi de très grands bouleversements. Tout d'abord sont apparues les cours des miracles où étaient regroupés les mendiants, les malades, les "vieux". Ensuite ont été créées les maladreries lors des grandes pandémies de peste et de choléra, essentiellement gérées par des religieuses qui n'étaient pas rétribuées et ne comptaient pas leurs heures de présence auprès des patients. Au début du XX siècle, la sectorisation est effective ; les personnes âgées sont séparées des autres malades et sont recueillies dans des hospices. Ensuite supprimés, ils laissent place à des maisons de retraite divisées en secteurs : chronique et valide. La qualification de long séjour apparait pour des services généralement intégrés dans un centre hospitalier. Ils deviennent par la suite des « soins de longue durée ». Plus tardivement, ce sont de nouveaux services de médecine qui sont inaugurés. Ils sont qualifiés de « courts séjours gériatriques ». Le tout est englobé dans des pôles gériatriques. Dans un même temps les compétences des soignants se sont adaptées aux besoins et aux exigences des patients. Ce qui perdure c'est la foi et le don de soi des soignants à leur noble métier. Cependant les contraintes, le découragement, le peu de reconnaissances et la pression des administrations démoralisent les plus motivés.

Pourquoi cette fuite des soignants des EHPAD ?

- La rémunération insuffisante ne correspond plus à la qualification requise. La gériatrie est devenue une véritable spécialité.  Elle est une médecine pointue du grand âge intervenant sur un immense panel pathologique qui n'a de cesse d'évoluer.

- Le manque à gagner par rapport au personnel exerçant dans le libéral. Le salaire est nettement inférieur et constitué en partie de primes supprimées au moindre arrêt maladie et bien sûr à la mise en retraite.

- Les administrations mènent trop souvent une politique gestionnaire qui va presser, bousculer, voire "maltraiter" les personnels, générant ainsi le "burn out".

- La pérennité de l'emploi n'est plus d'actualité depuis longtemps, contrairement aux idées reçues.

- La liberté relative des libéraux de gérer l'emploi du temps et de n'avoir comme seul interlocuteur que le client.

- Les contraintes financières imposent un rendement qui remet souvent en question la déontologie et les règles de sécurité au détriment des soins et de l‘accompagnement du résident.

- Les exigences des familles ; elles sont aux aguets de la moindre faille dans la prestation fournie, n'hésitant pas à déposer une plainte le cas échéant auprès de l'administration ou des tribunaux. Leur rétribution à l'établissement est trop importante et injustifiée à leurs yeux. Cette situation les encourage à critiquer le personnel, voire à l’acculer. L'état d’esprit des familles a évolué ; elles exigent des prestataires ce qu'elles n'ont  pas été capables de réaliser. Ceci leur permet aussi de soulager leur conscience.

- La perturbation et même la destruction de la cellule familiale provoquée par le rythme de travail (horaires décalés, journées de congés, repos hebdomadaires souvent modifiés). Le personnel doit rester à la disposition de l'employeur et être susceptible d'être à tout moment réquisitionné.

- Le manque d'intervenants est flagrant. Il existe un important déséquilibre entre le nombre de  résidents à accompagner et le personnel nécessaire pour effectuer les tâches. De plus, la gent masculine demeure de nos jours minoritaire, au vu des manipulations et du poids à soulever. Tout ceci a pour conséquences de nombreux accidents de travail entraînant de graves incapacités permanentes. Malgré l'emploi de matériel d'aide à la manipulation, parfois trop rare et fort peu utilisé pour cause de manque de temps, ces pathologies s'avèrent fréquentes.

- Les difficultés d'un personnel épuisé ou démotivé n’obtenant pas, même à l’approche de la retraite, un poste plus adapté à son état ou à sa capacité de travail.

- L'image de la profession est méconnue. Elle est écornée, critiquée, dévalorisée, jugée a tort dégradante et insalubre, corollaire de la peur face à la vieillesse et à la mort. Là résident les fondements d’une certaine répulsion pour ceux qui exercent. Autrement dit, le soignant n’échappe pas à l’image de ceux qu’il soigne. D’où une inéluctable et parfois rapide démission. Il faut savoir que les secteurs gériatriques sont encore utilisés dans certains établissements publics comme un moyen de "mise au placard" disciplinaire pour les agents jugés inadaptés, trop récalcitrants ou contestataires dans un service de soins lorsque le service gériatrique est inclus dans un ensemble plus vaste tel qu’un centre hospitalier.

Avec toutes ces contraintes, il est exceptionnel de constater que l'exercice d'un soignant dans ce secteur de médecine gériatrique n’atteigne et ne dépasse guère les dix années.

 

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Ce n’est pas la douleur mais la détresse existentielle qui motiverait les patients qui sollicitent un suicide assisté

Publié le par Louis Lacaze et Bernard Pradines

Le Dr Jack Kevorkian tient une conférence de presse après s’être emprisonné dans un carcan de sa fabrication avant d’être inculpé par la justice à Pontiac, Michigan, le 14 septembre1995.

Le Dr Jack Kevorkian tient une conférence de presse après s’être emprisonné dans un carcan de sa fabrication avant d’être inculpé par la justice à Pontiac, Michigan, le 14 septembre1995.

Au cours des années 80 et jusqu’en 1990, Jack Kevorkian, médecin canadien, a « aidé » 130 personnes à mourir avant d’être condamné à huit ans de prison pour meurtre « au premier degré ». Le temps a passé et actuellement la Belgique, la Hollande, la Suisse, le Canada  et certains états américains ont légalisé le suicide assisté.

Une question fondamentale se pose : comment une personne fait-elle son choix entre la vie et la mort ?

La conclusion d’une étude canadienne publiée dans The New England Journal of Medecine a pu surprendre : les 74 personnes de l’étude avaient préféré terminer leur vie pour mettre fin à une souffrance psychologique et non physique, même lorsque les soins palliatifs et les fortes doses d’opiacés ne calmaient pas la douleur. Des chercheurs ont utilisé le terme de « détresse existentielle » pour décrire leur cas. En majorité, ils sont instruits, avec une bonne aisance financière, ont réussi leur vie active et tiennent à continuer à prendre eux-mêmes leurs décisions, à ne dépendre de personne. Les chercheurs citent l’exemple d’un brillant intellectuel atteint d’une tumeur au cerveau qui refusait de perdre le contrôle de sa pensée. Des études ultérieures ont confirmé ce désir des patients de continuer à gérer leur vie jusqu’au dernier moment.

 

Commentaires de Bernard Pradines. Certes, il est toujours intéressant d’analyser les raisons invoquées par les individus à l’origine de leurs désirs et comportements. Pourtant, il manque ici la relation avec le monde qui nous entoure, élément essentiel à mes yeux pour comprendre les décisions individuelles, surtout celles qui revêtent la gravité évoquée ci-dessus. Si une société est fondée sur la performance, l’efficience, la rapidité, la vieillesse ne trouvera pas facilement sa place. Ajoutons-y des personnes qui ont été en position dominante tout au long de leur vie et le fossé se creusera un peu plus pour aboutir aisément à … une tombe.

 

Sources

 

Ariana Eunjung Cha  Choosing Death (The Washington Post)

Etudes citées :

 

Madeline Li, M.D., Ph.D. et al  Medical Assistance in Dying — Implementing a Hospital-Based Program in Canada

N Engl J Med 2017; 376:2082-2088May 25, 2017DOI: 10.1056/NEJMms1700606

http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMms1700606

 

MAiD : Medical Assistance in Dying

After Canada legalized medical assistance in dying (MAiD), the University Health Network in Toronto implemented a hospital-based MAiD program. UHN offers a framework for assessing patients for and providing MAiD while respecting the rights of patients and staff.

 

Robert A Pearlman, MD, MPH et al Motivations for Physician-assisted Suicide. Patient and Family Voices

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1490083/

 

Physician-assisted suicide (PAS).

We conducted a content analysis of 159 semistructured interviews with patients and their family members, and family members of deceased patients, to characterize the issues associated with pursuit of PAS.

 

 

Arthur E. Chin, M.D. et al Legalized Physician-Assisted Suicide in Oregon — The First Year's Experience

http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJM199902183400724#t=article

 

The Oregon Death with Dignity Act allows terminally ill state residents to receive prescriptions for self-administered lethal medications from their physicians.1 It does not permit euthanasia, in which a physician or other person directly administers a medication to a patient in order to end his or her life.

 

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