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Nous ne faisons que passer

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://lepressier.com/products/en-garde-messager-tics-langagiers-des-medias-quebecois

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M’intéressant aux témoignages des soignants exerçant à domicile et en établissement, je relève des tics de langage. Ils me semblent en dire long sur les idées et sentiments cachés chez leurs auteurs.

Premier exemple : les intervenantes extérieures ne viennent pas chez une personne à domicile. Elles y passent. Ce verbe « passer » est-il anodin ou reflète-t-il un constat dérangeant : je ne fais que passer car je n’ai pas le temps de rester avec vous ?

Deuxième exemple : les personnels féminins des établissements sont facilement qualifiés de « filles » par elles-mêmes ou leur hiérarchie, plus rarement par les familles. Même si elles ont 40 ou 50 ans ! Loin de moi l’idée de la comparaison pourtant spontanée pour un lecteur non averti avec d’autres « filles ». Non. Serais-je donc une fille de substitution, surtout quand la personne soignée n’a pas de fille ou que celle-ci- est absente ?

A vous de juger.

Publié dans aidants, infirmiers, infirmière

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Moi aussi je l’ai vécu

Publié le par Nanette, infirmière

Image issue du site : https://www.ictjournal.ch/news/2020-03-18/un-des-principaux-fabricants-de-respirateurs-artificiels-est-suisse-et-croule-sous

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Moi aussi, je l’ai vécu. Surtout en réanimation lorsqu'il faut arrêter la ventilation artificielle après les précautions d'usage. Cela fut difficile pour moi voire impossible parfois, surtout chez les enfants.
Avec toute l'équipe soignante, nous avons vécu de nombreux décès ; chaque départ est unique. Nous vivons auprès des patients un vrai dialogue.
Quelques paroles émises par des patients me reviennent à l’esprit avec force. Ils étaient conscients qu'ils allaient mourir bientôt :
 - laissez-moi un peu de temps, je dois parler avec ma petite-fille de huit ans, je vous dirai quand vous pourrez augmenter les médicaments contre la douleur.
- un grand-père attendait la naissance de sa première petite-fille. Il est décédé après l’avoir vue. 
Combien de décès plus ou moins difficiles sont gravés dans la mémoire des soignants !
J’ai entendu plusieurs fois dire : « vous êtes devenue insensible à la mort », et pourtant c'est une épreuve pour tout soignant qui accompagne les patients en fin de vie.
Si je puis me permettre une analyse personnelle, je ne pourrai pas être soignante dans un temps donné et programmer dans un autre temps la mort d'un autre patient. Par contre, je suis entièrement d'accord pour utiliser tous les moyens mis à notre disposition pour soulager les symptômes pénibles dont souffre le patient. C’est bien en ce sens que j'ai suivi l’enseignement d’un diplôme d’université sur la douleur.
La maladie grave permet aux patients et aux accompagnants de se préparer à l'ultime départ.
Je l'ai également vécu il y a longtemps dans mon environnement familial. Tout récemment, on a demandé à mon neveu s’il avait écrit ses directives anticipées. « Non », il vivait avec la perspective de sortir de l'hôpital et de partir en voyage.  Il leur fallut du temps, à lui et à son épouse, pour réaliser que le départ était proche. 
A mon modeste niveau, j'essaie d’engager la réflexion autour de moi à propos de cette loi prochaine de mort assistée. L’opinion et les sentiments des soignants devraient être connus et bien écoutés dans cette période précédant une telle décision.
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