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Fin de vie : ma contribution au débat

Publié le par Vincent Ronca, directeur d’EHPAD

GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO

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Je dirais aujourd'hui que jamais ce sujet n'a été aussi important depuis que la médecine a fait des progrès. Durant toute l'histoire de l'humanité, l'agonie était considérée comme un stade normal des derniers instants de la vie. Elle ne connaissait alors que deux remèdes : la mort brutale donnée par un tiers, ou bien la prière. Le premier est aujourd'hui puni par la loi et le second est en voie de disparition. Pour le grand public, la solution ne peut se trouver que dans les progrès de la médecine avec une volonté d'abréger la vie. La difficulté d’aujourd'hui, c’est qu'un grand nombre de personnes ignore que les progrès de la médecine peuvent permettre un accompagnement de l'agonie plutôt que son abrogation. 

Dans le cadre de la fin de vie, je ne parle ici que de l'agonie, et pas des autres aspects. Je pense que c'est elle qui effraie le plus aujourd'hui nos contemporains. La spiritualité permettait, lorsque les religions étaient plus répandues dans les sociétés, de mieux accepter cette phase. La sédation profonde me semble être aujourd'hui une solution qui devrait rassurer. Pourtant, d'un point de vue idéologique, il s'agit d'une demi-mesure : le malade est vivant, mais n'existerait plus. C'est une situation qui déconcerte. Particulièrement dans une société où le temps doit nécessairement être comblé par des actions. La sédation profonde peut être considérée comme une inaction, alors que l'euthanasie, non : elle est une aide « active » à mourir. C'est mal connaître le travail réalisé par l'équipe qui accompagne la sédation profonde. Je pense que c'est pour cela que l'euthanasie est autant plébiscitée : il y a de l'action et cela est visible à brève échéance. Il est aussi plus facile pour l'entourage d'entrer dans la phase de deuil.

La question aujourd'hui est donc de savoir si la médecine doit s'adapter à l'opinion publique, qui s'éloigne de la spiritualité et souhaite des actions visibles et rapides, ou bien c'est à l'opinion publique de s'informer sur les progrès de la médecine et de comprendre que le "temps long" peut être aussi source d'apaisement. Personnellement, j'aurais tendance à dire que nous devons respecter la vie et lui laisser le temps de faire son chemin.

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Un bavoir ou une serviette

Publié le par Marie-Christine Montandon

Image issue de : https://tinyurl.com/2unfjjb5

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«Pourriez-vous me donner un bavoir pour donner à manger à maman ?»

«Ah ! Vous voulez dire une grande serviette !»

Comme chaque dimanche, madame vient «donner à manger à sa mère», quand nous préférons dire «l'aider au repas». Nous sommes parfois gênés par des mots. Mais, finalement, les mots ont-ils une importance ?

Un bavoir est une protection vestimentaire, constituée d'un tissu généralement coloré sur la face antérieure et d'un revêtement plastifié sur l'autre face, du côté du corps. Cet accessoire a pour fonction de protéger les vêtements lors de la prise alimentaire. Il contribue à la convivialité du moment que représente le repas, en permettant à des personnes présentant des difficultés à effectuer les gestes de la vie quotidienne comme porter les aliments à la bouche avec des couverts, de garder leur indépendance en mangeant seuls. Comme les troubles gestuels sont souvent associés à des troubles de la déglutition, la manœuvre est encore plus périlleuse lorsqu'il s'agit de s'alimenter avec une texture modifiée de type purée. Ainsi, grâce à cette protection, les vêtements sont censés ne pas présenter de souillures en fin de repas.

Différents objectifs sont ainsi atteints. Il n'est pas nécessaire de changer les vêtements des patients/résidents, de façon systématique, après chaque repas. Ceci contribue au confort de personnes dont la mobilité est souvent laborieuse, facilitant également le travail des soignants et permettant de diminuer la charge de travail du service de lingerie. L'objectif est de garantir la propreté vestimentaire. Cette action n'est pas sans conséquence puisqu'elle permet non seulement de redorer l'image de soi, l'estime que les patients/résidents ont d'eux-mêmes, mais a également pour effet de changer le regard que les proches et les visiteurs portent sur eux.

Il n'en reste pas moins que nous continuons de nous interroger sur son usage et par conséquent, sur la problématique du respect de la dignité. Celle-ci est-elle ainsi mise en cause ? Un objet considéré comme infantilisant peut-il devenir un objet d'usage commun et adapté aux personnes âgées ?

Au minimum, l'installation de cette protection nécessite douceur et attention. Le geste doit être expliqué avec des mots simples, un ton calme, notre regard croisant celui de notre interlocuteur. L'intention doit être bonne. Le respect prend alors place dans les gestes et les mots qui l'accompagnent. Ainsi, avant le repas, doit-on privilégier le «puis-je installer votre bavoir ?» ou le «puis-je vous installer votre serviette ?». Quelle importance prend la formule ?

Ne s'agit-il que d'une histoire de mots ?

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