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Démence et mensonge. Où est la ligne rouge ?

Publié le par Louis Lacaze

Démence et mensonge. Où est la ligne rouge ?

La vieille dame, âgée de 90 ans, veuve, atteinte de la maladie d’Alzheimer, exige de pouvoir aller à la rencontre de son mari en retard. Si on lui dit qu’il est mort, elle est submergée de chagrin. L’infirmière lui dit que son mari est en retard et tente de la distraire.

Tous les soignants et accompagnants de personnes atteintes de démence ont rencontré des situations identiques et se sont interrogés sur le bien-fondé de l’utilisation de mensonges, soit énoncés verbalement, soit relevant de la rétention d’information.

Pour certains, «le mensonge thérapeutique» peut se justifier s’il peut combattre l’anxiété, l’agitation du patient, lui permettre d’accéder à un certain état de bien-être. Sa dignité est respectée puisqu’il n’est plus en état de distinguer le vrai du faux. Un mensonge thérapeutique ne vise pas à exploiter le patient mais à le soulager. Il serait contestable s’il ne visait qu’à simplifier la vie de l’aidant sans apporter quoi que ce soit de positif au patient.

Pour d’autres, toute forme de mensonge est à proscrire. Kant est cité, pour qui le mensonge, fondamentalement répréhensible, est à la source du mal. Mentir revient à agresser la personne à qui vous parlez, à nier son autonomie. Donc mentir à une personne même démente, revient à nier qu’elle reste un être humain dont on doit respecter la dignité. La priver de cette dignité lui fait courir le risque de ne plus recevoir que des soins de second ordre.

En pratique on peut noter que la plupart des aidants éprouvent de la gêne à mentir à leurs proches avec qui ils ont établi depuis des années une relation basée sur le respect, l’amour, la confiance. Puis devant les cas de démence avancée ils acceptent “d’adapter” la vérité, pour soulager une personne qui souffre, calmer son anxiété, et en même temps se protéger de la dépression et de l’épuisement qui les guette.

Une équipe de chercheurs dirigée par le Dr James propose une série de recommandations dont voici l’essentiel :

1 – On ne peut mentir que dans l’intérêt du patient avec l’intention de lui apporter un soulagement.

2 – Tous les intervenants doivent s’accorder sur un mensonge. Ce mensonge sera ensuite repris par tous.

3 – Chaque cas est particulier. Les avantages et les inconvénients d’un mensonge devront être pesés pour chaque situation.

4 – Les familles et l’administration devront être informées pour apporter une certaine protection juridique aux soignants.

5- Les cas où le recours à des mensonges ne peut s’envisager doivent être définis.

6 – Le mensonge ne devra en aucun cas conduire à un manque de respect du patient, à une diminution de la qualité des soins.

7 – Le personnel soignant devra recevoir une formation spécifique lui indiquant les problèmes potentiels susceptibles d’accompagner un mensonge ainsi que les stratégies alternatives et les cas où le recours au mensonge est formellement déconseillé.

Sources :

A. Wood-Mitchell, A., Waterworth, A.M., MacKenzie, L.E. and Cunningham, J. (2006) Lying to people with dementia: developing ethical guidelines for care settings. International Journal of Geriatric Psychiatry, 21, 800-801

et sur le même sujet le bref résumé d’une autre étude publiée par Pubmed :

Dr M Schermer

Publié dans Alzheimer, éthique

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Virage ambulatoire : sortie de route ?

Publié le par Bernard Pradines

Image issue du site : http://www.lequipevip.com/

Image issue du site : http://www.lequipevip.com/

La nouvelle manière de soigner est désormais dominée par l’obsession de l’ambulatoire. Ce dernier mot trouve son étymologie dans le mot latin ambulatio (onis) : la promenade.

En fait de promenade, il s’agit de revenir le plus vite possible d’un séjour médical ou chirurgical dans un établissement de soins. Cette tendance relève d’une volonté de faire des économies en santé. Elle se traduit par la valorisation de l’acte technique et non de la durée de l’hospitalisation. En effet, la durée de séjour est coûteuse car seuls les actes sont tarifés en faveur de l’établissement. Exemples : une cholécystectomie par cœlioscopie ne nécessite plus qu’une journée d’hospitalisation contre une dizaine au début de ma carrière, la cure d’un kyste sacrococcygien peut être réalisée avec un séjour d’une journée et de la nuit lui succédant.

Fort bien chez des patients jeunes en parfaite santé ou bien pour des personnes âgées non isolées et en bonne forme, surtout si l’intervention est bénigne. Bien vrai qu’un temps d’hospitalisation court est plutôt une bonne chose pour des personnes ayant besoin de leur « chez soi » pour retrouver rapidement leurs repères. Pourtant, la situation actuelle est en train de dériver. Sous prétexte de rattraper un retard sur d’autres nations dans ce domaine, la prise de risque est en train de s’accroitre. Exemple : sortir un samedi matin sans assurance de trouver les dispositifs nécessaires en pharmacie ou encore d’être surveillé efficacement. Sans parler de pouvoir être aidé immédiatement pour tous les actes de la vie quotidienne si l’on n’est plus capable de les assumer. Ce qui est souvent le cas chez les personnes âgées en phase postopératoire.

Publié dans éthique

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