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Les leçons de l'excellence en médecine du grand âge. Le replay du 5 avril 2022

Publié le par Bernard Pradines

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Lorsque l’avenir est sans espoir, le présent prend une amertume ignoble (Zola)

Publié le par Louis Lacaze

Lorsque l’avenir est sans espoir, le présent prend une amertume ignoble (Zola)

Entretenir l’espoir de guérison d’un patient ou du moins celui de l’amélioration de son état ne présente aucune difficulté aux yeux du médecin dans les cas de pronostics favorables. Par contre dans les cas inverses il peut avoir tendance à retarder le moment d’annoncer la communication d’un message qu’on prévoit difficile à accepter. Doit-il amener le patient à abandonner des espoirs illusoires pour qu’il puisse prendre des décisions réalistes et courir le risque de le voir s’effondrer totalement ?

Espérer c’est désirer quelque chose qui apparait comme réalisable. Or les espoirs peuvent être contradictoires et incompatibles avec l’état du patient. Ils peuvent aussi être fluctuants, passer de vivre le plus longtemps possible à souffrir le moins possible. Si des études montrent qu’espérer s’accompagne d’un meilleur état physique et mental, d’autres ont souligné qu’un optimisme irréaliste empêchait le patient de prendre des décisions correspondant à son état de santé et pouvait l’inciter à opter pour des traitements inutilement agressifs, réclamer à la fois la prolongation de la vie et le soulagement de la souffrance.

L’approche suggérée consiste à demander au patient d’exposer ses attentes en s’abstenant de déclarer que certaines sont irréalisables. Elles serviront de plateforme de départ pour un jeu de questions visant à une production de nouveaux espoirs, la réflexion du patient sera orientée vers les plus réalistes.

Le praticien doit garder en mémoire que l’espoir est protecteur, pour ne pas dire indispensable. Qu’il est fluide, fragile tout en étant persistant. Le but recherché sera d’amener le patient à concilier la présence d’espoirs irréalistes et l’acceptation de l’inévitable ainsi qu’à se découvrir des espoirs plus positifs. Cette démarche exige du temps, de la patience.

Commentaires de Bernard Pradines. Je souscris complétement à l’idée que l’espoir est sous-estimé en général par les entourages des patients gravement atteints. Je m’explique. Si Elisabeth Kübler-Ross a décrit ses fameux stades du mourir cités à foison, l’espoir qui traverse toute la période est presque toujours oublié. Autre exemple : celui qui, dans son EHPAD, rêve à voix haute de revenir à son domicile ou de recevoir une improbable visite de ses proches peut se voir opposer un « recadrage » réaliste. Si c’est sous la forme d’idées délirantes que se manifeste ce sentiment, la tentation sera d’autant plus forte de le faire « revenir sur terre » en croyant lui rendre service. L’idée que chacun a une vérité et non la vérité est un long apprentissage indispensable pour l’accompagnement des malades âgés, en particulier de ceux qui souffrent de troubles cognitifs. Après tout, lectrice, lecteur, n’avez vous jamais eu des rêves de jeunesse ou de ce moment qui ne se sont jamais réalisés ? Qu’avez-vous pensé de celles et de ceux qui vous ont ôté vos illusions ?

Sources :

Publié dans fin de vie, formation, éthique

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