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Quand on voit tout en gris

Publié le par Louis Lacaze

Quand on voit tout en gris

Les publications américaines peuvent nous surprendre de temps à autre par l’emploi d’un vocabulaire nouveau qui peut désorienter les lecteurs non anglophones. « Languishing », traduit en français avec plus ou moins de bonheur par apathie, mal-être, langueur, abattement, perte de l’élan vital, anxiodépression désigne un sentiment de stagnation, une absence de bien-être, une impression de vide. « Ce n’est pas un burn-out, on a encore de l’énergie, ce n’est pas une dépression on n’est pas dépourvu d’espoir, on se sent simplement triste, on avance sans avoir de but précis » a écrit Adam Grant professeur universitaire de psychologie.

Les effets de cet état sont insidieux : on ne remarque pas qu’on perd ses centres d’intérêt, son dynamisme, qu’on plonge progressivement dans la solitude. Par conséquent on ne va pas chercher à réagir ou à rechercher l’aide proposée par les psychologues.

Ils suggèrent de décider d’effectuer des actions valorisantes régulièrement qui peuvent aller de sortir la poubelle plus souvent ou apporter une aide à une personne en difficulté. Il est essentiel de se découvrir de nouveaux centres d’intérêt, intégrer un groupe permettant de communiquer avec autrui. Choisir une activité en se fixant un objectif à sa portée apportera le plaisir de réussir. S’occuper d’une plante d’appartement va impliquer des soins d’entretien à apporter. L’effet bénéfique de l’exercice physique, particulièrement en groupe, va protéger d’un glissement vers la dépression et sera valorisant en permettant à chacun de mesurer les progrès accomplis.

La covid-19 avec ses montagnes russes nous contraint à nous interroger sur les risques encourus par notre état mental. Ne pas se sentir déprimé ne signifie pas que nous évoluons dans un bien-être absolu, donc pourquoi ne pas s’intéresser aux suggestions des psychologues sur un plan non pas curatif mais préventif ? Par ailleurs, il se peut que nous remarquions près de nous une personne présentant les caractéristiques du mal-être, pourquoi ne pas l’aider à sortir du tunnel ?

Commentaires de Bernard Pradines. Louis Lacaze pointe à juste titre les difficultés liées à la traduction des termes anglais qui est devenue la langue internationale de référence en matière scientifique et médicale. Au point que les auteurs français publient de plus en plus souvent un article dans des revues anglophones sans en avoir proposé une version française ! Cet obstacle est compliqué par des définitions parfois différentes de termes apparemment faciles à traduire.

De plus, le contexte dans lequel le mot est employé peut en changer le sens et les conséquences. Par exemple, faire le diagnostic différentiel entre dépression et apathie lors du diagnostic ou du suivi d’une maladie d’Alzheimer revêt une importance quant aux stratégies thérapeutiques, médicamenteuses et non médicamenteuses à proposer. De manière plus générale, différencier la dépression de la tristesse ou de l’ennui évitera de « laisser passer » une dépression authentique. Quant à la prévention en matière de santé mentale, elle mériterait en effet considération. Notre temps bouleversé est juste incapable de traiter tous les troubles mentaux constitués tant ils sont nombreux et les ressources spartiates.

Sources :

At first, I didn’t recognize the symptoms that we all had in common. Friends mentioned that they were having trouble concentrating. Colleagues reported that even with vaccines…, they weren’t excited about 2021. It wasn’t burnout — we still had energy. It wasn’t depression — we didn’t feel hopeless. We just felt somewhat joyless and aimless. It turns out there’s a name for that: languishing.

With vaccination rates on the rise, hope is in the air. But after a year of trauma, isolation and grief, how long will it take before life finally — finally — feels good?

The year 2021 was one of emotional whiplash. There was anticipation for vaccines, followed by confusing rollouts…, only to find new variants, a tumultuous news cycle and widespread confusion around the bend.

Our exercise habits may influence our sense of purpose in life and our sense of purpose may affect how much we exercise, according to an interesting new study of the reciprocal effects of feeling your life has meaning and being often in motion

 

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Qu’est-ce que la mort ?

Publié le par Louis Lacaze

Le Dr BJ Miller lors d’une conférence. Source : https://www.ted.com/talks/bj_miller_what_really_matters_at_the_end_of_life

Le Dr BJ Miller lors d’une conférence. Source : https://www.ted.com/talks/bj_miller_what_really_matters_at_the_end_of_life

L’épidémie de covid-19 a montré qu’accepter la mort des autres ne soulevait pas forcément d’interrogations autres que de s’en préserver soi-même. Par contre, chercher à définir ce que pourrait être la nôtre n’est pas évident. Un fait, un événement, un mot ? Devant un évènement qui nous menace, nous avons conservé les réflexes du genre animal auquel nous appartenons : nous battre, fuir, ne pas bouger.

Définir la mort en écartant toute empreinte de notre culture aboutit à un ensemble de considérations négatives : plus de pouls, plus de respiration, un cerveau qui ne fonctionne plus. Mais ce n’est pas la fin du corps : il continue de se transformer au niveau moléculaire, il deviendra de l’herbe, un arbre, des molécules dans l’air. Les gènes auront déjà été transmis aux générations suivantes. La décomposition est devenue création.

Chacun de nous peut avoir sa propre définition de la mort. Se retrouver seul, dernier membre d’une famille, être dément, incontinent, ne plus pouvoir lire, quand la médecine curative ne peut plus rien pour vous. Aux yeux du Dr BJ Miller, la mort est une force qui vous permet de découvrir ce que vous aimez et de vivre pleinement votre passage sur terre. Elle vous montre que tout en étant limité, vous faites partie d’un vaste ensemble dont vous ne serez pas totalement effacé.

Commentaires de Bernard Pradines. Très vaste préoccupation ancienne de l’humanité toute entière, voire du reste du monde vivant dont nous soupçonnons les craintes sans bien les connaitre. Un thème rarement évoqué en bonne société tant il convoque et conjugue deux appels au silence : l’évidence et la peur.

Qu’en savent les médecins ? Pas davantage que le commun des mortels, c’est le cas de le dire. Tout au plus sont-ils des témoins privilégiés de la fin de la vie. Le sujet est abordé essentiellement par le biais des religions et des philosophies. Intéressant de lire le texte ci-dessus avec ses références et non sous l’angle médical qui ne fournirait en tout cas aucun outil pour l’envisager.

La définition de la mort par le négatif de la vie est en soi une représentation parmi d’autres. Je ne suis pas sûr que celle-ci ne soit pas « empreinte de notre culture ». Comme celle qui oppose la vie à la mort. Ou encore celle du froid et de la nuit chers à Baudelaire mais pas davantage vérifiée que les flammes de l’enfer. Ou encore celle qui la nie à travers une nouvelle vie abstraite ou réincarnée. La phrase évoquant nos molécules résiduelles renvoie à une conception philosophique matérialiste qui perçoit l’âme comme constituée de matière indissociable du corps, un monisme qui s’oppose au dualisme classique âme-corps de nos traditions religieuses occidentales. N’évoquant pas la vie comme un ensemble de relations précises entre les constituants de la matière, l’auteur présente ici la version optimiste de cette philosophie, celle de la permanence et de la pérennité des composants atomiques de notre âme-corps : rien ne se perd, tout se transforme[1]. Mieux, les progrès de la génétique apportent de l’eau au moulin du désir de perpétuation de soi au point que la transmission de la vie et même la décomposition deviennent créations. Une espérance ancienne mais oubliée, digne de la quête immémoriale de survie de l’humanité.

Au fond, en lisant cet auteur, je pense à nos préoccupations nouvelles pour la nature et la planète ainsi qu’à la conscience croissante que notre sort est lié à elles. Alors perle le concept de transition, de passage sur terre qui positive le sens de notre vie. Une spiritualité non religieuse qui partage avec les religions à la fois l’âme et l’espoir. Ainsi, en ce domaine, tout devient contingent. Des bénévoles en soins de longue durée m’ont fait jadis un joli cadeau dont je suis fier au point de vous en faire connaitre  une copie privée ci-dessous : un tableau qui conjugue des cultures africaines et européennes. Quand il me fut remis, je fus qualifié de « passeur » ; un rôle dans un « passage » que je n’avais jamais perçu comme tel. Une représentation qui évoque celui qui accompagne le patient sur l’autre rive, une sorte d’expéditeur en somme.


[1] « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau » https://tinyurl.com/5cdbs8ps

Copie privée. Tous droits réservés. B. Pradines

Copie privée. Tous droits réservés. B. Pradines

Sources :

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