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Une petite idée du défi

Publié le par Bernard Pradines

Une petite idée du défi

Malgré des petites lumières qui s’allument dans la nuit, la maladie d’Alzheimer et les autres troubles neurocognitifs majeurs (TNCM) restent hors de portée curative pour longtemps. Les anticorps monoclonaux ne nous sortiront pas sitôt d’affaire. En attendant, il convient de mesurer le défi qui s’offre à nous. Pour ne prendre qu’un exemple, celui de l’interférence entre déambulation et prises de repas, relisons un extrait des recommandations de septembre 2024 dont nous avons déjà fait état :

« La déambulation et les comportements moteurs aberrants sont sources de difficultés de prise des repas car le patient va se relever avant d’être servi ou se lever en cours de repas. Il est possible :

• d’installer le patient en dernier à table, alors que les autres convives sont déjà attablés

• de servir immédiatement sans temps de latence

• d’enchainer les plats rapidement

• de prévoir la présence d’un aidant naturel ou professionnel tout le temps du repas

• de signifier au patient lorsqu’il se lève que le repas n’est pas terminé, que le plat suivant arrive ou de lui montrer son assiette non terminée

• de laisser le patient déambuler puis de lui proposer de s’assoir à nouveau

• de ne pas maintenir le patient assis contre son gré ce qui sera source de frustration et de colère

• de proposer une collation sous forme de sandwich que le patient pourra consommer sans passer à table »

Et ce n'est pas tout : voir le chapitre en question dans les recommandations. 

Référence : https://sfgg.org/media/2024/09/SFGG-def-2024.pdf

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Confiance dans les médecins : l’érosion

Publié le par Bernard Pradines

Image issue de : https://oraedes.fr/Kirjasto/Pages/Encyclopedie/Personnalites/Personnalites_Hippocrate.php

Image issue de : https://oraedes.fr/Kirjasto/Pages/Encyclopedie/Personnalites/Personnalites_Hippocrate.php

De nombreux indices laissent penser que la confiance dans les médecins a tendance à s’éroder. Il est vrai qu’ils ne sont plus facilement accessibles comme autrefois. Les délais d’attente avant un rendez-vous se sont allongés quand l’on n’est pas simplement dépourvu de médecin. En établissement aussi, le libre choix du médecin est devenu moins fréquent car le développement du travail en équipe s’est accentué ; par exemple, vous verrez un anesthésiste en consultation et un autre vous endormira. De manière apparemment paradoxale, la proposition française de loi sur le suicide médicalement assisté et l’euthanasie donne un pouvoir inédit aux médecins : celui de décider et/ou d’administrer une substance mortelle.

Si les médecins méritent notre confiance dans l’immense majorité des cas, force est de constater qu’ils sont des êtres sociaux comme tous les citoyens. Ainsi, même s’ils se croient trop souvent neutres, ils sont traversés par les idéologies de notre époque. Quand l’éthique cède le pas devant la loi, le danger se précise. Certains d’entre eux sont étroitement légalistes ; ils sont souvent issus de catégories sociales relativement favorisées. Cette « image inversée » perdure avec les nouvelles générations d’étudiants en médecine : de l’ordre de 45 % d’enfants de cadres supérieurs et de 5% d’enfants d’ouvriers[1]. Ceci ne les porte pas spontanément, dans leur ensemble, vers la contestation des injustices de notre société. Issus fréquemment de milieux conservateurs, ils risquent de considérer que la société est bien faite et qu’il convient de s’y conformer. Comme médecin, anesthésiste-réanimateur puis gériatre, j’ai pu être conseillé dans le sens d’en finir avec certains types de malades. J’ai vu pleurer des infirmières au souvenir de ce qu’un médecin leur avait demandé de faire. Certains médecins sont sensibles au fait de devoir « faire une place » pour les entrants.

Dans mon cursus d’études médicales, pas un mot sur l’utilisation des médecins dans les divers eugénismes qui ont traversé l’histoire. La formation des médecins aux soins palliatifs concernait une petite minorité d’entre eux.

C’est pourquoi, entre autres raisons, après avoir pesé le pour et le contre, je suis opposé à la proposition de loi Falorni qui entérine l’adaptation de la médecine française aux impératifs de la société dans sa tentation néolibérale explicite : le fardeau des improductifs est trop lourd pour notre économie. Au lieu d’investir massivement dans les soins palliatifs, spécialité contestée, il s’agit d’une offre d’en finir pour soulager la famille et la société bien davantage que le patient.

Les médecins auront-ils conscience de leur instrumentalisation contraire à leur éthique multimillénaire ? L’avenir nous le dira.

 

[1] Autre source : 47 % des étudiants en santé (université, hors paramédical) ont des parents cadres/professions intellectuelles supérieures, contre 11 % employés et 7 % ouvriers.

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