La presse nous montre parfois une centenaire fêter son anniversaire un verre à la main. Champagne ou verre d’eau ? Un doigt de champagne n’est pas impossible, parfois accompagné d’une cigarette, la centenaire ne veut en rien modifier des habitudes qui l’ont conduite à un âge aussi avancé. Il est donc permis de s’interroger sur l’efficacité des conseils traditionnels sur la consommation d’alcool, l’usage du tabac, une alimentation saine, une pratique d’exercice physique suffisante.
Dans leur majorité, les scientifiques pensent que mener une vie saine permet d’ajouter dix ans de plus à notre espérance de vie moyenne et d’espérer raisonnablement pouvoir atteindre 80 ou même 90 ans. Toutefois, à l’approche de cent ans, le tableau est inversé : de nombreuses études montrent que souvent ces personnes n’ont pas un mode de vie différent de celui de la majorité de leurs concitoyens, qu’ils présentent des taux plus faibles de problèmes de santé accompagnant l’âge : pathologies cardiaques, cancers, démences. Si leur longévité ne peut s’expliquer par leur mode de vie peut-elle être due au facteur chance, à des gènes particuliers ?
Le gène APOE 2 est connu pour se rencontrer chez les personnes très âgées et pour réduire le risque de maladie d’Alzheimer tandis que APOE4 l’augmente. D’autres gènes peuvent être impliqués dans le ralentissement du processus de vieillissement comme FOXO3 rencontré dans plusieurs études de centenaires. Ce gène et d’autres mal connus pourraient annuler les effets d’un comportement malsain et favoriser la longévité.
Il apparait que ces gènes protecteurs ne se rencontraient probablement que dans moins de 1% de la population. Les posséder relève du facteur chance, de l’hérédité, du hasard de la loterie ou des jeux de casino. Demander à un centenaire de vous prodiguer des conseils ne servirait à rien, il ne reste plus qu’à se rabattre sur le mode de vie le plus sain possible.
Commentaires de Bernard Pradines. Nous sommes au début de l’abord de la complexité génétique dans l’espérance de vie (plutôt que la longévité) et même dans la compression de la morbidité au très grand âge,,,. Focalisés à juste titre sur les facteurs dits modifiables dans l’environnement et dans les comportements, nous commençons seulement à documenter le rôle de la génétique, bien que soupçonné depuis bien longtemps. Ces données ne sont pas un simple détail. Comment motiver les populations à modifier leur environnement et leurs comportements si nous ne comprenons pas mieux les limites qui nous sont imposées par la génétique ? Concrètement, par exemple, à quoi me sert de ne pas abuser de substances toxiques si mon voisin centenaire a fumé et bu plus que de raison pendant toute sa vie ?
Référence :
Dana Smith The New-York-Times
What Matters More for Longevity: Genes or Lifestyle?
When Dr. Nir Barzilai met the 100-year-old Helen Reichert, she was smoking a cigarette. doctors had repeatedly told her to quit. But those doctors had all died, Mrs. Reichert noted, and she hadn’t.