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Performance : le défi

Publié le par Bernard Pradines

Performance : le défi

Un défi de notre société est celui de la performance. Performance sportive considérée et présentée comme la réalisation du sacrifice et du résultat. Une admiration de l’exploit. Performance intellectuelle avec toutes sortes de récompenses aux plus méritants. Performance sociale et économique en étant le meilleur, voire le killer qui terrasse ses concurrents. Maintes fois répétée au point de pouvoir lasser, la distance ainsi créée et entretenue avec le grand âge ne peut pas laisser nos ainés indifférents car ils sont inévitablement considérés comme diminués sous cet angle.

Les exemples sont nombreux. Je souhaite aujourd’hui n’en citer qu’un seul.

Ayant acquis il y a six ans un vélo à assistance électrique, quelle ne fut pas ma surprise, à plusieurs reprises, d’entendre des commentaires désobligeants de personnes rencontrées sur mon passage. 

Ne sachant rien de moi et de mes éventuelles pathologies ou handicaps, les badauds indélicats raillent le tricheur qui s’aide d’une batterie électrique et ne fait pas l’effort conventionnel de n’utiliser que la force de ses muscles.

C’est dit-on dans les détails que se dissimule le diable. Ajoutons-y les automatismes socioculturels plus ou moins conscients qui nous poussent à une nouvelle morale du bien et du mal sans s’interroger plus avant. Le chemin sera long vers la compréhension et la tolérance. A nous, familiers de la fragilité humaine, d’y encourager tous nos contemporains.

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Le réapprentissage de l’écoute

Publié le par Louis Lacaze

Le réapprentissage de l’écoute
Le réapprentissage de l’écoute

Contrairement à l’usage, les commentaires de l’article du New-York Times sont placés ici en tête d’article.

La médecine s’est hyperspécialisée. Le médecin risque de voir un œil, un cœur, mais de ne plus voir la personne. Certains soins médicaux sont devenus du travail à la chaine comme à l’usine. Que le médecin généraliste soit moins bien payé illustre bien cette inversion des valeurs.

Le médecin me prend pour un demeuré. Il ne sait rien de moi, m’expose pendant 90% de la durée de la consultation des choses que je sais déjà et si je l’interromps, il est contrarié.

La formation initiale des médecins accorde de plus en plus de place aux cours de médecine narrative, aux techniques d’un entretien.  L’idée n’est pas neuve. Les médecins de famille sont-ils une espèce survivante ? Ils traitaient plusieurs générations et savaient pratiquement tout de leur vie. L’usage s’est perdu parce que nous connaissons les questions à poser : nous avons une checklist des symptômes. Pourtant  nous avons devant nous un être humain et non une collection de symptômes.

Etablir une relation authentique patient-médecin n’exige pas de longs entretiens. Elle peut s’envisager avec des contacts à distance, avec Zoom par exemple, pour garder le contact avec un patient vulnérable. Les deux participants sont à égalité, l’écoute attentive, le débit plus lent. Un médecin a pu établir un meilleur contact avec une patiente irascible après l’avoir photographiée cramponnée à la rampe d’un escalier à la fin de sa visite. Elle a compris qu’elle avait de l’importance à ses yeux et son comportement s’en est trouvé modifié. En s’exprimant librement auprès de son médecin le patient s’implique personnellement dans le traitement.

Des hôpitaux américains rétribuent des écrivains professionnels qui rédigent une biographie des patients qui est ensuite jointe au dossier médical. D’autres établissements prévoient un entretien avec le patient avant que ne soit abordée la partie clinique.

Des études ont montré que des patients souffrant de douleurs chroniques étaient soulagés avec l’intervention de la médecine narrative et avaient une plus haute opinion de leur médecin. De leur côté les médecins qui leur demandaient de s’exprimer étaient plus satisfaits de leur vie professionnelle et moins sujets aux cas de burnout, fréquents pendant les vagues majeures de la Covid-19.

L’article du New-York Times se termine par la mise en garde d’un praticien : les médecins peuvent être remplacés par des ordinateurs s’ils pensent que leur rôle se limite à distribuer des médicaments. Si nous ne voulons pas allonger  la liste des espèces disparues, nous devons établir une relation dynamique avec nos patients en replaçant les symptômes dans l’univers de leur vie.

Commentaires de Bernard Pradines. La situation actuelle de pénurie en médecins dans nombre de pays dits développés conditionne aussi l’écoute souhaitée. Règle non écrite dans certains endroits, non étudiée, non publiée, si on limite  la consultation à 15 minutes et à une seule plainte, il parait difficile d’avoir toujours un entretien dont le patient ressortira satisfait. Ainsi, l’exercice de la médecine est-il  déterminé par les conditions réelles à un moment donné. Cette publication a le mérite de nous rappeler ce qui devrait être constant à défaut de l’être. En France, les généralistes souffrent d’un déficit d’image au profit de celle des spécialistes, bien des patients attendant de leur généraliste qu’ils les confient au… spécialiste. Par ailleurs, les généralistes  peuvent redouter l’arrivée d’infirmières ayant des prérogatives élargies.  Ainsi peuvent-ils se sentir « coincés»  entre deux catégories d’intervenants. Ceci les amènerait à une pratique redoutée de simple prestation de service dont la rédaction de certificats médicaux qu’il convient de ne pas refuser à des personnes de plus en plus pressantes.

 Source :

Publié dans médecin, médecine

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